Christopher Nolan porte sur grand écran un récit vieux de près de 2 700 ans, mais l’une de ses principales références n’est pas un péplum. Le cinéaste révèle que le Blade Runner de Ridley Scott, sorti en 1982, l’a aidé à trouver le langage sensoriel de L’Odyssée.
L’Odyssée occupe déjà une place singulière dans la filmographie de Nolan. Le réalisateur a réuni une distribution immense, tourné sur des décors réels et signé le premier long métrage intégralement capté avec des caméras IMAX. La démesure est évidente, mais son ambition ne se limite pas à agrandir l’image : il voulait que le son enferme le spectateur dans cet univers avec la même force.
On aurait pu s’attendre à retrouver Spartacus, Gladiator ou 300 parmi ses modèles essentiels. Invité du podcast Happy Sad Confused, Nolan a pourtant cité une œuvre venue d’un tout autre genre. Il a revu Blade Runner avec plusieurs membres de son équipe, fasciné par la manière dont la ville futuriste de Ridley Scott cesse d’être un décor pour devenir une présence vivante.
Le son de Blade Runner a montré la voie
Nolan ne cherchait pas à transporter les néons, les réplicants ou l’esthétique cyberpunk dans la Méditerranée antique. Il observait plutôt la façon dont la musique, les bruits ambiants et les effets sonores s’assemblent jusqu’à donner une matière au monde. Dans Blade Runner, le lieu paraît crédible avant même que le spectateur en comprenne toutes les règles ; une qualité précieuse pour un voyage fait de rivages inconnus et de menaces imprévisibles.
« La musique contribue à définir la matérialité du monde. »
Le réalisateur a également regardé le film avec Ludwig Göransson, compositeur de L’Odyssée. Leur échange portait sur la manière dont une partition peut se fondre dans le design sonore au lieu de rester à l’arrière-plan. Nolan voulait que la musique donne une texture, un poids et presque une température aux lieux traversés, et il a demandé à Göransson d’assumer pleinement cette idée.
Ce choix laisse imaginer un récit qui ne reposera pas seulement sur les dialogues. Le mouvement de la mer, la tension d’un navire, le choc des armes ou le silence d’une île inconnue peuvent raconter autant qu’une explication. L’image IMAX établira l’immensité du trajet d’Ulysse ; le son pourra faire ressentir cette distance physiquement.
Pas une copie cyberpunk, mais un monde tangible
En apparence, les deux films sont aux antipodes. L’un traverse une métropole futuriste noyée sous la pluie, l’autre revient à un mythe ancien peuplé de dieux, de monstres et de marins perdus. Ils affrontent pourtant la même question de cinéma : comment transformer un endroit que personne n’a visité en un espace habité, dangereux et chargé d’un passé invisible ?
Matt Damon incarne Ulysse, qui tente de regagner Ithaque après la guerre de Troie. Pendant ce temps, Pénélope et leur fils Télémaque, interprété par Tom Holland, doivent résister aux prétendants décidés à prendre la place du roi absent. Dans une telle histoire, le monde ne peut pas servir de simple ornement : chaque côte, chaque palais et chaque obstacle doit posséder sa mémoire propre.
L’Odyssée sort au cinéma le 17 juillet. L’influence de Blade Runner ne sera peut-être jamais visible dans un plan précis, mais les déclarations de Nolan donnent une piste d’écoute : prêter attention à la mer, aux silences et aux instants où la musique de Göransson cesse d’accompagner le monde mythique pour devenir une partie de sa matière.
Source : MovieWeb



