Des décennies de science-fiction nous ont habitués à imaginer des robots futuristes comme ceux de I, Robot, et, s’ils se retournaient contre nous, à les voir agir comme les « calmars » de Matrix ou la mécanique implacable d’un Terminator. Un futur plus crédible est beaucoup moins spectaculaire: beaucoup de robots domestiques adopteront des traits enfantins, et Pragmata de Capcom l’illustre avec Diana.
Dans un foyer, le problème n’est pas de faire peur, mais d’être accepté. Un robot qui partage votre quotidien doit inspirer assez de sécurité pour que l’on baisse la garde sans y penser. Or, le fantasme du robot humanoïde réaliste va souvent à l’encontre de cet objectif, parce qu’il suffit de s’approcher trop près du visage humain pour déclencher l’inconfort.
La néoténie offre une voie directe pour contourner cette résistance. Au sens évolutif, elle renvoie au maintien de traits juvéniles au-delà de l’enfance, et l’humain est souvent cité comme exemple: à l’âge adulte, nous conservons des proportions plus douces, plus « jeunes », que d’autres primates à maturité. Ce n’est pas un détail esthétique, c’est un raccourci biologique qui influence la manière dont notre cerveau classe très vite ce qui est menaçant et ce qui mérite protection.
Pragmata et le Kindchenschema
Konrad Lorenz a nommé ce mécanisme en 1943: le Kindchenschema, le « schéma du bébé ». Il décrit un ensemble d’indices infantiles – grands yeux, tête proportionnellement plus large, joues rondes, petit nez et petite bouche, membres courts et potelés – capables d’activer chez l’adulte un réflexe de soin et de protection. Ce n’est pas de la sensiblerie, c’est une réponse rapide, profondément ancrée, façonnée par la survie.
L’effet ne se limite pas aux nourrissons humains. Des expériences ont montré que l’exposition à des traits juvéniles « attendrissants » peut modifier le comportement ensuite, en favorisant une attitude plus prudente et plus précise. Le signal agit donc au-delà de l’émotion, il influence aussi l’action.
Diana s’inscrit exactement dans cette logique. Même si le récit lui permet d’être redoutable, son apparence enfantine pousse spontanément vers l’attachement plutôt que vers la méfiance. Transposez ce rôle sur un partenaire aux traits plus adultes, plus durs, et la réaction de base change immédiatement.
Fuir la vallée de l’étrange pour vous vendre un robot lave-vaisselle
À cela s’ajoute la vallée de l’étrange. Plus un robot ressemble à un humain sans l’être totalement, plus la moindre imperfection devient dérangeante: le cerveau reconnaît le modèle humain tout en percevant que quelque chose cloche. Miser sur des traits néoténiques permet d’éviter ce « presque » inconfortable, en assumant une forme stylisée et désarmante plutôt qu’une imitation incomplète.
La robotique explore cette piste depuis longtemps. Dès le début des années 2000, des équipes ont expérimenté des robots au visage plus doux, plus accessible, pour faciliter l’interaction et réduire le rejet, notamment dans des contextes d’accompagnement où la confiance est l’enjeu central. Dans ces usages, le schéma du bébé peut devenir un outil de design, pas un simple effet.
Des travaux plus récents vont dans le même sens: les visages de robots qui accentuent les proportions du schéma du bébé – têtes plus grandes, yeux plus marqués, équilibre presque caricatural – suscitent souvent de meilleures réactions que les approches trop réalistes. Commercialement, la trajectoire est limpide: si l’on veut que les robots domestiques deviennent « faciles à accepter », on appuiera sur les formes qui activent l’empathie. Et si l’on veut une lecture plus sombre, la conquête ne commencerait peut-être pas par la force brute, mais par des machines qui gagnent d’abord votre adhésion en vous regardant avec une tendresse fabriquée.
Source : 3DJuegos



