La fin des nouveaux contenus de Destiny 2 ressemble d’abord à la conclusion d’un long chapitre, mais Don McGowan y voit un signal bien plus inquiétant. L’ancien General Counsel de Bungie, qui a participé au rachat du studio par PlayStation, estime que l’entreprise devient un label d’édition plutôt que le créateur de mondes qu’elle était autrefois.
Près de neuf ans se sont écoulés depuis le lancement de Destiny 2, et la grande aventure de science-fiction de Bungie approche désormais d’une véritable conclusion. Le studio a confirmé que Monument of Triumph, prévu pour le 9 juin, sera la dernière mise à jour majeure du jeu, un moment lourd de sens pour un titre qui a longtemps fonctionné comme une expérience service, un rituel communautaire et un space opera en expansion permanente. Le jeu restera disponible, comme le premier Destiny, mais les fans perçoivent logiquement la fin des nouveaux contenus comme autre chose qu’une simple note de calendrier. Bungie présente officiellement cette décision avec optimisme, comme un nouveau départ permettant à l’équipe de travailler sur davantage de jeux, mais un ancien responsable clé du studio lit la situation d’une manière beaucoup plus amère.
Don McGowan, ancien General Counsel de Bungie et l’une des personnes qui ont participé à la gestion du rachat de l’entreprise par PlayStation en 2022, a réagi à la nouvelle dans une publication LinkedIn. McGowan ne parle pas depuis la position d’un fan nostalgique, et il ne prétend pas que Destiny 2 ait été son jeu préféré, ce qui rend son analyse de l’avenir de Bungie encore plus tranchante. Selon lui, cette décision confirme une crainte qu’il nourrissait déjà après l’acquisition par Sony : Bungie ne serait plus en train de devenir la puissance créative bâtisseuse d’univers que l’industrie a connue, mais plutôt une sorte de label d’édition sous contrôle de PlayStation, capable de sortir quelques jeux à l’avenir, sans occuper le même rôle dans le paysage vidéoludique.
« Pour ceux qui connaissent mon opinion sur le Bungie actuel, sa direction et mon passage là-bas, ma réaction à cette nouvelle [la décision d’arrêter le développement de nouvelles mises à jour pour le titre] peut sembler étonnamment ambivalente », écrit McGowan au début de son message. Il formule ensuite son constat de façon beaucoup plus dure : « Je ne suis pas heureux de voir ce qu’est devenu l’un des studios de jeux vidéo les plus célèbres, et j’aurais aimé pouvoir faire davantage pour le maintenir en vie. Il se transforme maintenant en ce que j’ai toujours redouté après l’acquisition par Sony : un label d’édition qui sortira peut-être encore un jeu de temps en temps, mais qui ne sera plus un créateur de mondes. La vie continue, mais nous pouvons nous accorder un moment pour souhaiter que, parfois, il n’en soit pas ainsi. »
Les propos de McGowan ne relèvent pas d’un simple deuil de fan, puisqu’il explique lui-même qu’il n’est pas attaché à Destiny 2 par goût des FPS ou de la narration complexe de Bungie. Au contraire, il affirme ne pas aimer les jeux de tir à la première personne ni le récit dense du titre. Il comprend pourtant très bien que, pour beaucoup de joueurs, Destiny 2 n’était pas seulement un logiciel de plus dans une bibliothèque, mais un espace partagé, une habitude quotidienne et parfois même un refuge. « Mais tout n’est pas fait pour tout le monde. Pour beaucoup de personnes, Destiny 2 était leur vie. Il a aidé de nombreuses personnes à supporter les confinements liés au COVID. Et, bien sûr, il a changé l’industrie du jeu vidéo de tant de manières qui résonnent encore aujourd’hui et continueront de le faire à l’avenir », écrit-il. Il ajoute : « Ainsi, même si je ne les vois pas en personne, je compatis avec ceux qui perdent quelque chose qui comptait autant pour eux. Maintenant, j’espère que cela ne signifie pas que des milliers de personnes vont perdre leur emploi… »
Une vague de licenciements importante plane désormais sur Bungie
Cette dernière phrase de McGowan est particulièrement inquiétante, car les informations actuelles laissent entendre qu’elle pourrait se vérifier. Selon Jason Schreier, de Bloomberg, Bungie se préparerait à une vague de licenciements considérable, ce qui donne à la fin des nouveaux contenus de Destiny 2 un poids plus large qu’une simple extinction naturelle de jeu. Le studio doit toujours continuer à publier de nouveaux contenus pour Marathon, son titre le plus récent, et poursuivre le développement de projets actuellement au stade conceptuel, notamment de nouveaux jeux Destiny. Cela ne suffit pourtant pas à dissiper l’incertitude, surtout parce que Destiny 3 ne serait même pas en production active pour le moment, ce qui rend l’avenir de Bungie beaucoup moins lisible que ne le laisse entendre un communiqué optimiste.
En neuf ans, Destiny 2 est devenu le genre de jeu que l’on pouvait aimer, critiquer, quitter, détester parfois, puis relancer le lendemain. Il portait toutes les qualités et toutes les lourdeurs du modèle service, mais il avait aussi bâti une communauté qui ne restait pas uniquement pour les fusillades, les raids ou le butin. Beaucoup de joueurs continuaient parce que Bungie savait encore donner l’impression d’habiter un monde changeant, doté de sa propre mythologie. C’est pour cela que la formule de McGowan sur un Bungie qui ne serait plus créateur de mondes frappe aussi fort. Il ne parle pas seulement d’un jeu qui recevra moins de mises à jour, mais d’une identité de studio qui pourrait se briser. S’il a raison, Monument of Triumph ne sera pas seulement la dernière grande mise à jour de Destiny 2, mais aussi le marqueur d’une époque où Bungie ressemblait encore à un atelier d’univers plutôt qu’à une pièce de portefeuille.
Source : 3DJuegos



