CRITIQUE DE FILM – Hokum ne cherche pas à refaire toute la maison de l’horreur, et c’est exactement ce qui le rend aussi efficace. Le film de Damian McCarthy n’annonce aucune révolution, ne brandit aucun nouveau règlement, il reprend simplement les outils bien connus du genre pour les manier avec une assurance étonnante. Le résultat est un film d’horreur surnaturelle tendu, inquiétant et réellement effrayant, qui n’essaie jamais de se faire passer pour plus grand ou plus profond qu’il ne l’est – et qui dépasse ainsi sans peine bien des productions trop calculées, trop bavardes, trop soucieuses de s’expliquer elles-mêmes.
Ohm Bauman, écrivain amer, arrive dans un hôtel isolé d’Irlande pour y disperser les cendres de ses parents. Le lieu lui-même donne déjà l’impression de cacher quelque chose derrière ses sourires polis, mais le film a l’intelligence de ne pas se précipiter. Il commence par rendre cet environnement oppressant presque habitable, présente le personnel étrange, puis fait entrer dans le récit cette histoire de sorcière liée à la suite nuptiale. L’étau se resserre peu à peu, et pendant ce temps ce n’est pas seulement la menace surnaturelle qui avance, mais aussi le passé d’Ohm. Cela donne à Hokum autre chose qu’une simple succession de frayeurs. Le film acquiert un rythme intérieur, une vibration plus sombre qui continue à travailler en profondeur.
L’un de ses plus grands atouts est qu’il ne cherche jamais à paraître plus malin qu’il ne l’est. Il ne construit pas une mythologie séparée derrière chaque ombre, il ne sur-explique pas chaque murmure, et il ne force pas sans arrêt le spectateur à se transformer en déchiffreur d’énigmes. Il préfère distiller les informations avec patience tout en gardant la tension au premier plan. C’est une solution bien plus élégante que celle des films d’horreur qui finissent par s’accrocher à l’explication parce qu’ils ne savent plus faire tenir leur propre atmosphère.
Avec Oddity, McCarthy avait déjà montré qu’il possédait un vrai instinct pour ce terrain de jeu obscur, et Hokum vient joliment le confirmer. Pas forcément parce qu’il dépasse son film précédent à chaque instant, mais parce qu’il guide encore une fois le spectateur dans un couloir de mauvais pressentiments avec une grande sûreté. Il sait très bien quand il faut se taire, quand il suffit de ne montrer qu’un morceau de quelque chose, et quand il faut frapper de manière à laisser derrière le choc une vraie trace.
Le film ne te hurle pas dessus, il te souffle dans la nuque
Les meilleurs moments de Hokum ne fonctionnent pas parce qu’ils seraient plus bruyants ou plus violents que la moyenne, mais parce qu’ils sont solidement préparés. McCarthy comprend qu’une bonne frayeur ne commence pas avec le bruit soudain, mais avec cette attente désagréable où le spectateur sait déjà que quelque chose arrive, sans savoir d’où. Le jump scare n’est donc pas ici une simple sirène d’alarme bon marché, mais le coup qui tombe au bout d’une nervosité soigneusement installée. Le film ne se contente pas de faire sursauter. Il laisse un nœud derrière lui.
Le travail sonore y est pour beaucoup. Hokum utilise admirablement le silence, les bruits lointains, les mouvements à l’arrière-plan et ces minuscules déplacements acoustiques qui nous font hésiter entre ce qu’on a réellement entendu et ce que l’esprit est déjà en train d’inventer. Ce ne sont pas de simples ornements d’ambiance. Ce sont des éléments fondamentaux de sa mécanique horrifique. McCarthy sait parfaitement que ce qu’il y a de plus inquiétant n’est pas toujours ce qu’on voit – parfois même pas ce qu’on entend clairement, mais ce qu’on espère de toutes ses forces ne pas avoir vraiment perçu.
