007 First Light traité de woke parce que James Bond a une supérieure – ce que la saga fait déjà depuis des décennies

007 First Light est devenu la nouvelle cible d’une polémique en ligne, certains joueurs qualifiant le jeu de « woke » parce que James Bond reçoit des ordres directs de M, incarnée par Priyanga Burford. La critique paraît étrange, puisque Judi Dench jouait déjà M dans les films James Bond dès 1995, et a incarné la supérieure de Bond dans sept longs-métrages.

 

007 First Light aurait dû être discuté avant tout comme le grand retour attendu de James Bond dans le jeu vidéo. Développé par IO Interactive, le studio derrière Hitman, il s’agit du premier grand jeu Bond inédit depuis plus d’une décennie, après 007 Legends en 2012. Le titre suit un James Bond plus jeune, avant qu’il n’ait obtenu son statut 00 au sein du MI6, dans une histoire originale qui n’adapte directement ni un roman d’Ian Fleming ni un film précis. Pour beaucoup de joueurs, cela suffisait déjà à en faire l’une des sorties Bond les plus importantes depuis des années.

La discussion autour du jeu s’est pourtant déplacée vers un point très précis : Bond reçoit des ordres de M, et cette version de M est jouée par Priyanga Burford. Certains joueurs s’en sont servis pour qualifier 007 First Light de « woke », comme si le fait que James Bond ait une supérieure féminine constituait une rupture inédite avec l’histoire de la franchise. Ce n’est pas le cas. Judi Dench a incarné M pour la première fois dans GoldenEye, à l’époque Pierce Brosnan, en 1995, puis a conservé le rôle dans sept films, y compris pendant l’ère Daniel Craig, jusqu’à Skyfall.

 

Une M féminine ne rompt pas avec la tradition Bond

 

C’est précisément ce qui rend cette nouvelle polémique si fragile. Une M féminine n’est ni nouvelle, ni radicale, ni inventée par 007 First Light. La version de M incarnée par Dench faisait déjà partie de l’identité moderne de Bond il y a trente ans. Dans GoldenEye, elle rabaisse frontalement le vieux charme machiste de Bond en le qualifiant de dinosaure sexiste et misogyne, relique de la guerre froide. Cela n’a pas détruit Bond. Cela l’a rendu plus tranchant. La franchise se dotait alors d’une supérieure qui ne l’admirait pas béatement, ne le craignait pas et ne considérait pas son charme comme une excuse pour son imprudence.

Le choix de Priyanga Burford s’inscrit donc dans une ligne qui existe déjà dans l’histoire de Bond. Burford n’est d’ailleurs pas étrangère à cet univers, puisqu’elle était déjà apparue dans Mourir peut attendre dans le rôle de Dr Symes. 007 First Light réintroduit aussi plusieurs figures classiques de la saga dans de nouvelles versions. Patrick Gibson incarne le jeune James Bond, Kiera Lester joue Miss Moneypenny, Alastair Mackenzie interprète Q et Lennie James apparaît dans le rôle de Greenway, mentor de Bond. Autrement dit, le jeu ne cherche pas à se couper de la franchise. Il reconstruit son univers comme une histoire d’origine pensée pour un nouveau support et une nouvelle génération.

 

Le Bond d’IO Interactive est plus jeune, mais ses bases restent classiques

 

L’accueil critique de 007 First Light ne donne pas non plus l’image d’un jeu qui s’effondrerait sous une lecture de guerre culturelle. Les premiers avis ont salué son écriture, ses combats rapprochés, son rythme cinématographique et la manière dont IO Interactive adapte certains de ses réflexes de conception systémique à l’univers de Bond. Le jeu n’est pas une simple copie de Hitman avec une autre peau. C’est une aventure d’action consacrée à un agent plus jeune, encore en formation, qui doit progressivement devenir le Bond que le public connaît déjà.

Dans ce cadre, le rôle de M est aussi utile sur le plan narratif. Un Bond plus jeune a besoin de supérieurs et de mentors qui le façonnent, le défient et lui donnent une autorité contre laquelle se mesurer. Que M soit incarnée par un homme ou par une femme n’est pas le cœur du sujet. La fonction de M a toujours été celle de l’autorité institutionnelle : la personne à qui Bond doit rendre des comptes, même lorsqu’il résiste ou désobéit. Si cette dynamique fonctionne, le personnage remplit son rôle. Le genre de l’interprète ne transforme pas soudain une structure bien établie de la saga en trahison.

La plainte autour du « woke » en dit donc davantage sur les réflexes actuels de la polémique en ligne que sur James Bond lui-même. On peut discuter de l’écriture, du rythme, des combats, de la conception des missions ou de la manière dont IO Interactive a capté le bon ton pour un jeune James Bond. Mais prétendre qu’une M féminine serait une nouveauté n’a rien de sérieux. Bond a franchi ce pont dès GoldenEye, et Judi Dench a fait du rôle l’un des éléments les plus mémorables de la période moderne de la saga. La vraie question autour de 007 First Light n’est donc pas de savoir si Bond peut recevoir des ordres d’une femme, mais si IO Interactive peut transformer le bon accueil du jeu en nouvel avenir durable pour James Bond dans le jeu vidéo.

Source : Game Rant, GamingBible, Radio Times

Spread the love
Avatar photo
theGeek is here since 2019.

theGeek Live