CRITIQUE DE FILM – Le deuxième long métrage de Jonah Hill en tant que réalisateur voudrait être une satire acide d’Hollywood, mais il ressemble surtout à une petite crise de nerfs de milieu, trop contente d’elle-même pour être vraiment drôle, mordante ou lucide. Outcome suit la chute d’une star en vrille, avec l’ambition d’être à la fois cruel, absurde et révélateur. En réalité, le film tourne vite à la comédie d’initiés sèche et étouffante. Keanu Reeves, lui, essaie clairement d’y apporter quelque chose de plus humain, de plus triste, de plus sincère. Par moments, il touche presque juste. Mais tout autour de lui semble tirer dans l’autre sens.
S’il y a une utilité à ce deuxième passage de Jonah Hill derrière la caméra, c’est presque de rendre d’autres films récents sur les névroses hollywoodiennes plus sérieux qu’ils ne le paraissaient. Outcome raconte lui aussi la dégringolade d’une célébrité riche et paumée. Keanu Reeves y joue Reef Hawk, une ancienne immense vedette adorée du public, qui revient après cinq ans d’absence alors qu’une affaire de chantage éclate autour d’une vieille vidéo compromettante. Reeves joue Reef avec une forme de retenue presque mélancolique, et c’est souvent ce qu’il y a de mieux dans le film. Le souci, c’est que tous les autres semblent jouer dans un autre ton, voire dans un autre film. Reeves essaie de faire exister un personnage blessé. Le reste du casting paraît coincé dans une blague hollywoodienne fatigante.
Le plus frustrant, c’est de voir autant de monde réuni autour d’un matériau aussi maigre. Le film donne l’impression d’étirer une idée de départ trop mince jusqu’au long métrage, sans jamais trouver assez de matière pour vraiment tenir debout. Même les plaisirs faciles d’un divertissement brillant et bien emballé sont assez rares. L’image sature de couleurs criardes et de gros plans tellement serrés qu’on finit parfois par moins regarder la scène que les visages eux-mêmes, ou ce que le film leur inflige. Avec un tel casting, on s’attendait à quelque chose de plus vivant, de plus acéré ou au moins de plus consistant. À la place, on se retrouve avec un film qui sonne creux.
Outcome, film de 84 minutes classé R et diffusé sur Apple TV+, réunit Keanu Reeves, Jonah Hill, Cameron Diaz, Matt Bomer, Susan Lucci, Laverne Cox, David Spade, Martin Scorsese, Atsuko Okatsuka, Roy Wood Jr., Welker White, Kaia Gerber, Ivy Wolk et Drew Barrymore. Jonah Hill réalise à partir d’un scénario qu’il a coécrit avec Ezra Woods. Sur le papier, c’est impressionnant. À l’écran, c’est étonnamment pauvre.
Une gestion de crise entre toilettes et mauvaises blagues
Reeves incarne donc Reef Hawk, un nom qui sonne déjà comme une mauvaise invention. Enfant, Reef a été repéré dans un concours télévisé de chant et de danse, avant de devenir l’un des plus grands noms d’Hollywood, de décrocher deux Oscars, puis de disparaître du radar. Ses plus proches alliés sont ses amis de toujours, Kyle et Xander, joués par Cameron Diaz et Matt Bomer, ainsi que son avocat de crise Ira Slitz, interprété par Jonah Hill. Tous ont contribué à faire en sorte que le public ne sache rien de l’ancienne dépendance de Reef à l’héroïne.
Tout bascule quand Ira apprend qu’une vidéo suffisamment compromettante pour détruire Reef a refait surface, et que quelqu’un réclame une grosse somme pour la faire disparaître. Son idée est alors d’envoyer son client dans une sorte de tournée d’excuses : il doit retrouver toutes les personnes qui auraient de bonnes raisons de le détester, leur demander pardon, et découvrir en même temps qui détient la vidéo. Reef commence par prétendre qu’il ne voit personne qui pourrait lui en vouloir. Son assistante Sammy lui fait rapidement comprendre que c’est faux, et que la liste est même plutôt longue.
Le problème, c’est que le film présente tout cela à travers une longue scène où Ira expose son plan assis sur les toilettes, dans une veine comique lourde qui s’étire beaucoup trop. Puis arrivent les blagues sur le sperme, et l’ensemble tombe encore d’un cran. Les quelques références à Week-end chez Bernie disent assez bien ce que Hill et Ezra Woods prennent ici pour de l’humour. Le film veut être déjanté, irrévérencieux, un peu sale, un peu fou. Il finit surtout par être pénible. Les gags tombent à plat, et plus le film insiste, plus ils deviennent laborieux.
