CRITIQUE DE FILM – Enola Holmes 3 part d’une idée qui devrait presque suffire à écrire une bonne suite toute seule: Enola s’apprête à épouser Lord Tewkesbury à Malte lorsque Sherlock Holmes disparaît, transformant un mariage en affaire d’enlèvement, en crise familiale et en enquête internationale. Millie Bobby Brown reste parfaitement à l’aise dans le rôle, Malte apporte au film davantage de vie visuelle que ne l’aurait fait un nouveau détour par les mêmes rues brumeuses de Londres, et les personnages de retour restent agréables à retrouver. Le problème, c’est que l’enquête elle-même est trop mince, les grands thèmes restent surtout décoratifs, et le film essaie régulièrement de faire croire qu’Enola vient d’avoir une idée brillante alors que la réponse vient simplement de lui être montrée par un gros plan de caméra.
Le premier Enola Holmes fonctionnait parce qu’il savait à quel point son idée pouvait facilement mal tourner. Une petite sœur de Sherlock qui parle à la caméra, le dépasse parfois, traverse l’Angleterre victorienne en tenue colorée et se retrouve au milieu de complots aurait pu devenir un produit Netflix vaguement pénible. À la place, le film avait du rythme, du charme, une enquête claire et une interprète principale qui donnait vraiment l’impression qu’Enola était intelligente, au lieu de simplement le dire dans les dialogues. Millie Bobby Brown faisait sentir qu’Enola avait toujours un coup d’avance, tout en ne sachant pas exactement où la prochaine piste allait la mener.
Le deuxième film avait déjà plus de mal à maintenir cet équilibre. Il était plus grand, plus chargé, plus désireux d’ajouter des sujets de société, des personnages secondaires et du drame. Il conservait néanmoins assez de légèreté pour que ses excès restent pardonnables. Le troisième volet ne résout pas cette hésitation, il l’aggrave. La franchise semble ne pas savoir comment faire grandir Enola, alors elle rend le récit plus sombre, ajoute des enjeux historiques plus lourds et donne à chacun des choses plus graves à dire. Le film paraît ainsi plus lourd, sans devenir plus profond.
Le début reste prometteur. Enola arrive en retard à son propre mariage, se retrouve confrontée à de supposés bandits de grand chemin, commence à douter du mariage, puis apprend que Sherlock a été kidnappé. Cela suffirait largement à construire une aventure Holmes rapide et personnelle. Le scénario de Jack Thorne y ajoute pourtant des secrets de famille, de vieilles rancunes, des trésors volés, des crimes historiques, des résistants maltais, des otages et une conspiration plus vaste dont l’importance supposée ne correspond jamais vraiment à l’intérêt qu’elle suscite.
Malte est plus belle que l’enquête
Le nouveau décor est une vraie amélioration. Les deux premiers films avaient déjà largement exploité le Londres victorien, donc envoyer Enola à Malte donne immédiatement un nouvel élan à ce troisième chapitre. Les côtes rocheuses, les rues en pierre claire, les ports, les vues maritimes et les couleurs plus chaudes rendent le film plus aventureux. Il y a quelques beaux plans, plusieurs séquences de fuite correctement mises en scène et assez de mouvement pour montrer que l’équipe voulait proposer une aventure plus vaste.
Mais un bel endroit ne remplace pas une bonne enquête. Enola passe d’un indice à l’autre, sauf que ces indices fonctionnent rarement comme de vrais indices. Le film ne construit pas un détail, ne laisse pas Enola le relier à un autre, puis ne récompense pas le spectateur qui a suivi la même piste. Il montre un objet, zoome dessus, prononce un nom important, puis enchaîne comme si la signification était devenue évidente pour tout le monde.
C’est particulièrement frustrant dans une franchise où le principal plaisir devrait venir du fait qu’Enola voit ce que les hommes autour d’elle ne voient pas. Sherlock déduit, Watson observe, Mycroft juge, et Enola remarque ce que les autres ont négligé. Ici, pourtant, elle ne découvre pas toujours quelque chose. Elle reçoit souvent la réponse grâce à la mise en scène. Ce n’est plus la détective qui enquête, c’est la caméra qui le fait à sa place.
Philip Barantini n’est pas un mauvais réalisateur. Le film contient des scènes plus sombres, un danger plus immédiat et une volonté visible d’emmener l’univers vers quelque chose de plus adulte. Malte est bien utilisée, l’action est parfois nette et énergique, et le résultat ne paraît jamais bon marché. Mais le rythme léger, malicieux et vif des deux premiers épisodes cohabite mal avec cette nouvelle gravité. Enola Holmes 3 veut sembler plus mature, mais ne devient pas plus intelligent pour autant.
Millie Bobby Brown sait toujours exactement qui est Enola
Millie Bobby Brown reste la meilleure raison de continuer à suivre cette franchise. Enola fonctionne lorsque Brown laisse sa curiosité, ses réactions rapides, son humour nerveux et sa confiance obstinée porter une scène. Elle n’a pas besoin d’annoncer qu’Enola est brillante, indépendante ou différente des autres. Le personnage le montre déjà dans ses gestes, ses regards et sa manière de répondre au monde.
