Disclosure Day – Rencontres du quatrième type

CRITIQUE DE FILM – Disclosure Day retrouve les vieux instincts de science-fiction de Steven Spielberg, mais plus avec la fraîcheur saisissante grâce à laquelle Rencontres du troisième type ou E.T. l’extra-terrestre avaient autrefois élargi le monde. Le film réunit thriller de poursuite, paranoïa ufologique, secret institutionnel et émerveillement spielbergien classique, tout en traînant aussi trop de gestes familiers, trop de raccourcis dramatiques commodes et plusieurs sérieux écarts de logique. Emily Blunt, Josh O’Connor et Colman Domingo maintiennent fortement la dimension humaine de l’ensemble, mais le résultat ressemble davantage à une variation solide, parfois émouvante, parfois très connue de Spielberg qu’à un véritable nouveau chapitre dans la longue histoire cinématographique des extraterrestres, des secrets et de la divulgation.

 

Le nom de Spielberg, lorsqu’il est associé aux extraterrestres, n’est pas seulement une signature de réalisateur. C’est un langage de cinéma. Rencontres du troisième type n’est pas devenu une œuvre fondatrice parce qu’il montrait de grands vaisseaux, mais parce qu’il traitait l’inconnu non pas seulement comme une menace, mais comme un appel. E.T. l’extra-terrestre formulait la même intuition depuis une chambre d’enfant, une famille brisée et un point de vue douloureusement humain. La Guerre des mondes en proposait plus tard une variation bien plus sombre et paniquée, où l’arrivée extraterrestre n’était plus une merveille, mais une catastrophe qui force à fuir. Disclosure Day se place entre ces pôles, mais la vraie question est de savoir si Spielberg peut encore dire quelque chose de réellement neuf dans un territoire que lui-même, puis X-Files : Aux frontières du réel, ont déjà exploré en profondeur il y a plusieurs décennies.

Au centre du film se trouve Daniel Kellner, l’expert en cybersécurité joué par Josh O’Connor, qui vole des données à la société Wardex révélant une conspiration gouvernementale et privée vieille de près de quatre-vingts ans, destinée à cacher les visites extraterrestres sur Terre. L’enjeu n’est pas seulement de savoir si quelqu’un récupérera un support ou empêchera une fuite. La vraie question est de savoir si l’humanité aura enfin le droit de connaître ce que le pouvoir lui cache depuis des générations: le contact extraterrestre n’est ni un délire de forum, ni un accessoire de pop culture, mais un ensemble de faits qui touche aux fondations politiques, scientifiques et morales du monde. Le point de départ est fort, mais le film semble souvent faire davantage confiance à des mécanismes émotionnels familiers qu’aux conséquences profondes de cette prémisse.

Daniel prend la fuite, guidé par Hugo Wakefield, l’ancien initié devenu dissident qu’incarne Colman Domingo. Wakefield n’est pas un simple auxiliaire, mais la conscience du film: un homme qui a vécu trop longtemps avec le secret pour continuer à se taire. L’autre grand fil narratif concerne Margaret Fairchild, la météorologue de Kansas City jouée par Emily Blunt, qui transmet sans le savoir un message en langue extraterrestre à l’antenne avant de devenir, elle aussi, la cible de la structure de pouvoir cachée. Spielberg lance deux fuites distinctes, puis les fait lentement converger vers la même gravité étrange, attirée par l’extraterrestre.

Le point de départ fonctionne parce que Disclosure Day essaie d’être à la fois un thriller de poursuite et un film ufologique spirituel. Daniel est poursuivi par des forces très humaines, tandis que Margaret semble conduite par quelque chose de moins explicable. Cette dualité est le meilleur moteur du film: d’un côté, conspiration, couverture d’entreprise, données volées et pression armée; de l’autre, signes, sons, comportements étranges d’animaux et sensation enfantine que l’inconnu n’est peut-être pas venu pour nous détruire. Le problème, c’est que Spielberg assemble souvent ces éléments avec des gestes que nous connaissons déjà, ce qui donne au film l’allure simultanée d’un retour élégant et d’une répétition prudente.