Il faut aussi souligner que le rythme ne s’effondre jamais. Hokum ne court pas, mais il ne s’attarde pas non plus trop longtemps dans son propre brouillard comme si cela suffisait à lui donner de la profondeur. Il avance scène après scène, avec cette impression persistante que chaque pas mène vers une porte plus mauvaise que la précédente. Cette structure retenue et disciplinée est l’un de ses appuis les plus solides.
Adam Scott cesse enfin de prendre ses distances, et le film y gagne
Adam Scott n’est peut-être pas, au premier regard, l’acteur qu’on imagine spontanément au centre d’un film d’horreur surnaturelle aussi sombre, mais Hokum dissipe très vite ce doute. Ohm n’est ni détendu, ni particulièrement sympathique, et il ne fait aucun effort pour séduire le spectateur. C’est un homme amer, fermé, difficile à lire, avec cette raideur fatiguée de quelqu’un qui traîne déjà trop de poids avant même que l’histoire ne commence. Scott le comprend très bien. Il n’ajoute pas de gestes inutiles, ne cherche pas à produire de grandes démonstrations, il est simplement là – retenu, tendu, crédible.
Le film repose sérieusement sur lui. Si Ohm ne fonctionnait pas, l’ensemble pourrait facilement se déséquilibrer, car Hokum maintient longtemps son incertitude à travers son point de vue. Scott supporte ce poids sans problème. Pas avec des effets spectaculaires, mais avec une présence disciplinée, sombre, tenue. Dans un film comme celui-ci, cela vaut souvent bien plus qu’une démonstration dramatique appuyée.
Les seconds rôles sont eux aussi solides. Il n’y a pas de performance franchement faible, et l’on sent constamment que McCarthy comprend parfaitement à quel point l’unité du ton est importante. C’est ce qui permet au film de ne jamais basculer dans le cabotinage, même lorsque l’histoire s’enfonce plus nettement dans le surnaturel. Hokum prend ses terreurs au sérieux, mais sans devenir solennellement rigide.
Il ne pose pas en film d’horreur arty, il te fait juste peur comme il faut
L’un des réflexes les plus fatigants du cinéma d’horreur contemporain, c’est que beaucoup de films semblent presque gênés d’admettre qu’ils veulent d’abord faire peur. Comme s’il fallait toujours leur ajouter une justification, une note de bas de page sociale ou une triple couche d’allégorie. Hokum, de ce point de vue, a quelque chose de très rafraîchissant. Il y est bien question de deuil, de douleur enfouie, de passé mal refermé, mais le film ne s’arrête pas tous les deux virages pour annoncer solennellement qu’il est en train de dire quelque chose de très important. Il laisse l’histoire, l’ambiance et la mise en scène parler pour lui.
Et cela lui va très bien. Hokum n’est pas une révolution du genre, mais il ne prétend jamais l’être. Il a un point de départ solide, un réalisateur sûr de lui et un acteur principal qui maintient le tout en place. À partir de là, il construit un film d’horreur qui n’a pas besoin d’excuses. Oui, certains éléments sont familiers, et toutes les scènes n’ont pas exactement la même puissance, mais l’ensemble reste stable, sûr de lui et désagréablement efficace.
Si Hokum fonctionne aussi bien, ce n’est donc pas parce qu’il fait tout autrement. C’est parce qu’il utilise de vieilles méthodes mieux que la plupart. C’est un film tendu, cohérent, bien joué et tenu fermement du début à la fin. Il promet exactement ce qu’il peut offrir – et il l’offre réellement.
-Gergely Herpai « BadSector »-
Hokum
Direction - 8.6
Acteurs - 8.8
Histoire - 8.2
Musique/Audio - 8.6
Ambiance - 8.7
8.6
EXCELLENT
CRITIQUE DE FILM - Hokum ne cherche pas à refaire toute la maison de l’horreur, et c’est exactement ce qui le rend aussi efficace.






