L’orientation de Sony vers un avenir entièrement numérique ne concernerait pas uniquement les collectionneurs et les amateurs d’éditions physiques. Selon plusieurs analystes, elle pourrait démanteler un marché de l’occasion actuellement évalué à 7,2 milliards de dollars tout en réduisant considérablement les possibilités d’achat, de revente et de conservation offertes aux joueurs.
Les conséquences de la disparition des disques dans l’écosystème PlayStation dépasseraient largement la conception de la prochaine console de Sony. Les jeux physiques alimentent toute une activité économique reposant sur les boutiques spécialisées, les programmes de reprise, les ventes entre particuliers et les consommateurs qui choisissent l’occasion afin de réduire le coût de leur loisir. Lorsque chaque achat dépend d’un compte numérique, cette économie ne peut plus fonctionner de la même manière.
Le cabinet d’analyse Dataintelo estimait à 7,2 milliards de dollars la valeur mondiale du marché des jeux vidéo d’occasion en 2025. Aux États-Unis, plus de 38 % des transactions liées au jeu vidéo auraient concerné un produit déjà utilisé. Une telle proportion montre que la revente ne constitue pas une activité marginale réservée aux collectionneurs, mais une habitude profondément installée chez les consommateurs.
Avant que la stratégie numérique de Sony ne remette en cause l’avenir de ce secteur, Dataintelo prévoyait que sa valeur atteindrait environ 13,8 milliards de dollars en 2034. Cette croissance devait notamment être portée par la recherche de jeux moins coûteux et par l’intérêt grandissant des générations Y et Z pour la réutilisation et la durabilité. Un écosystème privé de produits physiques transférables supprimerait toutefois la base même de cette progression.
Le marché de l’occasion pourrait se réduire jusqu’à disparaître
CNBC a repris les résultats de Dataintelo en étudiant les conséquences possibles de cette transition pour les magasins et les consommateurs. Kazunori Ito, analyste chez Morningstar, considère le changement de position de Sony comme particulièrement ironique. En 2013, PlayStation s’était moqué des premières politiques de la Xbox One avec une vidéo montrant qu’il suffisait de remettre un disque à une autre personne pour partager un jeu. La liberté mise en avant dans cette campagne est précisément celle qu’un modèle exclusivement numérique ferait disparaître.
Michael Futter, cofondateur du cabinet F-Squared, s’est montré encore plus sévère en qualifiant cette orientation de « décision extrêmement hostile aux consommateurs ». Il rejette également la comparaison avec la transition numérique du marché PC. Les joueurs sur ordinateur peuvent acheter leurs titres sur Steam, GOG, l’Epic Games Store et plusieurs autres plateformes, qui doivent se concurrencer sur les prix, les promotions et la qualité de leurs services.
Les propriétaires de PlayStation ne bénéficieraient pas de la même protection. Sans magasins physiques ni exemplaires d’occasion, le PS Store deviendrait l’unique point de vente autorisé de la plateforme. Sony pourrait fixer les prix et organiser les réductions sans concurrence extérieure, tandis que les consommateurs perdraient la possibilité de récupérer une partie de leur dépense en revendant un jeu terminé.
Les commerces traditionnels subiraient une grande partie des dégâts immédiats. Les reprises et les ventes d’occasion restent importantes, car un même exemplaire peut générer des revenus à plusieurs reprises en passant d’un client à un autre. Ito prévoit que cette activité se contractera progressivement avant de disparaître si PlayStation abandonne totalement les disques. Sony ne perçoit actuellement aucune part de ces transactions, alors qu’un système entièrement numérique redirigerait chaque nouvel achat vers sa propre boutique.
Le débat ne porte donc pas simplement sur la nostalgie des boîtes et des collections exposées sur des étagères. Il concerne un marché de plusieurs milliards de dollars, la survie de nombreux détaillants spécialisés et la capacité des joueurs à conserver un véritable contrôle sur les produits qu’ils ont achetés. Sony peut tenter d’imposer le PS Store comme seule option, mais la réussite de cette stratégie dépendra de la réaction d’une communauté qui pourrait refuser de perdre toute liberté de choix.
Source : 3DJuegos



