House of the Dragon saison 3 – Plus forte, plus sanglante, plus spectaculaire

CRITIQUE DE SÉRIE – Les quatre premiers épisodes de la saison 3 de House of the Dragon ramènent Westeros avec un rythme plus ferme, des enjeux plus nets et une guerre qui, enfin, cesse d’être seulement une menace murmurée autour d’une table. Les dragons, les trahisons, les batailles navales et les poisons familiaux sont bien là, Emma D’Arcy porte encore une grande partie de la série, et la production reste techniquement somptueuse. Reste la vraie question : derrière le spectacle, y a-t-il assez de récit pour justifier quatre saisons entières de sang, de feu et d’hésitations très coûteuses ?

 

House of the Dragon possède en théorie tout ce qu’il faut pour faire fonctionner cet univers : intrigues de palais, trahisons entre parents, lâcheté politique, vieilles blessures familiales, grandes batailles et, bien sûr, dragons, parce qu’à Westeros, l’argument le plus simple reste toujours d’arriver avec une arme de destruction massive volante. Pourtant, la série traîne depuis le début une fatigue étrange. Elle n’est pas mauvaise, pas honteuse, pas ce genre de suite qui donne envie de chercher la télécommande dès le générique, mais après les deux premières saisons, retourner dans cet abattoir familial ne faisait pas forcément rêver. Heureusement, ces quatre premiers épisodes de la saison 3 fonctionnent bien mieux qu’une grande partie de la saison 2. Son plus grand ennemi, cependant, n’est toujours ni Aegon, ni Aemond, ni Daemon : c’est sa propre manière de retarder le récit.

 

 

Cette fois, la guerre ne reste pas coincée sur la carte

 

La meilleure impulsion de cette saison 3 vient du fait que la guerre est enfin montrée, et pas seulement commentée. L’immense bataille navale du premier épisode donne exactement l’énergie que la série promettait depuis deux saisons : les navires se fracassent, le chaos n’est plus seulement politique, et le conflit prend soudain du poids, du corps, du bruit. Dans ces moments-là, on comprend pourquoi cette production coûte aussi cher, et pourquoi HBO peut encore proposer un spectacle de fantasy capable de faire passer bien des films de cinéma pour des figurants nerveux en train de réajuster leur perruque.

Le problème, c’est qu’une bataille brutale ne suffit pas à porter toute une saison. Elle peut tenir un épisode, peut-être deux, mais il faut ensuite retourner dans les couloirs, les conseils, les regards blessés et ces conversations où chacun semble vouloir gagner, bouder et s’assurer une place dans une future note de bas de page historique. La saison 3 progresse beaucoup sur ce point, mais elle ne se débarrasse pas complètement de cette impression : parfois, la série n’avance pas vraiment, elle piétine avec beaucoup de tenue.

 

 

Sans Emma D’Arcy, la salle du trône sonnerait bien plus creux

 

Du côté des interprètes, Emma D’Arcy reste la présence qui donne le plus souvent un vrai poids à la série. Sa Rhaenyra Targaryen ne fonctionne pas parce qu’elle reçoit un grand monologue à chaque scène, mais parce que D’Arcy peut raconter énormément avec une mâchoire serrée, une larme retenue ou un regard froid : le prix à payer lorsqu’on veut être à la fois mère, souveraine, survivante et nécessité historique. Dès que la caméra reste sur elle, la série paraît aussitôt plus grave, plus dangereuse et plus humaine.

Matt Smith continue d’apporter à Daemon cette élégance instable et dangereuse qui empêche le personnage de devenir vraiment fiable, tandis qu’Ewan Mitchell donne toujours à Aemond ce regard de quelqu’un qui décide, avant même la fin d’une conversation, qui devra brûler plus tard. L’ensemble de la distribution, lui, reste plus inégal. Il y a de solides seconds rôles, des moments très justes, mais aussi des scènes où le jeu ne rejoint pas tout à fait le poids historique supposé du matériau. Dans une série aussi dépendante des dialogues, ce n’est pas un détail. Quand les dragons ne sont pas à l’écran, ce sont les regards, les silences et les demi-phrases qui doivent travailler à leur place.

 

 

Un livre, quatre saisons et beaucoup de couloirs à remplir

 

Le problème de fond reste le même : la série doit transformer une chronique historique en plusieurs saisons de prestige drama. Feu et Sang n’est pas un roman au même sens que les volumes du Trône de fer : c’est une chronique targaryenne volontairement plus sèche, construite autour de narrateurs incertains. Comme matière d’adaptation, c’est à la fois un cadeau et un piège. On peut combler les vides, épaissir les personnages, préciser les motivations politiques, mais il devient aussi très facile d’étirer ce qui, sur la page, fonctionnait surtout comme un résumé historique.

C’est pour cela que ces quatre premiers épisodes paraissent à la fois encourageants et suspects. Encourageants, parce que la série bouge mieux qu’en saison 2, et que le conflit ressemble enfin à une guerre ouverte plutôt qu’à une menace joliment costumée. Suspects, parce qu’une fois les grands événements terminés, lorsque l’on revient dans les salles du trône, les tavernes et les chambres de conseil, cette impression d’allongement revient. Une série lente peut être brillante si chaque pas rapproche d’un enjeu fort. House of the Dragon est parfois lente comme un seigneur déjà sorti de la pièce, mais qui revient trois fois chercher sa cape.

 

 

Un meilleur départ, mais les vieux défauts n’ont pas brûlé

 

La bonne nouvelle, c’est que ces quatre épisodes sont réellement plus solides qu’une grande partie de la deuxième saison. Le conflit avance avec davantage de force, l’image respire mieux, les batailles existent enfin autrement que comme une promesse, et plusieurs moments justifient le retour à Westeros. La saison n’est pas pour autant parfaitement fluide. Le rythme change parfois bizarrement, certains épisodes fonctionnent mieux que d’autres, et le virage de ton du troisième épisode désoriente franchement. Ce n’est pas une catastrophe, mais ce n’est pas très élégant non plus.

La saison 3 de House of the Dragon nous ramène donc près du feu, sans prouver entièrement que la série maîtrise son propre récit. Le spectacle est superbe, la guerre a enfin commencé, Emma D’Arcy est excellente, et la série sait encore retrouver cette magie froide et cruelle de Westeros lorsque tout s’aligne. Mais le doute demeure : cette histoire n’avait peut-être pas besoin de quatre saisons de sang, de feu et de conseils interminables, mais d’un montage plus sec et plus impitoyable. Les dragons savent encore cracher du feu. Il faut maintenant que la série prouve qu’elle ne produit pas seulement de la fumée.

-Gergely Herpai « BadSector »-

 

House of the Dragon saison 3

Direction - 8.2
Acteurs - 8.4
Histoire - 7.5
Visuels/Musique/Sons - 9.1
Ambiance - 8

8.2

EXCELLENT

Les quatre premiers épisodes de la saison 3 de House of the Dragon offrent un départ nettement plus solide que ce que la saison 2 laissait craindre. La guerre cesse enfin d’être une simple promesse, la bataille navale impressionne, Emma D’Arcy reste remarquable, et le niveau de production conserve tout le prestige fantasy de HBO. Le problème, c’est que la série continue parfois d’étirer son propre matériau, et qu’une fois les grandes batailles terminées, l’ancienne impression revient : les salles du trône ne contiennent pas toujours assez de mouvement pour garder ce feu vivant pendant quatre saisons entières.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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