Ben Starr en a assez de la manière dont on parle des adaptations de jeux vidéo, et son vrai point est bien plus intéressant que la plainte habituelle

Ben Starr, l’une des voix de Clair Obscur: Expedition 33, vient de dire quelque chose sur les adaptations de jeux vidéo qui va bien plus loin que l’éternel refrain sur les mauvais films tirés de licences vidéoludiques. Il ne rejette pas les adaptations par principe, et il ne dit pas qu’il faudrait cesser d’en produire. Son idée est plus précise et plus forte: les jeux vidéo n’ont pas besoin du cinéma ou de la télévision pour prouver leur valeur. Et cette remarque frappe juste à un moment où l’industrie semble de plus en plus prête à transformer chaque succès vidéoludique en projet de série ou de film.

 

Starr, que l’on connaît notamment comme Verso dans Clair Obscur: Expedition 33 et Clive dans Final Fantasy XVI, a tenu ces propos en marge des BAFTA Video Games 2026. Interrogé sur les adaptations qu’il aimerait voir naître, il n’a pas répondu par une liste de souhaits. Il a plutôt remis en cause le présupposé même de la question. Oui, il reconnaît que de grandes licences comme God of War ou Assassin’s Creed poursuivent leur route vers l’adaptation. Oui, il leur souhaite bonne chance. Mais il affirme aussi que les jeux n’ont pas besoin de ces projets pour démontrer qu’ils comptent culturellement.

Cette prise de position compte parce que le climat actuel autour des adaptations a profondément changé. Après des années durant lesquelles les films tirés de jeux vidéo étaient souvent ratés, superficiels ou tout simplement mal écrits, les succès récents de Fallout, Arcane et The Last of Us ont convaincu studios et plateformes qu’il existait désormais un vrai prestige et un vrai business à extraire des bibliothèques de jeux. Résultat: dès qu’un titre fonctionne, quelqu’un imagine immédiatement la série, le film, le spin-off, ou la vente de droits. Starr s’oppose à ce réflexe en rappelant quelque chose de très simple. Un jeu ne devient pas meilleur simplement parce qu’un autre médium décide soudain de le récupérer.

 

Son vrai problème n’est pas l’existence des adaptations, mais l’idée que le jeu vidéo aurait encore besoin d’une validation extérieure

 

C’est là que son propos devient vraiment intéressant. Starr explique que la télévision et le cinéma ont presque autant besoin des jeux vidéo que l’inverse. Ce n’est pas de l’arrogance gratuite. C’est le rappel que le jeu vidéo n’est plus un médium mineur attendant d’être élevé par le cinéma. Il a sa propre grammaire, son propre rythme et sa propre logique émotionnelle. Il n’existe pas comme brouillon destiné à des formes jugées plus nobles. Et lorsqu’on l’oblige à entrer dans les structures classiques du film ou de la série, une partie de ce qui faisait sa force peut se dissoudre en route.

Cela ne veut pas dire que Starr souhaite la disparition des adaptations. Cela veut dire qu’il refuse qu’on les traite comme une preuve de légitimité artistique. Un jeu n’est pas bon parce qu’Amazon en fait une série prestigieuse ou parce qu’un scénariste hollywoodien y voit soudain un potentiel pour la saison des prix. Il est bon parce qu’il fonctionne comme jeu. Parce que sous cette forme-là il peut produire des effets que les autres médias ne savent pas reproduire exactement de la même manière. Or cette distinction se perd souvent dans l’enthousiasme actuel, où chaque grand succès vidéoludique est immédiatement suivi de la question de savoir qui l’adaptera en premier.

Au fond, Starr ne réclame pas moins d’ambition, mais davantage de confiance dans le médium lui-même. Ce qui l’agace, c’est cette vieille idée selon laquelle un jeu ne compterait pleinement qu’à partir du moment où il triomphe aussi ailleurs. Cette logique pouvait peut-être encore exister il y a longtemps. Elle paraît aujourd’hui de plus en plus absurde. Les jeux vidéo n’ont pas besoin d’une autorisation pour être pris au sérieux, et ils n’ont pas besoin d’être transformés en film ou en série pour prouver qu’ils avaient de la valeur dès le départ. Ben Starr ne s’en prend donc pas aux adaptations. Il s’en prend à l’insécurité culturelle qui continue de contaminer la manière dont on en parle.

Sources: 3DJuegos

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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