TEST – Darts VR2: BullsEye tente exactement ce qui transforme les jeux de sport en VR soit en bonnes surprises, soit en titres oubliés au fond d’une bibliothèque numérique après cinq minutes: prendre un sport simple, connu, fortement parfumé au comptoir de pub, et lui donner une vraie présence physique, tout en décidant parfois que quelques artifices d’arcade ne feraient pas de mal. Le jeu de Gamitronics Studio est, dans son cœur, une simulation de fléchettes étonnamment honnête, où le poids du lancer, le mouvement du poignet, la visée et les nerfs comptent réellement. Puis arrivent les zombies, les défis en rythme et assez d’attractions secondaires pour se demander si les développeurs n’ont pas quitté le pub pour entrer directement dans une fièvre de salle d’arcade.
Les fléchettes forment toujours un objet étrange à transformer en jeu vidéo. En théorie, une cible, quelques fléchettes et des chiffres devraient suffire, mais en VR, la situation devient plus compliquée: si le lancer ne fonctionne pas, tout s’effondre. Darts VR2: BullsEye comprend plutôt bien cette partie. Il ne cherche pas à ressembler à une retransmission de championnat du monde, ne construit pas une histoire inutile autour de lui et ne prétend pas que les fléchettes sont soudain devenues le roi des sports vidéoludiques. Il donne simplement une cible, des fléchettes, un espace VR et assez de modes pour que ce sport de pub classique paraisse parfois presque sérieux.
Le jeu fait suite au Darts VR de 2017, et cela se sent: il ne s’agit plus d’une simple expérimentation VR, mais d’une version plus ciblée, plus moderne et préparée pour plusieurs plateformes actuelles. Sur PlayStation VR2, Meta Quest et PCVR, il propose la même boucle de base: lancer, toucher, rater, s’agacer, puis relancer. La vraie question est de savoir jusqu’où cela peut porter un jeu complet, et dans quelle mesure la simulation sérieuse est perturbée par des modes qui, visiblement, ne se satisfaisaient pas de l’idée de jeter des fléchettes sur une cible ronde.
Le lancer ne donne enfin plus l’impression d’être en plastique
La partie la plus importante de Darts VR2: BullsEye, c’est la physique du lancer, et c’est là que le jeu s’en sort plutôt bien. Les fléchettes en VR ne fonctionnent que si le joueur sent que son mouvement compte: l’amplitude du bras, l’angle de relâchement, la précipitation du geste et la capacité du poignet à ne pas trahir son propriétaire. Ici, les lancers ont du poids, les fléchettes ne flottent pas au hasard, et lorsqu’un triple vingt ou un bullseye tombe correctement, le résultat procure une vraie petite satisfaction. Ce moment de fierté légèrement ridicule est l’essence même des fléchettes, sans avoir besoin d’une cible couverte de craie, d’un comptoir taché de bière ou d’un habitué qui commente depuis le coin de la pièce.
Sur PlayStation VR2, le retour haptique renforce agréablement cette sensation. Il n’est pas agressif, ne cherche pas à masser le poignet à chaque lancer, mais donne une réponse suffisamment subtile pour rendre le relâchement et l’impact un peu plus physiques. Cela ne transforme pas le jeu en miracle technologique, mais l’association de la physique et du retour tactile atteint un niveau où le joueur ne blâme pas le système pour chaque mauvais lancer. Du moins pas toujours, et en VR, c’est déjà un progrès sérieux.
Tout n’est pas parfait pour autant. Lors de séquences plus rapides, sous pression ou dans les matchs multijoueurs, de petites incohérences peuvent apparaître. Parfois, la trajectoire ne correspond pas tout à fait à ce que le joueur attendait de son geste; parfois, le suivi ou la latence trouble légèrement l’illusion. Ces problèmes ne rendent pas Darts VR2: BullsEye injouable, mais ils peuvent devenir agaçants en situation compétitive. Aux fléchettes, un millimètre peut déjà peser lourd, et en VR, une petite anomalie suffit pour regarder la manette comme si elle avait décidé de jouer contre nous.
L’essentiel, malgré tout, c’est que cette suite paraît bien plus fiable que le premier épisode. Gamitronics Studio n’a pas réinventé le sport, mais a réussi à donner au lancer autre chose qu’une simple pression de bouton déguisée en VR. Il y a du rythme, du timing, de la tension, et après une bonne manche, on ressent cette envie ridicule mais familière d’en refaire une dernière. Les fléchettes n’ont jamais été un grand genre narratif, mais elles connaissent parfaitement le mensonge du dernier tour.
Des fléchettes classiques, correctement assemblées
Du côté des modes traditionnels, Darts VR2: BullsEye propose un ensemble solide. Le 501, les variantes de type Cricket et Around the World offrent une base fiable pour ceux qui ne veulent ni zombies, ni éléments de jeu de rythme, ni autre sauce VR autour du sport. Ceux qui veulent jouer aux fléchettes obtiennent vraiment des fléchettes: visée, calcul, sorties, pression, et cette punition très particulière qui consiste à savoir exactement quoi lancer pendant que la main décide de faire tout autre chose.
