Vampire: The Masquerade – Redemption – Une chanson d’amour pour un vampire [RETRO – 2000]

RETRO – « Cela fait huit cents ans que je n’ai pas contemplé la lumière dorée du soleil couchant. J’ai traversé les frontières et les siècles dans le sang et les larmes, me nourrissant souvent du sang d’innocents et détruisant ceux de ma propre espèce. Mon nom est Christof. Je suis un vampire… »

 

Depuis le Dracula de Bram Stoker, rares sont les créatures de la littérature fantastique à avoir acquis une popularité comparable à celle du vampire. Malheureusement, l’industrie cinématographique a tellement exploité le mythe du buveur de sang qu’elle a fini par l’épuiser : après le Bela Lugosi mythique, les innombrables Dracula interprétés par Christopher Lee ont parfois fini par transformer le terrible « monstre des Carpates » en véritable attraction de foire.

Heureusement, des œuvres plus « nouvelle vague » sont ensuite venues redonner du sang neuf au mythe vampirique. On pense notamment aux Prédateurs, avec Catherine Deneuve, David Bowie et Susan Sarandon, un passage obligé pour les amateurs de vampires érotiques, ou plus tard à Entretien avec un vampire, adapté du roman d’Anne Rice. Dans ce dernier, Brad Pitt incarne un vampire dépressif, rongé par les remords, incapable de s’habituer à sa nouvelle existence malgré les siècles qui passent, tandis que son compagnon Lestat, joué par Tom Cruise, tue sans le moindre scrupule. Le roman comme le film développent également une idée fascinante : au fil de leur histoire, les vampires sont régulièrement contraints de combattre d’autres vampires, jusqu’à parfois s’entre-tuer.

C’est notamment cette idée qui a inspiré les créateurs du jeu de rôle Vampire: The Masquerade. Évidemment, comme tous les grands succès du jeu de rôle papier, celui-ci ne pouvait pas échapper éternellement à une adaptation sur ordinateur, et la voilà enfin arrivée. J’imagine que les vampires chevronnés frémissent déjà d’impatience (« Alors, qu’est-ce que ça va donner ? »)… Faut-il préparer les croix dorées et les boulettes à l’ail, ou simplement tendre la gorge ? Allons donc voir ça d’un peu plus près…

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Croisé, puis vampire

L’histoire commence en 1141, en Moravie, dans l’actuelle République tchèque. Notre héros, Christof, est un chevalier croisé blessé par une flèche sur le champ de bataille. Prague n’étant heureusement pas très loin, ses compagnons l’emmènent rapidement dans un couvent de la ville, où les religieuses prennent soin de lui. L’une d’elles, Anezka, et notre héros tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre, comme cela arrive évidemment tous les jours entre une nonne et un croisé.

Lorsque sœur Anezka est attaquée par des créatures assoiffées de sang, Christof, fou de rage, sauve d’abord la jeune religieuse avant de jurer qu’il n’aura aucun repos tant qu’il n’aura pas débarrassé la ville des monstres qui infestent les mines d’argent. C’est ici que le jeu commence réellement : lors du premier niveau, nous incarnons encore le croisé au cœur pur, chargé de nettoyer les mines de leurs créatures. Cette première partie n’est finalement pas très éloignée des jeux d’action-fantasy traditionnels façon Die by the Sword ou Drakan : au départ, il faut surtout compter sur son épée, ses poings, quelques fioles d’eau bénite trouvées en chemin et des potions permettant de récupérer de l’énergie.

Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

La première goutte de sang dans le verre

Évidemment, cette situation malheureuse, ou plutôt bénie du point de vue du scénario, ne pouvait pas durer : notre héros doit finir par devenir un vampire. Et qu’est-ce qui pourrait bien provoquer la chute d’un valeureux chevalier ? Une femme, naturellement. Une femme qui attire Christof et éprouve elle aussi certains sentiments pour Anezka. Poussé par ses désirs refoulés, Christof commet l’erreur de sortir seul en pleine nuit, où les vampires l’attendent déjà, crocs largement découverts. Plus précisément, Ecaterina « la Sage », dirigeante du clan vampirique Brujah, n’attendait que l’occasion de mettre la main sur lui. À partir de cet instant, notre héros devient précisément ce qu’il détestait le plus : l’une de ces créatures impies et cauchemardesques qui se nourrissent de sang.

