Apex – Charlize Theron tient bon, le film moins

CRITIQUE DE FILM – Le problème central d’Apex est assez simple à résumer. Le film voudrait que le spectateur tire une forme de satisfaction du moment où une femme reprend l’avantage sur l’homme qui la traque, mais avant d’en arriver là, il s’attarde beaucoup trop sur ce qu’elle endure. Le thriller de Baltasar Kormákur a une actrice principale très solide, un décor naturel efficace et quelques passages tendus, mais il revient sans cesse aux mêmes mécanismes de menace et de douleur, jusqu’à devenir moins oppressant que pénible. Charlize Theron fait beaucoup pour maintenir l’ensemble à flot, mais elle travaille clairement plus dur que le film lui-même.

 

Sasha est présentée comme le genre de personnage qu’on ne craint pas de voir faiblir. Dès l’ouverture, on la voit escalader la paroi du Troll Wall en Norvège avec une force et une maîtrise impressionnantes. Le film installe immédiatement qu’elle n’est pas là pour jouer les victimes. En même temps, cette séquence lui donne aussi la blessure qui va définir le reste du récit. Son compagnon Tommy meurt durant l’ascension, et Sasha porte clairement une part de culpabilité. Theron exprime tout cela avec une économie remarquable. Avant même le générique, elle a déjà donné au personnage du deuil, de la compétence, de la retenue et une douleur durable.

Quand l’histoire se déplace en Australie, Sasha part seule pour une expédition en kayak dans une nature immense et hostile. Le film pose alors assez bien ses signaux d’alerte. Un ranger évoque des disparitions. Des chasseurs à la station-service la dévisagent lourdement. Un inconnu serviable lui indique un endroit reculé qui semble presque trop parfait pour être honnête. Pendant un moment, cela fonctionne. Le spectateur voit le piège se dessiner avant elle, et cette avance crée une vraie tension. Le film sait comment faire d’un espace ouvert un lieu exposé et vulnérable.

Mais lorsque la traque commence réellement, Apex perd une bonne partie de sa force. La structure de chasse à l’homme devrait resserrer le film. Elle finit au contraire par l’appauvrir. L’épreuve de Sasha devient une succession de menaces, de douleurs, de captures, d’évasions et de nouvelles humiliations. Ce qui devrait produire du suspense finit plutôt par provoquer de la lassitude. Le film demande beaucoup au spectateur pour un résultat qui ne devient jamais assez fort pour justifier tout ce parcours.

 

 

Theron compense ce que le scénario ne sait pas porter

 

Charlize Theron est sans discussion le principal atout du film. Elle donne à Sasha une solidité, une intelligence et une présence que le scénario ne lui offre qu’à moitié. Même lorsque le film la réduit à un corps en danger, Theron refuse de laisser le personnage devenir passif. Elle garde chez elle une vigilance, une capacité de calcul et une lisibilité émotionnelle qui évitent à l’ensemble de sombrer totalement. Dans un film qui repose presque entièrement sur son interprète principale, c’est essentiel.

Cela compte d’autant plus qu’Apex passe énormément de temps à faire subir au personnage des situations de plus en plus pénibles. Theron ne peut pas effacer la dimension parfois franchement sadique du matériau, mais elle l’empêche au moins de devenir complètement irregardable. Elle apporte assez de tenue à Sasha pour qu’on continue à voir une personne et pas seulement une cible. Sans cela, le film n’aurait presque plus rien à quoi s’accrocher.

Taron Egerton, de son côté, doit jouer Ben comme un psychopathe misogyne profondément dérangé. Il s’engage pleinement, mais le personnage n’est jamais écrit avec assez de précision pour devenir un vrai grand antagoniste. Le film se contente surtout de le rendre plus odieux à mesure qu’il avance, comme si l’escalade de la brutalité suffisait à construire une menace. Au bout d’un moment, Ben devient moins effrayant que fatigant.

 

 

Soigné dans sa forme, beaucoup plus pauvre dans son effet

 

Kormákur est un réalisateur trop expérimenté pour que le film paraisse brouillon. Apex est proprement fabriqué, les paysages sont bien utilisés, et certains passages où le danger physique domine fonctionnent correctement. Le prologue norvégien est fort, et la nature australienne offre au film le type d’espace rude et ouvert qui devrait être idéal pour un survival tendu. Sur le plan technique, le film reste plus souvent compétent que maladroit.

Le problème est que cette compétence ne suffit pas. Apex revient sans cesse aux mêmes images brutales et aux mêmes situations de souffrance comme si cela allait mécaniquement renforcer le film. Crochets rouillés, pièges métalliques, cadavres, liens, douleur – tout cela s’accumule, mais n’épaissit jamais vraiment le récit. Au lieu de gagner en intensité, le film finit par s’aplatir. Il utilise la souffrance de Sasha comme moteur principal même quand ce moteur a déjà commencé à tourner à vide.

Il y a aussi un vrai souci de prévisibilité, pas simplement parce qu’on sait d’avance que Sasha finira par reprendre l’avantage. Cela fait partie du contrat. Le problème est surtout que le chemin vers cette issue manque de relief. Apex emprunte des éléments à d’autres thrillers de survie ou récits de chasse humaine, mais ne les reformule jamais assez pour se forger une identité propre. Le film reconnaît ses modèles, sans vraiment se hisser à leur niveau.

 

 

Trop appuyé pour être jouissif, trop limité pour être vraiment marquant

 

Ce qui empêche finalement Apex d’être autre chose qu’un film moyen, c’est qu’il se trompe sur la source de son efficacité. Il semble croire qu’en faisant subir davantage à son héroïne, il rendra automatiquement son éventuelle revanche plus satisfaisante. C’est l’inverse qui se produit. Plus le film insiste sur la brutalité, moins son dernier mouvement paraît libérateur. Le problème n’est pas qu’il soit sombre. Le problème est qu’il utilise cette noirceur d’une manière trop uniforme.

Il reste assez d’éléments solides pour empêcher l’ensemble de s’effondrer complètement. Theron est bonne. Kormákur sait mettre en scène l’action physique. Le point de départ contient une tension naturelle. Mais le résultat final ne fonctionne pleinement ni comme thriller nerveux, ni comme récit de revanche réellement payant. Le film reste coincé dans une zone intermédiaire : correctement fabriqué, parfois prenant, mais trop appuyé dans sa cruauté et trop pauvre dans son imagination pour laisser une véritable trace.

-Gergely Herpai « BadSector »-

 

Apex

Direction - 5.6
Acteurs - 6.4
Histoire - 4.9
Visuels/Musique/Sons - 5.6
Ambiance - 4

5.3

MOYEN

Apex tient surtout grâce à Charlize Theron, qui donne à Sasha plus de densité et de tenue que le scénario ne lui en accorde réellement. Le film contient quelques passages tendus et une base de survival-thriller qui aurait pu fonctionner, mais il s’appuie trop lourdement sur la souffrance répétée de son héroïne et sur un méchant trop simplifié. Cela se regarde, mais cela reste très moyen.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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