 

 

Spielberg retrouve l’ancienne voix, mais aussi les anciens gestes

 

La grande force du film est que Spielberg sait encore charger des lieux ordinaires d’une signification cosmique. Un studio météo, un monastère, une planque ou une route de nuit ne sont pas ici de simples lieux, mais des espaces qui se transforment peu à peu, où les bords du réel commencent à se relâcher. Les faisceaux lumineux, les nuits brumeuses, les lumières froides sur les visages et les ciels immenses sont des éléments familiers chez Spielberg, et ils fonctionnent encore. Lorsque le film regarde, écoute et laisse l’étrange s’infiltrer lentement dans la normalité, il atteint ce type de cinéma que très peu de réalisateurs savent encore produire avec une telle clarté.

En même temps, Disclosure Day recourt trop souvent à des dispositifs qui ne ressemblent plus à des découvertes, mais à des réflexes de mise en scène. La personne ordinaire devenue témoin choisi, la structure de pouvoir qui garde le secret, l’inconnu apparaissant par la lumière, les questions cosmiques filtrées par les blessures familiales et humaines, ainsi que la grande sensation d’émerveillement retenue jusqu’au final appartiennent toutes à un territoire spielbergien familier. Rien de tout cela n’est un défaut en soi, car un maître âgé a le droit de parler sa propre langue. Le problème est plutôt que le film transforme rarement ces éléments assez profondément pour les rendre vraiment inattendus.

La structure de film de poursuite aide globalement le rythme. La cavale de Daniel, la dérive étrange de Margaret, la pression des agents de Wardex et le réseau d’aide clandestin de Wakefield maintiennent le récit en mouvement. Par moments, on sent le Spielberg plus tendu et paranoïaque de Minority Report: celui qui comprend que l’avenir, ou l’inconnu, devient plus menaçant lorsqu’il prend une forme administrative, corporatiste et sécuritaire parfaitement reconnaissable. Mais le film ne devient pas toujours assez sombre pour cette paranoïa, ni assez impitoyable pour donner au secret un vrai poids politique.

Les images de Janusz Kamiński et la musique de John Williams contribuent beaucoup à donner au film plus d’ampleur que ses seuls retournements. L’image ne relève pas d’un simple éclairage nostalgique, car elle contient des moments plus ancrés, presque documentaires, qui équilibrent la grandeur finale. Williams ne noie pas non plus le film dans l’émotion, mais construit progressivement. Pourtant, à certains sommets, on sent que le réalisateur sait exactement sur quels vieux boutons appuyer chez le spectateur. Ces boutons fonctionnent, mais ils ne surprennent pas toujours celui qui a grandi avec les films de Spielberg et plusieurs décennies de mythologie ufologique.

 

 

Les acteurs donnent au film sa couche humaine la plus forte

 

Le Daniel de Josh O’Connor est un choix juste pour cette histoire. Ce n’est pas un héros d’action classique, pas un homme qui résout la fuite par la force physique, mais une personne nerveuse, intelligente, qui calcule en permanence, comprend le poids de l’information et craint que sa vie ne lui appartienne déjà plus. La force d’O’Connor n’est pas dans les grandes déclarations, mais dans l’érosion progressive: la manière dont Daniel distingue de moins en moins la paranoïa du danger réel. Dans un film comme celui-ci, c’est essentiel, car si le spectateur ne croit pas à la peur de l’homme en fuite, toute la conspiration n’est plus qu’un décor de genre.

La Margaret d’Emily Blunt est encore plus forte. Elle n’est pas une lanceuse d’alerte consciente, ni une héroïne antisystème, mais une professionnelle dont la vie déraille après une seule diffusion inexplicable. Blunt rend très précisément cet état d’une personne qui ne veut pas devenir héroïne, mais que le monde refuse soudain de laisser rester normale. La peur de Margaret est plus intime, plus physique, moins politique, et c’est exactement ce qui la rend efficace. Elle ne commence pas avec des données, mais avec la sensation que quelque chose l’a traversée, quelque chose qu’elle ne comprend pas et qu’elle ne peut plus maintenir hors d’elle-même.

Hugo Wakefield, joué par Colman Domingo, est le centre moral du film, et la présence du comédien empêche largement le personnage de devenir un simple distributeur d’explications. Domingo apporte une fatigue morale et une dignité qui transforment Wakefield en témoin vivant avec la culpabilité, plutôt qu’en prophète de conspiration. Il ne veut pas la divulgation parce qu’il aime poser en révolutionnaire, mais parce qu’il ne peut plus appeler le secret de l’ordre. Noah Scanlon, interprété par Colin Firth, constitue un contrepoint froid et contrôlé, même si le film nuance moins son camp: il reste davantage un type d’homme de pouvoir qui ment au nom de l’ordre qu’un antagoniste réellement complexe.