Vampire: The Masquerade Redemption – Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

Feu de joie à la sauce vampire

Heureusement pour Christof comme pour nous, devenir vampire ne signifie pas qu’il faille désormais massacrer sauvagement tous ceux qui croisent notre chemin. La condition vampirique s’accompagne d’un grand nombre de capacités et d’attributs spéciaux, les fameuses « disciplines », totalement inaccessibles aux simples mortels. C’est d’ailleurs principalement grâce à elles que Redemption peut réellement être considéré comme un jeu de rôle. Dans la pratique, ces pouvoirs ressemblent beaucoup aux sorts des RPG fantastiques traditionnels : on peut foudroyer ses adversaires, leur envoyer des boules de feu, invoquer des chiens infernaux ou des âmes mortes, éclairer les donjons par magie, étourdir les ennemis, les séduire ou encore manipuler aussi bien nos adversaires que de simples habitants.

Comme dans les autres jeux de rôle, les disciplines peuvent également être améliorées : les versions les plus puissantes des sorts sont évidemment beaucoup plus efficaces. Seul problème, leur développement coûte une quantité considérable de points d’expérience. À chaque montée de niveau, j’avais parfois véritablement l’impression de devoir donner mon propre sang pour progresser.

Au début, nous ne disposons que de très peu de pouvoirs, ce qui rend le combat à l’arme blanche nettement plus pertinent. Heureusement, dès la première véritable quête vampirique, Wilhelm nous rejoint. À en juger par son accent et sa tenue, il a visiblement été soldat allemand dans une autre vie. Durant les premières missions, c’est donc surtout en compagnie du duo Christof-Wilhelm que nous allons souffrir… et faire souffrir.

Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

Et si l’eau se changeait en sang ?

La morsure et l’absorption de sang font elles aussi partie de notre arsenal. La réserve de sang du vampire constitue probablement l’une des ressources les plus importantes du jeu, puisque c’est elle qui alimente nos différents pouvoirs. Elle influence également notre capacité à récupérer de l’énergie, notamment grâce à des disciplines de « régénération sanguine » ou quelque chose d’approchant, toutes mes excuses aux professeurs ès vampirologie… Si aucun donneur volontaire ne se présente, il reste toujours les rats, comme le rappelle Lestat dans Entretien avec un vampire : « Oh, Louis, tu te nourris de rats ? Quelle humiliation pour notre espèce ! J’ai honte de t’avoir engendré ! » On peut également récupérer du sang dans certaines bouteilles ou certains récipients. Malheureusement, il existe aussi du sang contaminé.

Un véritable vampire vit de sang. Évidemment, le plus efficace reste encore de vider directement ses victimes, mais cette solution n’est pas sans conséquences. Chaque fois que nous tuons un innocent, que ce soit en lui aspirant tout son sang ou simplement pendant un combat, notre vampire perd cinq points d’Humanité et risque peu à peu de se transformer en véritable bête. Je ne sais pas exactement ce qui se produit lorsque cette valeur tombe au plus bas, car je n’ai jamais laissé les choses dégénérer jusque-là, mais passer sous certains seuils peut déjà se révéler dangereux. Il m’est notamment arrivé de constater, peut-être simplement à cause de « l’intelligence artificiellement inintelligente », qu’un vampire devenu bestial refusait parfois d’obéir correctement aux ordres du groupe. Bref, même si la tentation est grande, mieux vaut « boire le sang avec modération et savoir-vivre… »

Vampire: The Masquerade Redemption – Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