La difficulté de l’IA monte correctement. Aux niveaux inférieurs, le jeu laisse le joueur s’installer au lieu de se comporter immédiatement comme si le fantôme de Phil Taylor avait pris possession du casque. Aux niveaux plus élevés, les adversaires deviennent plus précis et plus stratégiques, ce qui rend les sorties et la régularité plus importantes. C’est essentiel, car le jeu reste pertinent en solo, même si la vraie saveur des fléchettes vient toujours de cette guerre psychologique silencieuse contre un autre être humain.
Around the World fonctionne particulièrement bien en VR. Suivre physiquement les segments de la cible, ajuster légèrement la tête et la main, et respecter l’ordre des cibles donne au mode une fraîcheur qu’il n’aurait pas forcément sur écran plat. Non pas parce qu’il est révolutionnaire, mais parce que la VR prend tout son sens dans ces petites différences spatiales. Un jeu de fléchettes n’a pas besoin d’une bataille spatiale lorsque la cible elle-même paraît déjà assez proche pour compter.
Ces modes traditionnels restent toutefois un peu prudents. Ils sont bien réalisés et fonctionnent correctement, mais vont rarement au-delà de ce que l’on attendrait d’une adaptation de fléchettes. Ce n’est pas forcément un défaut, car ce sport vit justement de la simplicité de ses règles et de la difficulté de leur exécution. On sent pourtant que les développeurs voulaient quelque chose de plus voyant à côté des modes classiques, comme s’ils craignaient que les fléchettes pures ne suffisent pas à porter tout le paquet VR.
Quand les zombies se glissent dans le bullseye
Les modes arcade sont l’endroit où Darts VR2: BullsEye tente clairement de sortir du cadre classique. Killstreak, par exemple, n’est plus un simple match de fléchettes, mais une épreuve de score sous pression croissante où la régularité, les nerfs et le rythme comptent ensemble. Ici, la partie tactique du sport passe au second plan au profit d’une question plus directe: combien de temps peut-on rester stable lorsque le jeu exige de plus en plus clairement de ne pas rater?
Le mode Zombies est encore plus étrange. Ici, les fléchettes deviennent pratiquement des armes contre des morts-vivants qui arrivent, ce qui semble complètement absurde au départ, mais fonctionne en courtes sessions. Ce n’est pas profond, pas raffiné, et ce n’est pas ce qui fera du jeu un classique, mais il y a là une énergie d’arcade bête qui peut devenir amusante en VR. Le problème, c’est que cela s’éloigne tellement de l’expérience de base des fléchettes que l’ensemble ressemble davantage à un mini-jeu séparé qu’à une partie naturelle du paquet.
Les réinterprétations en rythme sont également intéressantes. Les versions rythmiques d’Around the World et de Killstreak demandent une autre compétence: il ne suffit plus de viser, il faut aussi lancer au bon moment. En théorie, c’est une bonne idée de VR, car le mouvement, la musique et la visée pourraient se rejoindre naturellement. En pratique, le résultat est plus partagé. Ceux qui aiment les hybrides y trouveront peut-être de l’énergie, tandis que les puristes pourront se demander pourquoi il fallait absolument emmener ce sport en cours de danse.
La sélection arcade donne donc plus de variété au jeu, mais étire aussi son identité. Un instant, il s’agit d’une simulation sérieuse de fléchettes basée sur la physique; l’instant d’après, d’un stand de tir contre des zombies; puis d’un jeu de rythme. Cette diversité aide sur de courtes sessions, mais finit par tirer l’ensemble dans plusieurs directions. Darts VR2: BullsEye ressemble parfois à un pub où un vrai tournoi de fléchettes se déroule dans un coin, pendant que quelqu’un, de l’autre côté, tente de viser des têtes de morts-vivants sous des lumières de discothèque.
Le multijoueur donne le coup de pub nécessaire
L’un des points les plus solides du jeu reste le multijoueur. Les matchs en ligne pouvant accueillir jusqu’à 16 joueurs, les structures de ligue et le chat vocal ne sont pas de simples bonus, mais donnent une vraie base sociale à l’ensemble. Les fléchettes sont par nature un sport collectif: le lancer compte, mais l’attente, les commentaires, la pression et l’espoir silencieux que l’autre se rate font tout autant partie de l’expérience.
Dans les grands lobbies, Darts VR2: BullsEye parvient à évoquer cette atmosphère de pub. Il n’a pas besoin d’un bar photoréaliste pour cela; il lui faut des gens qui parlent, regardent, attendent et, parfois, réussissent un très beau lancer. La possibilité de regarder les autres, les ligues et les structures communautaires montrent que les développeurs n’ont pas seulement pensé à un jeu de lancer solitaire, mais à un lieu de rendez-vous VR plus durable.
Le problème, c’est le rythme. Aux fléchettes, attendre fait partie du jeu, mais en VR, cette attente peut plus facilement devenir un temps mort. Dans un lobby complet de 16 joueurs, le délai entre les tours peut parfois faire retomber l’engagement, surtout pour ceux qui cherchent une expérience VR plus rapide et plus immédiate. D’une certaine manière, le jeu modélise fidèlement le sport, mais cette fidélité se paie parfois en patience.
