RETRO – Après les gangsters, les chauffeurs et les tueurs complètement névrosés, Rockstar Games a débarqué en 2006 avec un héros et un univers de jeu franchement originaux. Dans Bully sur PS2, nous suivions la vie d’un gamin en internat. Le jeu fête cette année ses 20 ans, l’occasion parfaite pour ressortir ce classique signé Rockstar.
Le joueur se glisse dans la peau de Jimmy Hopkins, un ado plutôt ingérable, têtu, né pour attirer les ennuis, mais au fond doté d’un vrai bon cœur. Notre héros arrive à la Bullworth Academy dans l’introduction, après que sa mère a décidé de s’en débarrasser quelque temps afin de profiter de son nouveau compagnon plein aux as, que Jimmy déteste cordialement.
Une fois éjecté de la voiture, le jeune garçon doit rapidement faire ses preuves à travers toutes sortes d’aventures non linéaires, de cours et de mauvais coups d’élève. Entre les farces scolaires, les missions à remplir et les leçons à assimiler, il fallait s’intégrer de la manière la plus variée et la plus drôle possible dans ce microcosme d’internat très particulier, que seuls ceux qui ont vraiment vécu dans ce genre d’endroit pouvaient sans doute comprendre jusqu’au bout.
Un internat dont le proviseur ne se vanterait pas…
Comme dans les GTA, Bully tend un miroir déformant aux figures de la vie en internat : on y croise entre autres de petits professeurs dictateurs locaux, ou au contraire des enseignants alcooliques, pervers et complètement à la dérive, des pensionnaires bien plus malveillants que notre héros, des jolies filles au tempérament de garces nées, ou encore des filles binoclardes, couvertes de taches de rousseur et affamées d’attention. Le tableau ne serait pas complet sans les nerds AD&D un peu grassouillets et les premiers de la classe à lunettes. Les personnages sont à la fois très justes et franchement hilarants.
Presque tout le monde veut toujours quelque chose de nous, et notre récompense arrive en dollars, ou, dans le cas des filles, en nature, même s’il ne faut pas imaginer pire qu’un bisou bien baveux… ou parfois sous une autre forme de compensation. Bully est donc un jeu désopilant, d’une ironie féroce, et que vous ayez 15 ans comme Jimmy ou bien quelques années de plus au compteur, vous risquez bien de reconnaître certaines situations que vous avez vous-même traversées.
Sale gosse sur commande
Mais que faut-il donc faire exactement dans Bully ? Le répertoire des tâches est très varié et repose sur un principe proche de celui de la série Grand Theft Auto. Chaque PNJ a un problème quelconque que seul Jimmy peut résoudre, et il peut évidemment tirer un joli bénéfice des différents conflits entre élèves.
Les rôlistes locaux complètement perchés sont par exemple incapables de récupérer eux-mêmes leurs dés volés. Il nous revient donc de passer les voleurs à tabac et de leur reprendre ces objets qui valent de l’or à leurs yeux. Même impuissance du côté du petit intello modèle de l’école, harcelé par les autres, qu’il faut escorter jusqu’à la bibliothèque dans une mission d’accompagnement.
Mais nous allons aussi nous mêler à la rivalité impitoyable entre filles, aux accrochages entre les différents clans et bandes, aider le hippie du coin qui, en échange, nous apprend à nous battre, et la liste pourrait continuer longtemps. Et qu’on ne s’imagine surtout pas que le corps enseignant se contente de nous mettre des bâtons dans les roues sans jamais solliciter l’aide de Jimmy ! Pour l’un des professeurs pervers, il faut par exemple voler des sous-vêtements féminins dans le dortoir des filles sans que notre héros se fasse repérer, tandis qu’un autre enseignant nous demande d’effacer les traces qui révéleraient son alcoolisme. Presque chaque brave pédagogue a quelque chose à cacher, et notre héros devient l’homme idéal pour les missions délicates.
Là où apprendre devient fun
Celui qui croit que Bully consiste uniquement à sécher les cours, tirer au lance-pierre, faire les quatre cents coups et draguer les filles, même si tout cela reste bien sûr possible, se trompe lourdement : dans Bully, on peut bel et bien assister aux cours, et le jeu nous récompense même à l’intérieur de sa structure non linéaire.
Dans Bully, les cours sont particulièrement amusants : on participe à des mini-jeux de logique et d’adresse, on dessine sous la supervision d’une prof d’arts plastiques plutôt séduisante, on découvre les noms des pays en géographie, et en biologie, on dissèque une grenouille. Fun, fun, fun ! Si seulement l’école hongroise ressemblait à ça…
En dehors des études, on peut aussi s’adonner à toutes sortes d’activités : s’inscrire au club de boxe local pour refaire le portrait des autres garçons et améliorer son crochet du droit, aller à la fête foraine avec sa petite amie du moment, ou encore participer à des courses de vélo. Les activités de loisir sont aussi variées et ramifiées que nos missions.
Grand Theft Vélo ?