Cette couche d’interprétation est d’autant plus importante que le scénario ne donne pas toujours aux personnages une matière assez fine. Wardex et les conspirateurs fonctionnent souvent comme des méchants très clairement identifiables, et cette simplicité a quelque chose d’un cinéma d’aventure à l’ancienne. Parfois, cela convient au film, parce qu’il évite de s’enliser dans une boue politique cynique. À d’autres moments, cela rend le conflit trop lisse. Dans les précédents films ufologiques de Spielberg, les figures institutionnelles étaient souvent plus complexes: dans E.T. l’extra-terrestre, le monde adulte est menaçant sans être purement démoniaque; dans Rencontres du troisième type, l’appareil d’État dissimule, mais n’est pas une simple caricature du mal. Ici, le pouvoir est plus sombre, mais moins intéressant.

 

 

L’idée de la divulgation est plus forte que son développement

 

L’une des meilleures idées de Disclosure Day est que la vérité n’est pas une propriété privée. La preuve d’une vie extraterrestre n’est pas une information que quelques dirigeants d’entreprise, responsables du renseignement ou acteurs politiques peuvent gérer confortablement selon leur propre logique sécuritaire. La position d’Hugo Wakefield est claire: si l’humanité n’est pas seule, ce fait ne peut pas rester éternellement derrière le rideau. Non pas parce que tout le monde y serait préparé, ni parce que la panique serait impossible, mais parce que la réalité ne peut pas être une annexe administrative gardée derrière des portes closes.

Cette idée est particulièrement actuelle, car les sujets liés aux OVNI et aux UAP circulent aujourd’hui entre auditions politiques, documentaires, fuites militaires et cultures conspirationnistes en ligne. Le film comprend bien ce nerf culturel: le public désire une grande révélation tout en craignant qu’après celle-ci, le monde ne soit plus gérable. Cette prémisse suffirait à nourrir un très grand film de science-fiction moderne. Le problème, c’est que Spielberg et le scénario touchent souvent ces couches sans les développer aussi radicalement qu’ils le pourraient.

C’est ici que l’ombre longue de X-Files : Aux frontières du réel devient la plus visible. Le secret gouvernemental, la conspiration mondiale, les preuves cachées au public, la tension entre croyance et scepticisme, le poids civique et spirituel de la vérité sont autant d’éléments que la série avait déjà explorés de nombreuses fois, souvent sous une forme plus troublante et plus stratifiée. Disclosure Day en donne une version plus élégante, plus ample, plus émotionnellement polie, mais n’ajoute pas toujours à ce champ thématique autant que le nom de Spielberg le laisserait espérer.

Les écarts de logique du film affaiblissent aussi l’ensemble. Certaines informations arrivent trop commodément aux bonnes personnes, certaines poursuites et évasions s’ajustent trop précisément aux besoins dramatiques, et la machine secrète paraît parfois à la fois toute-puissante et étonnamment maladroite. Cela ne détruit pas le film, car le rythme de Spielberg et les acteurs emportent beaucoup de choses, mais la logique interne est particulièrement importante dans une histoire fondée sur la conspiration. Lorsque le spectateur sent trop souvent que l’intrigue ne découle pas des situations mais qu’elle est poussée à sa place, la force de la paranoïa diminue aussi.

 

 

La grande merveille n’est pas une révolution technique, mais un rappel

 

Disclosure Day est un film spectaculaire conçu pour le grand écran, mais il ne contient pas cette révélation technique qui pousse le spectateur à se demander: comment ont-ils fait? Le vélo volant d’E.T. l’extra-terrestre, les premières rencontres avec les dinosaures de Jurassic Park ou la grandeur lumineuse et sonore de Rencontres du troisième type étaient à leur époque non seulement des événements narratifs, mais aussi des événements techniques. Aujourd’hui, après Dune, Avatar, les films Marvel et les récents La Planète des singes, le seuil du spectateur a changé, et Spielberg ne cherche pas à le franchir avec une technologie entièrement nouvelle.

C’est en partie une limite, en partie un choix. Le film n’est pas grand parce qu’il nous montre des prouesses numériques jamais vues, mais par la manière dont il organise les outils existants. La lumière, la musique, le montage, les réactions des acteurs et la maîtrise de l’espace travaillent ensemble pour créer le sentiment qu’une existence plus vaste que la nôtre approche. C’est un don classique de Spielberg, et il fonctionne encore. Simplement, il ne devient pas toujours réellement neuf. Le film rappelle souvent l’ancien langage de l’émerveillement plus qu’il n’en invente un nouveau.