Vampire contre vampire

Malgré ses nombreuses caractéristiques et ses éléments de jeu de rôle, Vampire reste avant tout un jeu d’action intelligemment construit. Le qualificatif « intelligent » concerne surtout le scénario, car nous tomberons également sur quelques absurdités particulièrement irritantes dont je reparlerai plus loin. Le jeu nous confie différentes missions qu’il faut accomplir, que cela nous plaise ou non, ce qui renforce encore son côté très orienté action. La plupart du temps, l’objectif consiste à éliminer le chef vampire d’un clan rival, récupérer un objet ou sauver quelqu’un. Évidemment, toutes ces aventures nous mettent sur la route de vampires hostiles et d’autres créatures infernales dont le rêve ultime consiste à répandre notre sang fraîchement « reconditionné ». Malheureusement, les combats suivent la tradition du temps réel façon Diablo. Pour le dire moins poliment : surtout au début du jeu, il faut marteler le bouton de la souris comme une sonnette, jusqu’à cliquer à la cadence d’une machine à coudre. Plus tard, nos personnages apprennent différentes disciplines et différents sorts, mais leur utilisation peut parfois devenir franchement laborieuse dès qu’ils ne sont pas placés dans les raccourcis.

Cela dit, j’ai nettement plus apprécié les combats que le concours de clics permanent de Diablo. Si l’on met de côté l’interface maladroite, le système fonctionne plutôt bien, qu’on se contente de frapper comme une brute ou que l’on fasse appel aux disciplines les plus puissantes.

Un patch serait d’ailleurs en préparation et devrait notamment permettre de mettre le jeu en pause pendant les combats, à la manière de Baldur’s Gate. Les affrontements deviendraient donc beaucoup plus tactiques. Le seul problème, c’est que le niveau des adversaires a été équilibré pour fonctionner en temps réel : certains boss qui nous faisaient transpirer avant de tomber risquent alors de rester plantés comme des imbéciles pendant une demi-minute pendant que nous préparons tranquillement nos actions. Espérons que les développeurs trouveront le bon équilibre…

Vampire: The Masquerade Redemption – Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

L’esthétique vampirique

Et je n’ai même pas encore parlé des graphismes absolument somptueux de Vampire ! La première fois que j’ai aperçu les icônes de la petite chapelle tchèque, les portraits des saints, les tapis décorés ou encore la scène où la petite Anezka parle avant de faire le signe de croix, j’ai failli me couper moi-même rien que pour vérifier si le sang était aussi beau dans la réalité. Puis je suis sorti dans les rues de la Prague médiévale et mon émerveillement n’a fait qu’augmenter : c’est tout simplement l’un des plus beaux moteurs 3D que j’aie jamais vus ! Les graphistes de Nihilistic doivent probablement être eux-mêmes des vampires pour avoir disposé d’autant de temps et de patience afin de peaufiner chaque détail. Sans parler du fait qu’on se demande presque comment ils peuvent savoir avec une telle précision à quoi ressemblait Prague au Moyen Âge.

La modélisation des visages place également la barre extrêmement haut. Certains monstres, comme Josef, membre du clan Nosferatu, sont représentés avec un tel souci du détail qu’ils peuvent littéralement vous glacer le sang. Quant à certaines dames vampires ou à Anezka en chemise de nuit, disons simplement que mes pensées n’étaient pas exactement les plus catholiques… Lara Croft, avec ses fameux polygones, a encore du chemin à parcourir !

Évidemment, tous ces graphismes magnifiques ne serviraient pas à grand-chose si Anezka parlait avec l’assurance et l’accent d’une cow-girl texane, comme certaines héroïnes d’Arcatera. Heureusement, ce n’est absolument pas le cas : Nihilistic excelle une fois encore dans les dialogues. Les personnages s’expriment dans un langage volontairement archaïque, mais toujours convaincant et parfaitement interprété.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont les personnages expriment leurs émotions à travers des tournures inhabituelles, mais jamais ridicules. L’atmosphère d’un Moyen Âge dominé par les interdits et la répression des sentiments se ressent notamment très bien dans les échanges entre Christof le croisé et Anezka la religieuse.

On ne peut pas davantage se plaindre du doublage : les cris de guerre des vampires ennemis, tout comme les gémissements à la fois sensuels et douloureux des victimes féminines rencontrées dans les rues, sont particulièrement crédibles.

Vampire: The Masquerade Redemption – Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

Pourquoi sauvegarder quand on vit éternellement ?