Et avec quoi peut-on se déplacer ? Impossible de voler des voitures, bien sûr, puisque Jimmy est mineur et que nous ne sommes pas dans GTA. En revanche, il va de soi que nous n’allons pas seulement semer le chaos à pied dans l’internat et autour de la petite ville voisine. Au fil des missions, on obtient assez vite un skateboard, qui permet d’enchaîner des figures capables de faire rougir Tony Hawk pendant qu’on file sur les chemins de la Bullworth Academy. Bon, d’accord, pardon Tony, personne ne te dépasse…
Si l’on est pressé, on peut même s’accrocher aux voitures qui passent en roulant sur sa planche, façon Retour vers le futur. L’autre moyen de transport est le vélo, que l’on trouve en grand nombre garé dans les rues hors de l’internat. Heureusement, ils ne sont pas attachés, ce qui permet de les emprunter tranquillement sans que le propriétaire ou les flics ne nous courent après. Les vélos ne peuvent toutefois pas être stockés, il n’y a donc pas de garage comme dans GTA, alors que le skateboard reste toujours sur nous et peut être sorti à tout moment pour filer, même à travers les couloirs de l’école.
On se dévergonde un peu ?
J’imagine qu’il ne reste plus qu’une question : Bully est-il aussi non linéaire que Grand Theft Auto ? Ma réponse : oui, et même davantage. Quand on se réveille le matin dans notre lit de dortoir, nos possibilités paraissent presque illimitées : on peut aller en cours, sécher, récupérer aussitôt des missions dans l’internat, ou plus tard en dehors de celui-ci, en traînant en ville.
Les missions disponibles sont indiquées par une étoile jaune sur la carte, aussi bien la grande que la petite, ce qui permet de trouver immédiatement sa destination. Si l’on entre dans l’école, une fille geignarde ou un garçon malchanceux nous tombe aussitôt dessus, avec un problème à résoudre de toute urgence, faute de quoi sa vie restera lamentable. Ce sont donc en quelque sorte les « missions secondaires ».
Mais si l’on veut simplement se dévergonder, on peut aller boxer un peu en ville, participer à des courses de vélo, ou tout bêtement faire du skateboard dans les rues. Il y a tant de choses à faire, et si peu de temps, que l’on finit souvent par souffrir presque de l’embarras du choix.
Amitiés, amours et chewing-gums brûlants
Bien sûr, en plus de toutes ces missions non linéaires, nous avons aussi droit à une véritable histoire. Notre héros se lie d’amitié avec deux garçons : le sombre Gary Smith, qui fonctionne comme la mauvaise conscience de Jimmy et l’entraîne dans les missions les plus vicieuses, ainsi que Pete Kowalski, qui devient leur ami commun, même si Gary et d’autres ne cessent de l’humilier ou de le tabasser.
Jimmy doit évidemment apprendre très vite à distinguer ceux en qui il peut vraiment avoir confiance de ceux qui vont le trahir… Et les filles ne manquent pas non plus à l’appel : en échange de petites tâches, Jimmy parvient rapidement à conquérir leur cœur, et après le premier acte, il peut embrasser presque n’importe laquelle d’entre elles, avant même d’avoir des petites amies plus sérieuses.
Le jeu dépeint cependant toutes les filles soit comme des oies vaniteuses, idiotes et imbues d’elles-mêmes, soit comme des filles moches, grosses, boutonneuses et à lunettes. L’attitude macho et cynique de Rockstar repasse donc une nouvelle fois au premier plan…
Quel sacré bully !
Bully n’était pas seulement un excellent complément à la série GTA dans le catalogue de Rockstar Games, il tenait aussi parfaitement debout tout seul. Drôle, cynique, parfois pervers dans son humour, rempli de mini-jeux, de bonnes idées, de personnages hauts en couleur, d’une excellente partie musicale et de bien d’autres choses encore, c’est tout simplement le genre de « sacrée fête » à côté duquel il ne faut absolument pas passer…
-BadSector-(2006)
Pour :
+ Un gameplay varié, riche en éléments différents
+ L’excellent humour Rockstar
+ Un jeu original, vraiment unique en son genre
Contre :
– L’internat reste un espace un peu limité
– Quelques séquences moins fun que les autres
– Une histoire un peu… quelconque
Éditeur : Rockstar Games, Inc.
Développeur : Rockstar Vancouver
Genre : Action
Sortie : 2006
Bully
Jouabilité - 8.6
Graphismes - 8.1
Histoire - 7.8
Musique/Audio - 8.4
Ambiance - 9.1
8.4
EXCELLENT
Bully n’a pas seulement été un excellent ajout au catalogue de Rockstar Games aux côtés de la série GTA : il a aussi parfaitement su exister par lui-même. Drôle, cynique, parfois traversé par un humour pervers, bourré de mini-jeux, de bonnes idées, de personnages hauts en couleur, d’une excellente bande-son et de bien d’autres atouts, c’est tout simplement ce genre de « sacrée fête » à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer…











