Il y a 12 ans disparaissait István Sztankay – Hommage à l’une des voix les plus reconnaissables du théâtre hongrois

ACTUALITÉS CINÉMA – István Sztankay, lauréat du prix Kossuth, double lauréat du prix Mari Jászai et membre des Acteurs de la Nation hongroise, est mort le 12 septembre 2014. Douze ans après sa disparition, ses rôles au théâtre, au cinéma, à la télévision et dans le doublage restent profondément ancrés dans la mémoire culturelle hongroise, tout comme cette voix immédiatement reconnaissable qui a accompagné plusieurs générations.

 

István Sztankay est né à Budapest le 14 février 1936. Son père était prêtre gréco-catholique et sa mère travaillait dans les services postaux, tandis que le jeune Sztankay découvrit très tôt la scène en fréquentant l’école privée d’art dramatique de Kálmán Rózsahegyi. Il rêva pourtant d’abord d’une carrière de footballeur et jouait comme gardien de but, avant de comprendre à 18 ans qu’il n’avait pas suffisamment grandi pour poursuivre dans cette voie. Avant de choisir définitivement le métier d’acteur, il travailla notamment comme chantre auxiliaire, garçon de courses, manutentionnaire dans la construction de ponts et ouvrier sur les chantiers du métro.

Il fut admis en 1957, à sa troisième tentative, à l’École supérieure d’art dramatique et cinématographique, dont il sortit diplômé en 1961. Son premier contrat professionnel le conduisit à Miskolc, mais dès 1963 il rejoignit le Théâtre national de Budapest. En 1974, il passa au Théâtre Madách, puis intégra en 1991 le Théâtre József Attila, dont il devint membre honoraire permanent en 2006. Son tempérament et son timbre de voix très particulier lui permettaient de s’imposer aussi naturellement dans les classiques que dans le répertoire contemporain.

 

De Roméo à Jean Calvin

 

À Miskolc, parmi ses rôles marquants figuraient notamment le personnage principal de La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht et le Dauphin de Sainte Jeanne de George Bernard Shaw. Au Théâtre national, il interpréta une remarquable diversité de personnages : Roméo de Shakespeare, Viktor dans Mélodie de Varsovie de Leonid Zorine, Péter Agárdi dans Le Chevalier muet de Jenő Heltai, Zoltán Sebők dans Paradis perdu d’Imre Sarkadi, ou encore Jean Calvin dans Une étoile sur le bûcher d’András Sütő. Son Michael Kohlhaas dans Le dimanche des Rameaux d’un maquignon de Sütő compte également parmi ses créations mémorables.

Mari Törőcsik fut sa partenaire dans Roméo et Juliette ainsi que dans Mélodie de Varsovie. Sztankay affectionnait aussi les pièces à deux personnages, jouant notamment Le Coude du Danube de Ferenc Karinthy avec Éva Ruttkai puis avec Ildikó Hámori. Au Théâtre Madách, il partagea la scène avec Ildikó Piros et László Mensáros dans Paradis perdu, tandis qu’il interpréta Le Chevalier muet avec Ildikó Bánsági pendant trois étés consécutifs.

Son plus grand succès populaire au théâtre fut probablement Même heure, l’année prochaine de Bernard Slade. La comédie fut jouée environ 450 fois avec Ila Schütz comme partenaire, et tous deux travaillèrent ensuite ensemble dans de nombreuses autres productions ainsi que dans différentes émissions humoristiques de la télévision. Le théâtre resta toujours le véritable foyer artistique de Sztankay. Selon le critique Péter Molnár Gál, son jeu avait même cette capacité particulière de « rendre spontanément hongrois Schiller, Shakespeare et Bernard Shaw ».

Au Théâtre József Attila, il continua d’incarner des personnages extrêmement différents les uns des autres. Dans Neuf comme les méchants de Péter Horváth, il jouait un vieux père juif, tandis que dans Spencer d’András Kern il incarnait Staline. Cette diversité illustre à quel point il échappait aux catégories habituelles, capable de passer du héros romantique à la figure historique, du drame à la comédie.

 

Le cinéma et la télévision en ont également fait une figure populaire

 

Sztankay débuta au cinéma dans Le Chant du cygne, sorti en 1963, aux côtés d’Antal Páger et de Gyula Bodrogi, avec lesquels il interpréta également l’une des chansons célèbres du film, La Romance de Villa Negra. Parmi ses autres films importants figurent Dialogue, Vingt heures et Connaissez-vous le szandi-mandi ?. À la télévision, il devint particulièrement célèbre grâce au rôle-titre de la série à grand succès Bors, tout en participant également aux adaptations télévisées d’Un, deux, trois de Ferenc Molnár et du Coude du Danube de Ferenc Karinthy.

Sa voix profonde, agréable et immédiatement reconnaissable fit également de lui l’une des grandes figures du doublage hongrois. Il fut notamment la voix hongroise de Richard Burton, Laurence Olivier, Marcello Mastroianni, Jean-Paul Belmondo, Leslie Nielsen, Tony Curtis et Gregory Peck. Son timbre était aussi identifiable dans les grands drames que dans les comédies plus légères, ce qui lui permit de devenir familier même auprès d’un public qui le voyait moins souvent sur scène.

Il s’essaya également à la mise en scène. Il monta notamment Play Strindberg de Friedrich Dürrenmatt et la comédie de Georges Feydeau Monsieur chasse !. Son rapport au théâtre allait donc bien au-delà de son métier d’acteur, puisqu’il s’intéressait à l’ensemble du processus de création dans ce milieu qu’il considéra toujours comme sa véritable maison.

 

Prix Kossuth et Acteur de la Nation

 

Son œuvre fut récompensée par de nombreuses distinctions prestigieuses. Il reçut le prix Mari Jászai en 1966 puis en 1974, fut nommé Artiste émérite en 1978, reçut en 1997 la Croix d’officier de l’Ordre du mérite de la République de Hongrie, puis le prix Kossuth en 1998. En 2012, il fut élu Acteur de la Nation, rejoignant officiellement le cercle des artistes dont la carrière a profondément marqué l’histoire du théâtre hongrois.

Sa famille resta elle aussi liée à la vie publique et artistique. Son fils, Ádám Sztankay, devint journaliste et animateur, tandis que sa fille Orsolya suivit également une carrière de comédienne avant de travailler aussi comme guide et coach. Pour István Sztankay, cependant, le théâtre demeura jusqu’au bout une part fondamentale de son identité, autant comme profession que comme manière de voir le monde.

István Sztankay est mort le 12 septembre 2014, dans sa 79e année, après une longue maladie. Il fut enterré au cimetière de Farkasrét. Sa veuve, Bea Bedők, créa en 2015 un prix portant son nom, remis à un artiste du Théâtre József Attila, tandis qu’une plaque commémorative installée rue Városmajor, à Budapest, rappelle également sa mémoire.

Peu avant son 76e anniversaire, l’acteur résumait sa foi dans le théâtre avec des mots qui restent particulièrement forts : « J’aime le théâtre et j’espère que les théâtres ne fermeront pas. Le théâtre est une forme d’apprentissage. C’est un divertissement qui nourrit l’esprit et donne à l’être humain une vision plus large. Si l’on supprime les théâtres, alors on peut aussi bien tout supprimer. » Douze ans après sa disparition, ses interprétations, sa voix et sa passion pour la scène continuent ainsi de faire partie intégrante de la mémoire culturelle hongroise.

Source : Retro Rádió

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