CRITIQUE DE FILM – The Mandalorian and Grogu devait marquer le grand retour de la franchise au cinéma, mais le résultat ressemble trop souvent à une suite de cinématiques de jeu vidéo assemblées à la hâte. L’aventure de Din Djarin et Grogu est parfois mignonne, parfois spectaculaire, et parfois presque fonctionnelle, mais elle donne surtout l’impression de regarder un DLC fanmade de Star Wars Outlaws, bricolé en mission mandalorienne. Ce n’est pas un désastre, et c’est presque pire: ce n’est pas un retour triomphal, mais une sauvegarde coûteuse, brillante et vide.
Avant The Mandalorian and Grogu, tous les éléments semblaient réunis pour permettre à la galaxie lointaine, très lointaine, de respirer à nouveau sur grand écran. Le point de départ officiel est simple: l’Empire est tombé, des seigneurs de guerre impériaux se cachent encore aux quatre coins de la galaxie, et la Nouvelle République fait appel à Din Djarin et Grogu pour remettre un peu d’ordre dans ce champ de ruines politique. Sur le principe, cela pouvait fonctionner: un chasseur de primes, une petite divinité verte du merchandising, quelques survivants impériaux, une dose de pègre hutt et un écran de cinéma qui avait franchement besoin d’autre chose qu’une nouvelle parenthèse de streaming.
Le problème, c’est que le film de Jon Favreau se comporte rarement comme un vrai film. Il ressemble plutôt à un épisode agrandi de The Mandalorian, poussé au format IMAX dans l’espoir que la taille devienne automatiquement de l’importance. Elle ne le devient pas. Les scènes s’enchaînent comme les cinématiques d’une campagne de jeu vidéo: on reçoit la mission, on passe au lieu suivant, on rencontre une nouvelle créature, quelque chose attaque, une fusillade démarre, Grogu cligne des yeux avec une efficacité commerciale redoutable, puis tout le monde file vers le niveau suivant. Sauf que la manette n’est pas entre nos mains, et l’on se surprend parfois à penser que tout cela serait plus amusant à jouer qu’à regarder.
C’est d’autant plus frustrant que le retour au cinéma après sept ans d’absence aurait dû ressembler à un événement. Après L’Ascension de Skywalker, la franchise s’est longtemps réfugiée derrière le streaming, avec Andor, Ahsoka, The Book of Boba Fett, The Acolyte et bien sûr The Mandalorian. Certaines de ces propositions ont eu de vraies qualités, mais l’absence du grand écran se faisait sentir. Or The Mandalorian and Grogu ne revient pas comme une grande saga de cinéma. Il revient comme un épisode Disney+ auquel quelqu’un aurait accidentellement ajouté le prix d’un billet de cinéma.
Ce film avance comme un DLC fanmade
Le principal problème n’est pas que le film soit simple. Cet univers n’a jamais été fort parce qu’il organisait toutes les cinq minutes un séminaire constitutionnel galactique. Le problème, c’est que la simplicité de The Mandalorian and Grogu ne vibre pas; elle s’étale. L’intrigue ne devient pas une aventure nette et nerveuse, elle se fragmente en modules de mission posés les uns à côté des autres. Comme si le film se disait lui-même: voici une nouvelle planète, voici une nouvelle bête, voici une nouvelle référence, voici une nouvelle figurine, cela devrait suffire à faire du cinéma.
Ce n’est pas le cas. Le cinéma ne naît pas parce que les décors sont plus grands, les effets numériques plus brillants, le Hutt plus musclé et la peluche Grogu plus chère. Les scènes doivent avoir un rythme interne, un enjeu, un poids et des conséquences. Ici, trop de moments ressemblent à des transitions entre deux séquences jouables. Din Djarin reçoit une tâche, se met en route, quelqu’un bloque le passage, une chose hideuse surgit, la caméra prouve que l’argent a bien été dépensé, puis l’on continue. Ce serait une extension correcte de Star Wars Outlaws si Ubisoft l’avait confiée à une communauté de moddeurs Lucasfilm pendant un long week-end. Comme film, c’est maigre.
Le duo Din Djarin et Grogu n’est pourtant pas totalement épuisé. La présence de Pedro Pascal fonctionne encore, même lorsque le casque, les doublures et le concept très rigide du personnage réduisent fortement son espace de jeu. Grogu, lui, reste Grogu: il regarde, cligne des yeux, mange, touche ce qu’il ne faut pas au mauvais moment, sauve parfois la situation, et déclenche quelque part dans le cerveau du spectateur le bruit d’une caisse enregistreuse. Le film utilise parfois cette dynamique avec efficacité, mais il s’appuie trop souvent sur le simple fait que la petite créature verte est adorable. En 2019, c’était encore frais. En 2026, cela ressemble davantage à un réflexe de franchise.