Les moments où elle s’adresse directement à la caméra fonctionnent toujours davantage grâce à Brown qu’au scénario. Quand Enola se détourne des autres personnages pour inclure le spectateur dans sa réflexion, on retrouve encore une étincelle du charme du premier film. Ce troisième volet ne sait simplement pas quoi faire de cette étincelle assez souvent. Il semble craindre qu’un excès de fantaisie rende le film insuffisamment sérieux, alors même que cette légèreté était l’une des raisons pour lesquelles Enola Holmes fonctionnait au départ.
Le conflit personnel d’Enola n’est pas une mauvaise idée. Elle s’apprête à épouser Tewkesbury, mais ne veut pas que le mariage absorbe son identité, son travail ou le nom qu’elle s’est construit. Elle l’aime, mais refuse que sa vie devienne une prolongation de la sienne. Cela aurait pu devenir le centre émotionnel du film. Le scénario l’interrompt pourtant sans cesse par une nouvelle poursuite, une menace supplémentaire ou une autre explication historique.
Louis Partridge reste un bon partenaire pour Brown, et leur relation possède assez de chaleur pour que l’incertitude autour du mariage ait une vraie importance. Le film ne reste cependant presque jamais assez longtemps avec eux pour que ce fil devienne une situation émotionnelle forte. Henry Cavill, en Sherlock, demeure une apparition prestigieuse plus qu’un personnage actif, tandis que Himesh Patel reçoit quelques moments utiles en Watson, mais passe une grande partie du film à attendre que l’intrigue se souvienne de lui.
Les grands thèmes n’ont pas assez d’histoire derrière eux
Les films Enola Holmes n’ont jamais évité les questions de société. Le premier abordait l’autonomie des femmes et la représentation politique, le deuxième s’intéressait à l’exploitation des ouvrières. Ce troisième volet va vers l’histoire impériale, les richesses volées, les crimes de guerre et la responsabilité historique. Ce ne sont pas de mauvaises directions pour la franchise. Enola Holmes n’est pas obligée de rester légère pour toujours.
Le problème est que le film utilise surtout ces sujets au lieu de les explorer. Ils sont introduits, soulignés par une musique grave, reflétés sur quelques visages sérieux, puis abandonnés dès que le film repart vers une poursuite, un incendie, un enlèvement ou une révélation. Les idées les plus importantes n’ont jamais le temps de rester dans l’esprit du spectateur. Elles servent surtout à prouver que le récit est devenu plus sérieux, pas à nourrir une réflexion réelle.
Le scénario semble craindre qu’une seule enquête directe ne suffise pas pour un troisième film, alors il ajoute un peu de tout. Dans la dernière ligne droite, on y trouve un drame familial, une incertitude amoureuse, une injustice historique, un ennemi de retour, un passé caché et un mystère qui doit s’expliquer de plus en plus vite. Pourtant, l’enquête qui devrait tenir tout cela ensemble reste étonnamment simple.
La fin ne résout pas vraiment ce problème. Le film tente de rassembler ses fils personnels, familiaux et historiques tout en livrant une quantité croissante d’explications à toute vitesse. Il y a quelques moments émotionnels qui auraient pu avoir davantage de poids dans une version plus solide de l’histoire. À ce stade, cependant, le mystère a déjà perdu une grande partie de son intérêt. La conclusion ne donne pas l’impression que tout s’emboîte enfin. Elle donne l’impression que le film estime avoir fourni assez d’informations et qu’il est probablement temps de s’arrêter.
Enola reste une bonne compagnie, mais cette affaire est trop petite pour elle
Enola Holmes 3 n’est pas un désastre. Il conserve du charme, de beaux décors, quelques séquences d’aventure efficaces et une héroïne qui n’a pas perdu son pouvoir d’attraction. Ce n’est pas le genre de suite qui fait se demander pourquoi elle a été produite. C’est plutôt le genre qui fait comprendre que l’ancienne recette ne suffit plus à elle seule.
Enola n’est plus la jeune fille qui quitte sa maison pour la première fois et découvre le monde. Elle a de l’expérience, un nom, un compagnon, un passé et une idée assez claire de ce qu’elle veut. Le prochain film a besoin d’une affaire qui la mette réellement à l’épreuve. Il n’a pas besoin de la faire courir dans de nouveaux décors magnifiques pendant que la caméra lui indique les réponses.
La franchise n’a pas besoin de davantage de personnages secondaires, de secrets historiques plus vastes ou de nouvelles ruptures du quatrième mur. Elle a besoin d’un mystère où les indices comptent, où la solution paraît méritée, et où Enola atteint la réponse parce qu’elle est plus intelligente que les autres personnes présentes dans la pièce. C’est un peu trop élémentaire, mon cher Watson.
-Gergely Herpai „BadSector”-
Enola Holmes 3
Direction - 6.1
Acteurs - 7.2
Histoire - 5.3
Visuels/Musique/Sons - 6.6
Ambiance - 5.8
6.2
CORRECT
Enola Holmes 3 reste regardable parce que Millie Bobby Brown comprend toujours parfaitement ce qui fait fonctionner Enola Holmes, et parce que Malte apporte un vrai souffle visuel à la franchise. Mais le troisième film essaie de présenter une enquête très simple comme une grande affaire historique, tout en laissant régulièrement la caméra résoudre les problèmes qu’Enola devrait résoudre elle-même. Enola n’a pas perdu son charme. Cette enquête n’est tout simplement pas assez intelligente pour elle.