Des excuses partout, mais rien de vraiment concret
Parmi les personnes auxquelles Reef doit demander pardon, il y a sa mère Dinah, jouée par Susan Lucci, qui accepte de l’écouter à une seule condition : que leur échange puisse être filmé pour The Real Housewives of Beverly Hills. Le plus ironique, c’est qu’elle apparaît comme un monstre narcissique bien plus crédible que Reef lui-même. Il faut dire que Keanu Reeves reste difficile à imaginer en diva cruelle et capricieuse. Son ex, Savannah, lui dit bien en face qu’il n’a jamais été quelqu’un de bien et que tout a toujours tourné autour de lui, mais le film ne donne jamais assez de chair à cette accusation pour qu’elle prenne vraiment.
Même Kyle et Xander, pourtant les plus proches de lui, finissent par lui avouer, au cours d’une conversation à Malibu baignée de soleil couchant, qu’il les a blessés eux aussi. Sauf que le scénario ne creuse jamais assez ces blessures. Il suggère sans cesse un passé lourd, mais refuse de le rendre précis, tangible, douloureux. On comprend que Reef aurait été odieux, destructeur, insupportable. Le film ne fait jamais l’effort nécessaire pour que cette idée devienne autre chose qu’une vague affirmation répétée par les personnages.
Les meilleures scènes reviennent à Martin Scorsese, qui joue Richie « Red » Rodriguez, l’ancien agent de Reef quand il était enfant. Il continue à travailler depuis un bowling attenant à une salle d’arcade, et Scorsese lui donne une vraie mélancolie, une tristesse simple et crédible qui manque cruellement au reste du film. Il parle des enfants qu’il a aidés, partis ensuite vers de plus grosses agences avant de l’oublier complètement, avec une lassitude qui sonne juste. Quand Reef reprend contact avec lui vers la fin, le film touche enfin quelque chose de plus sincère. Ce n’est qu’un petit moment, mais c’est l’un des seuls où Outcome cesse de faire le malin.
Beaucoup de monde, très peu d’élan
À mesure que la menace se précise, Ira rassemble une équipe censée aider à limiter les dégâts. Le problème, c’est que le film ne sait jamais vraiment quoi faire de ces personnages ni pourquoi ils seraient essentiels à cette situation précise. Laverne Cox joue Virginia Allen-Green, une avocate spécialisée dans la défense des femmes victimes de violences. Roy Wood Jr. incarne le révérend Londrus Carter, figure militante de la justice sociale. Atsuko Okatsuka joue Unis Kim, activiste engagée contre les représentations racistes des Asiatiques. Sur le papier, cela pourrait élargir la satire. Dans les faits, ils servent surtout de nouveaux supports au numéro braillard de Jonah Hill.
Il reste bien quelques gags visuels pas complètement ratés, comme les portraits de Kevin Spacey et Kanye West dans les bureaux d’Ira, ou l’autocollant sur sa camionnette qui dit : « Klaxonne si tu sais séparer l’œuvre de l’artiste. » Certains vêtements d’Ira pourraient presque faire rire dans un autre film. Mais Hill joue tout tellement fort, tellement large, tellement agressivement, que les blagues meurent avant même d’avoir une chance de fonctionner. Le film aligne des caricatures hollywoodiennes sans jamais leur donner assez de vérité pour qu’elles soient drôles, tristes ou même simplement vivantes.
C’est ce vide qui plombe tout. Il affaiblit la comédie, et il ruine aussi les tentatives d’émotion. Reef finit bien par comprendre quelque chose à propos du remords sincère, avec How Lucky de John Prine qui fait une bonne partie du travail émotionnel à la place du film, mais rien ne prend vraiment. On voit très bien ce que Outcome voudrait provoquer. On sent aussi très vite qu’il n’a pas fait le travail nécessaire pour y parvenir.
Le plus décevant, au fond, c’est l’absence totale de la chaleur qu’on trouvait dans 90’s, le premier film de Hill. Ce regard curieux, ce vrai attachement aux personnages, tout cela a disparu. À la place, Outcome ressemble à un petit monde hollywoodien fermé sur lui-même, persuadé d’être satirique alors qu’il ne fait que tourner en rond. Keanu Reeves essaie d’y accrocher quelque chose de vrai. Le film, lui, ne cesse de lui retirer le sol sous les pieds.
-Gergely Herpai « BadSector »-
Outcome
Direction - 6.1
Acteurs - 4.8
Histoire - 3.8
Visualité/action/musique/sons - 5.2
Ambiance - 4.4
4.9
FAIBLE
Outcome rassemble un gros casting, beaucoup de clins d’œil hollywoodiens et une bonne dose d’autosatisfaction de milieu, mais n’arrive jamais à transformer tout cela en vrai film. Keanu Reeves lui apporte plus de sincérité qu’il n’en mérite, mais Jonah Hill, avec son jeu irritant, et un scénario vide de l’intérieur replombent sans cesse l’ensemble. Ce n’est pas une satire acide sur Hollywood. C’est une longue blague de profession qui oublie presque tout le temps d’être drôle.