Sigourney Weaver apporte un peu de gravité du côté de la Nouvelle République dans le rôle de la colonelle Ward, mais le personnage reste surtout fonctionnel. Elle donne la mission, tente d’ajouter du poids stratégique au récit, puis le film se souvient par intermittence qu’il serait utile qu’elle soit aussi un personnage. Weaver règle beaucoup de choses par son métier, mais Ward ne devient jamais une nouvelle icône à la Leia. Elle reste une donneuse de quête correctement interprétée dans le menu galactique.
Les méchants ressemblent à des modèles impériaux par défaut
Le point le plus faible du film se trouve du côté des antagonistes. Commander Coin, la ligne impériale associée à Jonny Coyne, le personnage impérial de Hemky Madera, l’intrigue hutt, Embo et tout le décor criminel auraient pu donner au chaos post-impérial une vraie dangerosité. Au lieu de cela, ces personnages sont pour la plupart d’un ennui plombant et d’une fadeur remarquable. Non parce qu’ils parlent peu, mais parce qu’ils n’ont aucune menace mémorable. On dirait que quelqu’un a ouvert le logiciel de création de méchants, sélectionné « seigneur de guerre impérial – réglage par défaut », puis est parti déjeuner.
C’est particulièrement agaçant, car les bons antagonistes de cet univers n’ont jamais été de simples obstacles. Vader, Palpatine, Thrawn, Maul ou même Dedra Meero fonctionnaient parce qu’ils représentaient une peur, un système, une obsession, une idéologie ou une corruption. Ici, les figures négatives apparaissent, menacent, regardent sévèrement, puis s’évaporent de la mémoire comme un élément de décor mal rendu. Le film parle de seigneurs de guerre impériaux, mais on sent rarement que ces gens contrôlent vraiment autre chose que leurs propres costumes.
Rotta, le « gentil petit Hutt », mériterait pour sa part une vitrine entière dans le musée des mauvaises idées galactiques. La voix de Jeremy Allen White n’est pas le problème en soi, mais le concept du personnage paraît forcé, ridicule et bizarrement aseptisé. L’idée d’un Hutt gladiateur aurait pu devenir une proposition maladivement amusante si le film avait assez de folie, d’humour ou d’énergie crasseuse de pègre pour la porter. Au lieu de cela, Rotta donne souvent l’impression d’être une phrase oubliée à la fin d’une réunion marketing: « Et si le fils de Jabba était musclé, mais plus sympathique, parce que cela se vendrait mieux ? »
L’intérêt des Hutts a toujours été leur dimension répugnante, avide, corrompue et dangereusement grotesque. Un « gentil petit Hutt » pourrait fonctionner comme une torsion ironique si le film en faisait quelque chose. Ici, c’est surtout embarrassant. Rotta n’est pas assez drôle pour fonctionner en ressort comique, pas assez menaçant pour exister comme puissance criminelle, et pas assez tragique pour nous intéresser comme fils vivant dans l’ombre de Jabba. Il reste un homme-limace musclé, accompagné du bourdonnement discret mais persistant du développement produit chez Disney.
Grogu est mignon, pendant que le film somnole
Il ne faut pas nier les qualités. La musique de Ludwig Göransson parvient parfois à injecter de l’énergie au film, et quelques moments d’action retrouvent brièvement cette saveur western, sale et aventureuse qui faisait fonctionner la première saison de The Mandalorian. On trouve des créatures étranges, quelques plans atmosphériques, certaines idées visuelles et parfois un vrai parfum de matinée populaire, où il n’est pas nécessaire de tout expliquer, seulement d’avancer, de tirer, de courir, de grogner et de sauver la petite marchandise verte.
Mais ces moments sont trop courts pour porter l’ensemble. Le rythme du film est étrangement somnolent alors que quelque chose se passe en permanence. C’est la pire forme d’ennui: non pas celle où rien ne bouge, mais celle où tout bouge sans que rien ne compte. Des monstres attaquent, des vaisseaux filent, les tirs fusent, les créatures surgissent, des visages presque caméo apparaissent, mais la température émotionnelle ne monte presque jamais. The Mandalorian and Grogu ressemble souvent à un écran de veille spectaculaire lancé sur le disque dur de la franchise.
