Pourquoi PlayStation aurait réellement abandonné le PhysInt de Kojima – Les coûts et les retards inquiétaient déjà Sony

Selon les sources de Jason Schreier, la rupture entre PlayStation et Hideo Kojima autour de PhysInt ne serait pas le résultat d’un unique désaccord soudain. Sony aurait progressivement commencé à s’inquiéter de l’augmentation des coûts de production, des étapes de développement manquées, de la rentabilité potentielle et des conditions d’exclusivité, alors que la sortie du jeu restait encore éloignée de plusieurs années.

 

La décision de PlayStation de mettre fin à sa collaboration avec Hideo Kojima sur PhysInt, son nouveau projet d’infiltration et d’espionnage, a laissé derrière elle de nombreuses interrogations. Le jeu se trouve désormais sous l’aile de Microsoft à la suite d’un nouvel accord entre Kojima Productions et Xbox, mais plusieurs informations permettent maintenant de mieux comprendre ce qui aurait poussé Sony à rompre avec le projet. Jason Schreier, journaliste de Bloomberg, a contacté plusieurs personnes connaissant directement la situation, et leurs témoignages indiquent que PhysInt suscitait déjà depuis un certain temps de sérieuses inquiétudes en interne chez PlayStation.

Les sources de Schreier ont demandé à rester anonymes puisqu’elles ne sont pas autorisées à discuter publiquement de ces sujets, mais plusieurs problèmes ont été mentionnés. Sony aurait notamment été préoccupé par l’augmentation du coût de production, la rentabilité potentielle du projet et les conditions d’exclusivité, tandis que certaines étapes importantes du développement n’auraient pas été atteintes dans les délais prévus. Comme PhysInt restait encore à plusieurs années de sa sortie, chaque retard pouvait également augmenter le risque financier d’une production déjà extrêmement ambitieuse.

La situation aurait été compliquée par l’expérience commerciale précédente de Sony avec Kojima Productions. Selon les sources citées par Schreier, Death Stranding et sa suite n’auraient pas atteint les objectifs de revenus fixés par la maison mère de PlayStation. Cela ne signifie pas nécessairement que les deux jeux aient été des échecs commerciaux, mais leurs performances ont pu devenir un élément important au moment où Sony devait décider s’il souhaitait investir des sommes encore plus importantes dans un nouveau projet de Kojima.

PhysInt aurait en effet déjà nécessité un budget supérieur aux prévisions initiales tout en accumulant du retard sur certains objectifs de production. Ajouté au fait que le lancement pouvait encore se trouver à plusieurs années de distance, ce mélange aurait progressivement renforcé les inquiétudes de la direction de Sony. Le récit de Schreier décrit donc moins une décision soudaine qu’une situation dans laquelle plusieurs signaux d’alarme se sont accumulés pendant le développement.

La question de l’exclusivité aurait également joué un rôle majeur. Sony n’aurait pas souhaité investir des centaines de millions de dollars dans un jeu qui ne resterait pas définitivement associé aux consoles PlayStation. Kojima Productions possède lui-même la propriété intellectuelle Death Stranding et avait poussé pour que les deux épisodes soient uniquement des exclusivités temporaires sur consoles PlayStation. Les jeux ont ensuite rejoint d’autres plateformes, une stratégie avantageuse pour le studio mais potentiellement moins séduisante pour Sony lorsqu’un investissement aussi important est nécessaire.

 

La nouvelle stratégie de PlayStation et l’évolution de sa relation avec Kojima

 

Le PlayStation actuel fonctionne également différemment de l’entreprise avec laquelle Kojima travaillait il y a dix ans, et les sources de Schreier estiment que cette transformation a directement pesé sur le destin de PhysInt. Sony a consacré des sommes importantes à sa stratégie de jeux service au cours des dernières années, mais plusieurs projets n’ont pas obtenu les résultats espérés et Concord est devenu l’un des échecs les plus spectaculaires de l’histoire récente de PlayStation. À la suite de ces déconvenues, l’entreprise aurait adopté des exigences beaucoup plus strictes concernant les calendriers de développement et les budgets.

Schreier souligne aussi que la relation personnelle entre Kojima et PlayStation n’est plus celle d’autrefois. Leur collaboration remonte à l’époque de la première PlayStation et de Metal Gear Solid, avant que Sony ne joue un rôle essentiel dans le lancement de Kojima Productions après le départ du créateur de Konami. Plusieurs dirigeants PlayStation qui entretenaient de bonnes relations personnelles et professionnelles avec Kojima auraient toutefois quitté l’entreprise au fil des années, obligeant désormais le développeur à négocier avec une structure dirigeante très différente.

Le modèle économique de Microsoft semble en revanche davantage compatible avec les besoins de Kojima Productions. Xbox publie désormais ses jeux aussi bien sur ses consoles que sur PC, ce qui permet à un projet multiplateforme de rester pleinement intégré à son propre écosystème. Selon le rapport, Sony adopte de son côté une politique plus restrictive concernant les sorties PC, ce qui aurait pu obliger Kojima Productions à rechercher un autre éditeur ou à gérer lui-même la distribution de PhysInt sur ordinateur.

Un précédent existe déjà avec le premier Death Stranding, dont la version PC a été commercialisée avec l’aide de 505 Games. Dans ce type de modèle, Sony ne bénéficie pas nécessairement de la version ordinateur de la même manière que Microsoft, qui peut exploiter directement un titre sur Xbox comme sur PC. Si le budget de PhysInt atteint effectivement plusieurs centaines de millions de dollars, cette différence de stratégie commerciale pourrait devenir un facteur central plutôt qu’un simple détail contractuel.

Xbox dispose maintenant de deux collaborations avec Kojima. Microsoft finance déjà OD et accueille désormais également PhysInt. Leur partenariat pourrait même aller au-delà du jeu vidéo : Asha Sharma, directrice générale de Xbox, a évoqué la volonté de l’entreprise d’étendre ses propriétés vidéoludiques au cinéma et à la télévision, et le nouvel accord comprendrait également des possibilités d’adaptations pour PhysInt comme pour OD.

Le rapport de Schreier laisse donc entendre que la rupture entre Sony et Kojima ne peut pas être résumée à un simple désaccord créatif ou personnel. La hausse des coûts, les retards de production, les doutes concernant la rentabilité, les problèmes liés à l’exclusivité, le durcissement des règles internes de PlayStation et l’affaiblissement des anciens liens personnels auraient tous joué un rôle. Il faudra probablement attendre plusieurs années pour savoir si Sony a fait preuve de prudence financière en abandonnant PhysInt, ou s’il vient au contraire de laisser filer l’une des opportunités les plus importantes de cette génération.

Source : 3DJuegos

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