Kiefer Sutherland devient le « Batman catholique » face à Al Pacino dans Father Joe, et les critiques ne savent pas s’il faut crier au génie ou à la folie

ACTUALITÉS CINÉMA – Kiefer Sutherland enfile la soutane, un long manteau noir et un cappello romano pour nettoyer les rues de New York dans Father Joe, le nouveau thriller d’action écrit par Luc Besson, dont les premières critiques à Venise oscillent entre enthousiasme amusé et franche perplexité. TheWrap parle déjà d’un « Batman catholique », tandis qu’Al Pacino incarne le parrain de la mafia qui se retrouve sur sa route, dans un film situé quelque part entre John Wick, fable religieuse et série B volontairement ou involontairement délirante.

 

La Mostra de Venise 2026 accueille naturellement plusieurs grosses productions destinées à faire parler d’elles pendant toute la saison, mais Father Joe est certainement l’un de ses objets les plus étranges. Luc Besson, à qui l’on doit notamment Léon et Le Cinquième Élément, en a écrit le scénario, tandis que Barthélémy Grossmann réalise cette histoire criminelle située dans le New York des années 1990. Kiefer Sutherland incarne Joe, un prêtre catholique qui s’occupe de ses fidèles le jour avant de devenir justicier dès la nuit tombée. Le surnom de « Batman catholique » employé par TheWrap paraît moins excessif dès que l’on découvre les méthodes pastorales du personnage.

Vêtu d’un long manteau sombre et coiffé d’un chapeau ecclésiastique romain, Joe traque les dealers qui vendent de la drogue aux moins de 21 ans. Certains meurent purement et simplement, tandis que d’autres bénéficient d’une tentative de rédemption nettement moins conventionnelle : le prêtre leur injecte un poison et ne leur remet l’antidote que s’ils viennent assister à la messe. Son système rencontre évidemment quelques résistances lorsqu’il décide de s’attaquer à Gio Falcone, puissant chef mafieux interprété par Al Pacino. Une telle intrigue ressemble presque à une parodie lorsqu’on la résume, mais les premiers critiques insistent justement sur le refus absolu de Sutherland de jouer son personnage avec le moindre clin d’œil ironique.

Tim Grierson de Screen Daily estime que ce sérieux permet précisément à Joe de survivre à ses propres contradictions. Sutherland lui apporte une véritable sérénité et une dimension spirituelle tout en éliminant ses adversaires avec l’efficacité méthodique d’un super-héros ou de John Wick. Comme l’acteur ne donne jamais l’impression de se moquer du matériau, la foi de Joe dans la bonté humaine et sa vengeance meurtrière semblent paradoxalement provenir du même noyau moral. Siddhant Adlakha de TheWrap résume cette réussite de manière plus directe en considérant que l’engagement total de Sutherland dans cette idée invraisemblable constitue déjà un plaisir en soi.

Al Pacino serait, de façon assez inattendue, beaucoup plus mesuré. Damon Wise de Deadline considère même qu’il est pratiquement le seul élément du film à ne jamais chercher constamment l’excès, laissant généreusement Kiefer Sutherland occuper le centre du spectacle dans un rôle à la fois amusant, improbable et parfois involontairement hilarant. Selina Sondermann de The Upcoming a eu une réaction beaucoup moins enthousiaste : selon elle, la légende de 86 ans semble jouer en pilotage automatique et ne retrouve jamais l’énergie caractéristique de ses prestations les plus mémorables.

Ever Anderson interprète également Felicity, une adolescente qui finit par rejoindre la croisade de Joe contre le crime. Plusieurs critiques ont souligné sa ressemblance frappante avec sa mère, Milla Jovovich, longtemps associée à certains des films les plus célèbres de Besson. L’idée d’un homme dangereux prenant une jeune fille sous son aile évoque forcément Léon, même si Father Joe détourne cette relation vers quelque chose de beaucoup plus bizarre, mêlant imagerie catholique, guerre contre la mafia et fantasme de justicier.

Le cinéma de Besson a souvent cherché à maintenir un équilibre fragile entre sincérité émotionnelle et excès assumé, mais les premières réactions laissent penser que Father Joe pourrait diviser précisément sur ce point. Marshall Shaffer de The Playlist prévient ceux qui espèrent voir le film basculer entièrement dans le camp après son ouverture très pulp : Sutherland joue son justicier religieux avec le même sérieux absolu qu’il accordait autrefois à Jack Bauer dans 24. Le critique décrit finalement un film étrangement trop rempli tout en restant trop mince, comme s’il hésitait en permanence entre un pilote de série télévisée gonflé artificiellement et un long métrage débarrassé d’une partie de son développement.

La réalisation technique provoque elle aussi des réactions presque opposées. The Playlist juge certaines images étonnamment bon marché et reproche notamment au film de ne pas toujours réussir à recréer correctement le Manhattan des années 1990, tandis que TheWrap considère également que le budget limité reste trop visible et que le montage manque d’énergie pendant plusieurs scènes d’action. Screen Daily défend au contraire ces mêmes séquences, qu’il trouve animées d’une véritable urgence épique, tout en estimant les valeurs de production remarquables pour un projet manifestement réalisé sans moyens illimités. Même parmi les avis les plus sévères, la conclusion du film reçoit quelques compliments pour sa capacité surprenante à devenir réellement émouvante.

Father Joe possède donc déjà tout ce qu’il faut pour devenir un film profondément clivant lorsqu’il bénéficiera d’une diffusion plus large, que ce soit en salles ou en streaming. Pour certains, voir Kiefer Sutherland interpréter un prêtre meurtrier qui empoisonne des dealers afin de les pousser vers la messe avant d’affronter Al Pacino relèvera du plaisir de série B à l’état pur ; pour d’autres, l’extrême sérieux du traitement risque de rendre l’ensemble impossible à accepter. Une chose semble néanmoins faire consensus : Sutherland ne joue jamais à moitié. Deadline a finalement trouvé la formule parfaite pour résumer ce curieux objet : « Est-ce que c’est bon ? Qui sait. »

Source : MovieWeb

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