Din Djarin, lui non plus, n’arrive pas dans une zone vraiment intéressante. La série avait eu le temps de construire son identité mandalorienne, sa paternité, sa foi, sa responsabilité et son lien avec Grogu. Le film, au contraire, l’utilise plus qu’il ne le fait avancer. Din est encore compétent, taciturne, cuirassé et fiable, mais il reçoit rarement un conflit capable de le secouer. Le film n’ouvre aucune vraie blessure, ne pose aucune question inconfortable, ne le pousse jamais vers un point où le spectateur se dirait: oui, voilà pourquoi cela devait être au cinéma.
Grogu souffre du même problème. Il reste attachant, mais il devient de plus en plus difficile de ne pas remarquer que le film l’utilise souvent moins comme un personnage que comme un générateur de réactions. Il faut une blague ? Grogu est là. Il faut un moment mignon ? Grogu est là. Il faut un crochet émotionnel rapide ? Grogu est là. La question n’est plus de savoir ce qui va lui arriver, mais combien de fois le même tour charmant pourra encore être remballé.
La galaxie lointaine se rapproche dangereusement du moyen
Le plus grand péché de The Mandalorian and Grogu n’est pas d’être mauvais. Un mauvais film peut au moins mettre en colère, devenir ridicule, s’effondrer en objet culte raté ou se tromper de manière spectaculaire. Celui-ci est simplement moyen. Fabriqué proprement, parfois divertissant, parfois charmant, globalement regardable, mais terriblement pauvre en vraie expérience de cinéma. Il ne fait pas aussi mal que les pires moments de la franchise, mais il ne s’élève jamais comme devrait le faire un retour en salles. Il existe. Il flotte. Il coche les cases, puis attend que le spectateur soit reconnaissant d’avoir reçu une nouvelle portion de galaxie.
Avec un peu de sarcasme, on peut dire que Disney a réussi son pari: la grande saga spatiale est revenue au cinéma, mais elle a oublié que le cinéma n’est pas seulement une télévision plus grande. Ce film n’est pas un vrai désastre, plutôt un produit. Un produit bien emballé, parfois brillant, parfois embarrassant de vide, dans lequel Grogu peut encore vendre une demi-scène, Din Djarin a toujours fière allure en armure, les Hutts restent visqueux, et les seigneurs de guerre impériaux font toujours semblant d’avoir une personnalité.
Le plus triste, c’est qu’il y avait peut-être, quelque part dans cette matière, un bon film de pègre, étrange, sale et nerveux. Un film où Din Djarin serait vraiment forcé de composer avec les Hutts, où Rotta serait grotesque, dangereux et tragi-comique, où Commander Coin et les restes de l’Empire représenteraient une vraie menace politique ou militaire, et où Grogu ne serait pas seulement une icône adorable, mais un véritable enjeu narratif. À la place, nous avons droit à une chaîne de missions moyenne que le grand écran tente de faire passer pour quelque chose d’important.
C’est pourquoi 5,6 n’est pas sévère, mais clément. The Mandalorian and Grogu ne s’effondre pas, n’est pas irregardable, et n’est pas honteux de bout en bout. Il est simplement trop souvent terne, plat et sans imagination pour que l’on puisse célébrer sérieusement le retour de la franchise au cinéma. Grogu survit. Din survit. Le box-office de Disney survivra probablement aussi. Le spectateur, lui, croit une fois de plus un peu moins que la galaxie lointaine, très lointaine, contient encore quelque chose qu’une cinématique de streaming ne pourrait pas remplacer.
-Gergely Herpai « BadSector »-
The Mandalorian and Grogu
Direction - 5.4
Acteurs - 5.8
Histoire - 4.9
Visuels/Musique/Sons - 6.5
Ambiance - 5.4
5.6
MOYEN
The Mandalorian and Grogu n’est pas la grande renaissance cinématographique de la franchise, mais une collection de cinématiques coûteuse, parfois divertissante, souvent plate, qui ressemble trop souvent à un DLC fanmade de Star Wars Outlaws. Din Djarin et Grogu sauvent encore une partie des scènes les plus faibles, mais les adversaires impériaux fades, le ridicule « gentil petit Hutt » et la logique de mission de jeu vidéo tirent l’ensemble vers le bas. Ce n’est pas une aventure spatiale scandaleusement mauvaise, ce qui la rend plus dangereuse: elle est moyenne, oubliable, et tellement sécurisée qu’elle finit par faire mal.