Malgré cela, le multijoueur donne à Darts VR2: BullsEye sa force à long terme. Lancer seul est agréable, mais jouer contre des humains rend la tension bien plus efficace. Quand quelqu’un attend votre lancer, quand vous ratez la dernière fléchette d’une sortie, quand vous entendez les réactions des autres, le jeu dépasse la simulation sèche. Il ne deviendra pas une révolution e-sportive, mais il peut donner à une communauté VR de bonnes raisons d’y revenir régulièrement.
Une cible lisible, peu d’esbroufe
La présentation est fonctionnelle, et dans ce cas, ce n’est pas une critique. Darts VR2: BullsEye ne cherche pas à être une démonstration visuelle. Les cibles sont lisibles, les environnements sont simples, et les décors façon pub apportent assez d’ambiance pour éviter la salle d’entraînement stérile sans détourner l’attention de la visée. Dans un jeu de fléchettes, c’est plus important qu’un arrière-plan surchargé, car si la cible devient moins claire, toute l’expérience s’effondre.
Sur PlayStation VR2, la profondeur et l’éclairage sont bien gérés. La distance de la cible, l’échelle des environnements et le rapport aux mouvements de la main paraissent généralement convaincants. Ce ne sera pas le jeu que l’on montre à un voisin pour lui faire tomber la mâchoire avec ses graphismes, mais il suffit à rendre la présence VR naturelle. Darts VR2: BullsEye ne crie pas; il place simplement la lumière là où la fléchette devrait aller.
Le design sonore est discret, mais efficace. L’impact sourd d’une fléchette dans la cible, les bruits d’ambiance, le fond sonore du multijoueur et les petites réactions renforcent l’immersion sans en faire trop. Ce n’est pas un sport qui a besoin d’un orchestre pour accompagner un bon lancer. Un petit bruit sec suffit, suivi d’un hochement de tête satisfait ou d’un juron silencieux.
L’interface est moins élégante. Elle fonctionne, mais le choix des modes et la navigation multijoueur pourraient être plus fluides, plus clairs et plus rapides. En VR, les menus sont toujours un point sensible, car ce qui n’est que légèrement gênant sur écran plat peut vite devenir irritant dans un casque. Darts VR2: BullsEye ne chute pas à cause de cela, mais son interface ressemble parfois à une feuille de score mal tenue: utilisable, mais pas agréable à regarder.
Un bon lancer, mais pas toujours en plein centre
Dans l’ensemble, Darts VR2: BullsEye est une suite confiante et nettement améliorée, qui comprend la question essentielle des fléchettes en VR: la sensation du lancer compte plus que le spectacle visuel. Sur ce point, il est solide. La physique est globalement convaincante, les modes classiques tiennent la route, le multijoueur correspond bien à la nature sociale du sport, et les expérimentations arcade apportent assez de variété à court terme pour que l’ensemble ne ressemble pas seulement à une cible numérique.
Le problème, c’est que l’identité du jeu se disperse parfois. La simulation sérieuse, les idées de jeu de rythme et les absurdités avec des zombies ne cohabitent pas toujours naturellement. La physique n’est pas parfaite, l’interface manque de raffinement, et les grandes sessions multijoueurs pourront paraître lentes à certains. Rien de tout cela ne détruit l’ensemble, mais ces limites empêchent Darts VR2: BullsEye de devenir un très grand jeu de sport en VR.
Ceux qui aiment les fléchettes, possèdent un casque VR et ne voient pas d’inconvénient à ce que le jeu quitte parfois le pub pour une attraction d’arcade pourront toutefois être agréablement surpris. Ce n’est pas parfait, mais cela fonctionne. Et dans ce genre, c’est déjà plus que ce que beaucoup de jeux de sport en VR peuvent dire d’eux-mêmes.
-Gergely Herpai « BadSector »-
Pro
+ Une physique de lancer étonnamment agréable et une bonne sensation VR
+ De solides bases multijoueurs, avec des matchs en ligne jusqu’à 16 joueurs
+ Les modes classiques et les variations arcade offrent une bonne diversité
Contre
– La physique et le suivi peuvent parfois faiblir en situation compétitive
– Les modes arcade fragmentent l’identité du jeu
– L’interface et le rythme du multijoueur pourraient être plus raffinés
Développeur: Gamitronics Studio
Éditeur: Evolution Publishing Ltd.
Genre: sport en VR, simulation de fléchettes
Plateformes: PlayStation VR2, Meta Quest, PCVR/SteamVR
Date de sortie: 9 avril 2026
Darts VR2: BullsEye
Jouabilité - 7.8
Graphismes - 6.8
Musique/sons - 7.4
Ambiance - 8.2
7.6
BON
Darts VR2: BullsEye est un bon jeu de fléchettes en VR, dont les plus grandes forces sont la sensation du lancer et le jeu social. Les modes classiques sont solides, tandis que les idées arcade dynamisent l’expérience, même si elles poussent parfois le concept trop loin. Il n’est pas parfait, mais il se recommande sans peine aux amateurs de fléchettes et de jeux de sport en VR.








