Wolverine réserve une très mauvaise surprise aux joueurs hongrois – Sony pourrait avoir à s’expliquer

Alors que plusieurs tests français saluent le doublage de Marvel’s Wolverine, les joueurs hongrois découvrent une tout autre expérience : des sous-titres qui perturbent la compréhension de l’histoire et gâchent les cinématiques. BadSector a lui aussi rencontré ces problèmes en testant la version vendue dans le commerce, rejoignant les critiques de plusieurs médias hongrois. Le contraste pose une question qui dépasse ce seul marché : une localisation gravement défaillante peut-elle ouvrir la voie à des recours de consommateurs ?

 

Un défaut de localisation peut passer totalement inaperçu lorsqu’on joue dans une autre langue, tout en transformant profondément l’expérience du public concerné. Dans le cas présent, les critiques hongroises portent bien sur les sous-titres intégrés à Marvel’s Wolverine, pas sur une traduction amateur ajoutée par des fans. L’attente ne se limite évidemment pas à voir apparaître des mots hongrois au bas de l’écran. Il faut que ces mots transmettent les dialogues avec une terminologie cohérente et un affichage au bon moment, sinon la fonctionnalité manque sa raison d’être.

Gergely Herpai, alias BadSector, a retrouvé ces défauts lors de sa session de test en soirée sur la version vendue dans le commerce. Son témoignage porte donc sur un exemplaire commercial, pas sur une ancienne démonstration ou une simple vidéo de présentation. Selon son expérience, les problèmes perturbaient si profondément les cinématiques que comprendre le texte devenait un effort au lieu de permettre de profiter de l’histoire. Le constat dépassait largement quelques formulations maladroites ou erreurs de traduction sans conséquence.

 

Les tests hongrois dénoncent bien davantage que quelques coquilles

 

Dans le test de GSPlus publié le 10 septembre, Csirke jugeait les sous-titres hongrois « scandaleusement mauvais ». Il signalait des décalages récurrents, des répliques présentées dans le mauvais ordre et un découpage défaillant. La réplique suivante pouvait apparaître alors que la précédente était encore prononcée. Les conversations à plusieurs devenaient particulièrement difficiles à suivre : le problème ne se limitait donc pas au choix des mots, mais touchait directement leur correspondance avec la scène.

Le test de PC Guru estimait également les sous-titres hongrois inutilisables dans l’état essayé. Mystique alternait entre Rejtély et Misztiklány ; Dents-de-Sabre entre Kardfog et Kardfogú. Le décalage était jugé encore plus grave que ces incohérences. Pour obtenir les sous-titres anglais, le testeur expliquait avoir dû changer la langue de la console, faute de sélection dans le jeu. Il espérait alors une correction au lancement, tandis que BadSector rapporte avoir rencontré les défauts sur son exemplaire commercial.

Les noms incohérents témoignent déjà d’un manque de soin, mais une mauvaise synchronisation peut faire bien plus de dégâts. Lorsqu’une phrase affichée ne correspond pas au dialogue entendu, une question perd sa réponse, une menace perd son accent ou une confidence perd sa portée. Le joueur ne supporte plus seulement une tournure maladroite : il doit reconstruire mentalement la scène. Dans une production centrée sur son récit, il ne s’agit pas d’un défaut purement esthétique. C’est précisément la fonction de la cinématique qui se trouve compromise.

 

En français, les tests décrivent au contraire un doublage réussi

 

Le contraste avec les retours français est particulièrement net. Dans son test publié le 10 septembre, Jeuxvideo.com inscrit « Une VF impeccable » parmi les points forts. Le journaliste souligne également la réussite des échanges entre Logan et Jean Grey, auxquels les voix françaises et la capture des performances donnent de la crédibilité. Ici, le travail linguistique est présenté comme un élément qui soutient l’émotion, pas comme un obstacle à la compréhension.

PlayFrance relève lui aussi la qualité du doublage français. Son test explique que les voix contribuent à l’immersion, notamment dans les séquences non interactives et les échanges entre Wolverine et Jean Grey. Ce sont justement ces moments que les défauts de sous-titrage viennent perturber dans les témoignages hongrois. Les deux retours illustrent donc des expériences très différentes de la narration d’un même jeu, selon la langue dans laquelle on le découvre.

Il faut toutefois distinguer ce que ces tests établissent de ce qu’ils ne vérifient pas. Une appréciation positive du doublage ne constitue pas un contrôle exhaustif de chaque sous-titre français, de son découpage et de son minutage. Les tests français consultés ne signalent pas de désynchronisation comparable à celle décrite par GSPlus et PC Guru, mais cela ne permet pas de garantir l’absence de tout défaut dans toutes les configurations. Le constat est plus précis : les critiques françaises citées saluent les voix, tandis que les critiques hongroises documentent des problèmes de texte et de synchronisation.