…c’est probablement ce que les développeurs ont dû se dire lorsqu’ils ont décidé d’interdire les sauvegardes libres pendant la partie. Il n’est possible de reprendre qu’à partir des sauvegardes automatiques effectuées entre certains niveaux ou bâtiments, ainsi qu’à quelques refuges spécifiques. Cerise sanglante sur le gâteau : la sauvegarde automatique précédente est constamment écrasée par la suivante. Autrement dit, une fois qu’on a fait une connerie, c’est définitif. On recommence toute la partie ? Heureusement, à partir de la seconde partie située à Vienne, un refuge permet enfin de sauvegarder manuellement, un peu à la manière de Final Fantasy VIII. Un patch devrait même permettre de sauvegarder n’importe où, ce qui risque à l’inverse de rendre le jeu beaucoup trop facile. Ah, décidément…

Vampire: The Masquerade propose également une idée particulièrement intéressante pour le multijoueur. Contrairement à la majorité des clones de Diablo, Vampire permet, comme dans un véritable jeu de rôle sur table, à l’un des joueurs d’endosser directement le rôle de maître du jeu. Celui-ci peut façonner l’histoire, gérer les personnages secondaires et définir les objectifs, tandis qu’un éditeur de niveaux peut même être téléchargé sur Internet. Sur le papier, toutes ces possibilités semblent extrêmement prometteuses, mais malheureusement, le résultat ne parvient pas encore vraiment à rivaliser avec l’efficacité d’un Diablo II.

Le problème vient surtout de l’interface du Conteur, terriblement lourde et primitive, qui lui permet davantage de compliquer la vie des joueurs que de véritablement enrichir la partie. Pour l’instant, son rôle reste assez limité : en dehors de la modification des caractéristiques des PNJ, du placement d’objets et de l’apparition de monstres, il n’a finalement pas énormément de possibilités et passe une bonne partie du temps à observer ce qui se déroule…

Les accros aux messageries instantanées seront également agacés de découvrir qu’il est impossible de discuter normalement avec ses collègues vampires, puisqu’aucun véritable chat intégré n’est disponible. Autre détail d’un archaïsme assez incroyable : dans le salon multijoueur, rien n’indique clairement si une partie est ouverte ou fermée. On ne le découvre qu’au moment où le jeu nous balance un stupide message d’erreur.

Vampire: The Masquerade Redemption – Depuis Dracula de Bram Stoker, peu de figures de la littérature fantastique ont connu une popularité comparable à celle du vampire.

Des morts-vivants, du bien ou rien ?

Alors, finalement, Redemption est-il bon ou mauvais ? Le lecteur est parfaitement en droit de se poser la question après avoir trouvé dans ces lignes autant d’enthousiasme que de critiques parfois sévères. Eh bien, dans son état actuel, Vampire ressemble surtout à un mélange de jeu de rôle et d’action 3D dans la lignée de Drakan, Die by the Sword ou Crusaders of Might and Magic, avec une bonne dose de Diablo. Mais il est nettement plus agréable à jouer et plus accessible que ces titres : dans sa catégorie, c’est tout simplement un roi.

-BadSector(2000)-

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Les plus :

+ Des graphismes fantastiques
+ De très loin l’un des meilleurs action-RPG
+ Un gameplay très agréable

Les moins :

– Des éléments RPG imparfaits
– Un système de sauvegarde absurde
– Un niveau de difficulté trop faible


Éditeur : Activision

Développeur : Nihilistic Software

Genres : action, action-aventure

Sortie : 7 août 2000

Vampire: The Masquerade – Redemption

Jouabilité - 8.1
Graphismes (2000) - 9.2
Histoire - 9
Musique/Sons - 9.5
Ambience - 9

9

EXCELLENT

RETRO - « Cela fait huit cents ans que je n’ai pas contemplé la lumière dorée du soleil couchant. J’ai traversé les frontières et les siècles dans le sang et les larmes, me nourrissant souvent du sang d’innocents et détruisant ceux de ma propre espèce. Mon nom est Christof. Je suis un vampire… »

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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