Le final reste pourtant fort. Il vaut mieux ne pas le détailler, car une grande partie de son effet vient de la patience avec laquelle Spielberg retient la sensation complète de grandeur. À la fin, cette rare expérience de cinéma arrive: le spectateur se sent à la fois petit et privilégié. Cette dualité a toujours été le secret des meilleures sciences-fictions de Spielberg. L’être humain est minuscule, mais pas insignifiant; l’univers est terrifiant, mais pas forcément vide; l’inconnu peut être dangereux, mais il serait encore plus dangereux de ne plus nous y intéresser.

Le film ne faiblit donc pas à cause de son spectacle, mais parce que le spectacle et le thème ne produisent pas toujours assez de pensée nouvelle entre eux. Spielberg compose avec maîtrise, construit avec élégance et termine fortement, mais la merveille arrive souvent par des voies familières. Ce n’est pas rien, car il devient rare qu’un grand film de studio prenne la curiosité humaine avec autant de sérieux. Mais il est vrai aussi que Disclosure Day reste plus souvent dans la zone de confort spielbergienne qu’il ne risque réellement d’en sortir.

 

 

Un Spielberg solide, mais pas un retour historique

 

Disclosure Day est un film à l’ancienne dans le meilleur sens du terme, mais cette qualité ancienne est à la fois une vertu et une limite. Spielberg n’a pas honte de s’intéresser à la merveille, et c’est aujourd’hui rafraîchissant. Il ne regarde pas les extraterrestres avec cynisme, ne réduit pas le contact à une pure menace, et ne pense pas seulement en termes d’effets de fin du monde. Le film demande qui peut décider du moment où l’humanité mérite la vérité, et cette question donne du poids à la fuite de Daniel, à la peur de Margaret et à l’obsession de Wakefield.

Cette question ne reçoit pourtant pas le développement profond et inquiétant qu’elle mériterait. Le pouvoir, le secret, la connaissance publique et l’image cosmique que l’humanité se fait d’elle-même sont des thèmes immenses, mais le film les aborde souvent par l’émotion et la mécanique d’aventure. Chez Spielberg, cela se comprend et fonctionne souvent, mais le résultat devient aussi moins tranchant. Les grands moments du film opèrent, mais l’écho intellectuel reste plus contenu que ce que promet le point de départ.

Le résultat n’est donc pas un nouveau chef-d’œuvre fondateur, mais un bon film de Spielberg, parfois très beau, parfois trop confortable. Les acteurs sont excellents, les images et la musique sont fortes, le noyau émotionnel fonctionne, mais les détours familiers du récit, les raccourcis logiques et les conflits trop nettement dessinés le retiennent. Disclosure Day n’atteint pas la puissance des plus grands classiques de science-fiction du cinéaste, mais il reste plus sérieux, plus humain et plus élégant que la plupart des sciences-fictions de studio contemporaines.

Spielberg sait encore combiner lumière, visages, musique et attente pour donner au spectateur l’impression que le monde s’agrandit un instant. Mais il est aussi clair qu’il travaille désormais avec son propre mythe, sans toujours réussir à le dépasser. Disclosure Day est un bon film, porté par un vrai travail d’acteurs et plusieurs très beaux moments de science-fiction, mais sa rencontre du quatrième type ressemble davantage à une élégante revisite qu’à un nouvel atterrissage.

-Gergely Herpai « BadSector »-

 

Disclosure Day

Direction - 7.2
Acteurs - 8.4
Histoire - 6.8
Visuels/Musique/Sons - 7.5
Ambiance - 7.1

7.4

Disclosure Day est un film de science-fiction solide mais imparfait de Spielberg, qui enveloppe les anciens motifs ufologiques du cinéaste dans un thriller de poursuite moderne. Emily Blunt, Josh O’Connor et Colman Domingo constituent le meilleur atout du film, tandis que les images et la musique retrouvent souvent l’émerveillement spielbergien classique, mais le récit utilise trop de clichés familiers, de raccourcis logiques et de thèmes conspirationnistes déjà largement explorés ailleurs. C’est un bon film, avec quelques très beaux moments, mais pas l’œuvre de science-fiction historique qui porterait l’héritage extraterrestre de Spielberg à un nouveau niveau.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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