Pour les lecteurs francophones, l’intérêt de cette affaire n’est donc pas d’inventer une catastrophe qui toucherait nécessairement leur propre version. Il est de constater qu’une localisation peut accompagner efficacement le récit pour un public, tout en le rendant pénible à suivre pour un autre. Une bonne expérience en français ne réfute pas les problèmes rencontrés en hongrois. Elle rend au contraire plus frappant l’écart entre ce que le jeu peut offrir et ce que certains de ses acheteurs parviennent réellement à en retirer.

 

L’anglais permet de profiter des cinématiques, sans résoudre le problème hongrois

 

BadSector a constaté qu’en anglais, les cinématiques restaient au moins agréables à suivre, sans que le texte hongrois vienne continuellement perturber les scènes. Cette solution convient à quelqu’un qui maîtrise suffisamment l’anglais. Elle ne répond pas aux besoins de l’acheteur qui dépend de l’option hongroise pour comprendre l’histoire. La prise en charge d’une langue doit servir à jouer dans cette langue, pas simplement à ajouter une option dont il faudrait ensuite apprendre à se passer.

C’est ce qui rend cette affaire plus révélatrice qu’une simple querelle de vocabulaire. Une fonctionnalité facultative pour certains peut être indispensable à d’autres dans un produit pourtant identique. Le client n’a pas à remercier l’éditeur de proposer une localisation indépendamment de son bon fonctionnement. Les défauts documentés soulèvent de sérieuses questions sur les contrôles effectués, même si les tests ne permettent pas d’identifier précisément l’étape responsable de chaque problème. Sans preuve, il serait injustifié d’accuser un traducteur ou un prestataire non identifié ; l’éditeur et le développeur doivent, eux, répondre de la qualité du résultat livré aux joueurs.

 

Quand une mauvaise localisation devient-elle un problème de conformité ?

 

L’article 6:157(1) du Code civil hongrois commence ainsi, en traduction : « Le débiteur exécute défectueusement son obligation si, au moment de l’exécution, la prestation ne satisfait pas aux exigences de qualité fixées par le contrat ou la loi. » Le simple fait que le jeu démarre ne résume donc pas la question de sa conformité. Une fonctionnalité promise mais défaillante peut également entrer dans cette appréciation. Encore faut-il établir la nature du défaut et les exigences applicables au contrat concerné.

L’article 5 du décret gouvernemental hongrois 373/2021 exige notamment la conformité à la description et à la qualité raisonnablement attendue. Pour les contenus numériques, l’article 22 prévoit une mise en conformité gratuite dans un délai raisonnable et sans inconvénient majeur, ainsi que, sous certaines conditions, une réduction du prix ou la résolution du contrat. Un défaut suffisamment grave peut justifier de demander directement ces derniers recours. Il ne s’agit cependant pas d’un remboursement automatique déclenché par n’importe quelle critique de traduction.

L’article 14 de la directive (UE) 2019/770 distingue également les degrés de non-conformité. Un défaut mineur ne justifie pas la résolution d’un contrat de contenu numérique payant. La différence entre quelques coquilles et une compréhension régulièrement entravée devient donc déterminante. Selon notre analyse, ce second cas soulève une question sérieuse, qui ne devrait pas être écartée d’emblée comme une simple préférence esthétique.

Une commercialisation trompeuse constitue une question distincte. L’article 6 de la loi hongroise XLVII de 2008 interdit les informations trompeuses sur les caractéristiques essentielles susceptibles d’influencer la décision d’achat. La mention d’une langue ne prouve aucune infraction à elle seule. Il faudrait examiner ce qui était annoncé, ce qui a été livré et le caractère potentiellement trompeur de l’écart. Une mauvaise localisation et une pratique commerciale trompeuse ne se confondent donc pas automatiquement.

La possibilité d’un litige ne relève pas uniquement d’une formule destinée à dramatiser un titre. Une véritable question se pose lorsqu’un produit présenté comme permettant de suivre son histoire dans une langue donnée ne remplit pas correctement cette fonction. La solidité d’une demande dépendrait néanmoins des défauts documentés, de leur gravité, des circonstances de l’achat et du traitement de la correction. Il est question ici des fondements possibles d’une contestation, pas d’un procès Wolverine dont l’ouverture serait annoncée ni d’un jugement dont l’issue serait connue.

 

La version vendue dans le commerce ne se résume pas aux règles du PlayStation Store

 

L’achat dans le commerce impose de distinguer vendeur, éditeur et PlayStation Store. Les informations européennes destinées aux consommateurs identifient le vendeur comme interlocuteur pour les recours concernant un achat défectueux. Un client qui achète auprès d’un magasin conclut son contrat avec ce magasin. La cible d’une critique éditoriale et le destinataire d’une demande contractuelle ne sont donc pas nécessairement la même entreprise. Le support et les modalités de fourniture doivent également être pris en compte pour déterminer les dispositions applicables.

Les acheteurs numériques ne peuvent pas non plus être écartés au seul motif qu’ils ont téléchargé le jeu. La politique hongroise du PlayStation Store prévoit une exception pour les contenus défectueux et préserve les droits légaux applicables. Elle ne régit pas les exemplaires achetés chez d’autres vendeurs. Rétractation ordinaire et recours pour non-conformité restent deux questions différentes, même si les discussions sur les remboursements les mélangent souvent.

Pour étayer une réclamation, il serait utile de conserver la preuve d’achat, le numéro de version, les réglages linguistiques et des vidéos montrant les défauts précis. Le débat porterait ainsi sur des problèmes vérifiables plutôt que sur un mécontentement général. L’article 27 de la loi hongroise de protection des consommateurs exige une tentative de règlement direct avec l’entreprise avant la saisine de l’organisme de conciliation. Sans solution satisfaisante, une contestation peut devenir un litige, dont la voie judiciaire constitue une suite possible, mais pas inévitable.

 

Sony a déjà été sanctionné pour avoir mal présenté les droits des joueurs

 

Selon l’annonce de l’ACCC australien du 5 juin 2020, Sony Europe a été condamné à 3,5 millions de dollars australiens de sanctions pécuniaires pour des déclarations trompeuses sur les droits des consommateurs. Ses représentants avaient notamment invoqué le téléchargement ou l’expiration de quatorze jours pour expliquer à des clients qu’un remboursement n’était pas dû. Le jugement ne concernait pas une traduction. Il portait sur la présentation des droits des acheteurs confrontés à des jeux qu’ils estimaient défectueux.

Dans l’affaire Valve, le tribunal fédéral australien a infligé trois millions de dollars australiens de sanctions le 23 décembre 2016. Les déclarations trompeuses figurant dans les conditions de Steam et ses règles de remboursement étaient au cœur du dossier. Ce n’était pas davantage un procès de localisation. Il concernait les garanties légales dont bénéficiaient les consommateurs, notamment lorsque les jeux ne présentaient pas une qualité acceptable.

Ces affaires ne lient pas les tribunaux hongrois et ne permettent pas de prévoir l’issue d’une procédure concernant des sous-titres. Elles montrent toutefois que la manière dont une entreprise présente les droits des acheteurs et traite leurs réclamations peut avoir ses propres conséquences juridiques. Une fonctionnalité défectueuse et une réponse trompeuse au client constituent deux problèmes distincts. Sony aurait donc intérêt à traiter aussi bien la localisation elle-même que les demandes légitimes, plutôt qu’à considérer que les acheteurs concernés ne pourraient avoir aucun grief fondé.

 

Un souvenir hongrois qui remonte au premier The Witcher, en 2007

 

Pour BadSector, la dernière déception comparable remonte au doublage hongrois du premier The Witcher, en 2007, qu’il garde en mémoire comme une localisation particulièrement mauvaise et buguée. Une rétrospective de PC Guru rappelle les répliques qui se chevauchaient et l’expression hongroise tristement célèbre « halottizék ». La réception n’était pas unanime : le test de 2008 du même média saluait au contraire la réalisation de la version hongroise. Le rapprochement repose donc sur l’expérience très négative de BadSector, pas sur un consensus critique inventé après coup.

Cenega participe à la distribution de la série The Witcher et a notamment présenté sur son site hongrois l’édition anniversaire du troisième épisode. Cela n’attribue aucune responsabilité au distributeur actuel dans les défauts du doublage de 2007. Le parallèle concerne l’expérience du joueur : dans les deux cas, la localisation pouvait devenir un obstacle au lieu de faciliter l’accès au récit. Retrouver un problème comparable dix-neuf ans plus tard rend la situation particulièrement embarrassante.

Pour le public francophone, le contraste est donc aussi intéressant qu’inquiétant : des voix saluées par la presse française d’un côté, des sous-titres jugés inutilisables par des testeurs hongrois de l’autre. Le client n’a pas à reconstruire des conversations défaillantes ni à remercier l’éditeur pour une fonctionnalité qui remplit mal son rôle. La version vendue dans le commerce devrait proposer un texte hongrois utilisable, pas obliger ses joueurs à chercher refuge dans une autre langue. Pour Sony et Insomniac, la réponse attendue est une correction sérieuse des sous-titres et un traitement réel des réclamations, avant que cette défaillance ne débouche éventuellement sur un litige de consommation.

-Gergely Herpai „BadSector”-

Source : GSPlus, PC Guru, Jeuxvideo.com, PlayFrance, PlayStation, Code civil hongrois, Base nationale de la législation hongroise, EUR-Lex, Your Europe, ACCC : Sony, ACCC : Valve, Cenega.

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