TEST – Un jeu de construction urbaine, mais agrémenté cette fois d’une touche de piraterie. Il n’est donc pas aussi élémentaire que SimCity, pas aussi détendu que Tropico, et pas aussi mal optimisé que Shitties Cities: Skylines. Pourtant, dès les premières minutes, le jeu de Limbic Entertainment peut se montrer particulièrement impitoyable, et rien ne garantit qu’il relâchera son étreinte par la suite, aussi figurée soit-elle.
Un « mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » peut déjà nous échapper lorsque Corsair Cove nous balance sa carte vide sous le nez. Et oui, malgré cela, c’est bien avec ce terrain que nous devons travailler.
Un terrain plat ? Il n’y en a pas ici
Il est rare de voir un territoire aussi vallonné et irrégulier sur lequel il faut bâtir, et pourtant, une échelle apparaît ici, un ascenseur là, puis une passerelle un peu plus loin. Lentement mais sûrement, nous parvenons à relier les structures construites sur les parcelles disponibles, qui doivent elles-mêmes être raccordées aux camps de pirates. À première vue, tout cela paraît ridicule, mais les différents éléments finissent tout de même par s’assembler sur cette petite île, où nous devons reconstruire notre communauté après un naufrage. Cela se remarque également dans le style architectural, car plusieurs bâtiments paraissent si fragiles que quelques morceaux s’en détacheraient probablement si nous soufflions dessus en pensée. Ils s’adaptent pourtant aux creux et aux reliefs du terrain. S’agit-il d’une sorte de Tetris abstrait ?
Il faut ensuite s’occuper du logement et de la nourriture, et c’est là que la bonne vieille chaîne de production entre en jeu. Nous devons acquérir les ressources nécessaires auprès de sources bien précises. La nature elle-même ne sera pas le véritable obstacle ; tout dépendra de la manière dont nous assemblons les différentes chaînes. Supposons, par exemple, que nous ayons besoin de poudre à canon. Très bien, il nous faut donc un four à charbon, mais nous ne pouvons pas le placer n’importe où, car il faut également du bois provenant d’un sol fertile et, aussi étrange que cela puisse paraître, des excréments de mouettes récupérés au centre de guano. Cette phrase n’est pas le résultat d’un coup de chaleur : Corsair Cove fonctionne réellement ainsi.
Le jeu ne néglige évidemment pas le transport maritime, puisque nous essayons malgré tout de maintenir en vie un équipage de pirates. Le type de navire construit a cependant son importance, car chaque modèle possède des besoins différents. Les bâtiments les plus sérieux se débloquent grâce aux activités de piraterie, même s’il devient parfois particulièrement agaçant de devoir grinder pour les obtenir. Un navire plus grand exige davantage de membres d’équipage, ce qui peut nuire au fonctionnement de notre île, mais si notre flotte n’est pas assez puissante, nous ne pourrons pas progresser dans les missions.
C’est précisément dans cet équilibre que réside l’intérêt du jeu : il ne se livre pas facilement, sans pour autant devenir aussi scandaleusement difficile qu’un hack Kaizo d’un jeu rétro. Les missions restent généralement assez classiques : un navire marchand apparaît ? Attaquons-le. Quelques marchandises doivent être introduites en contrebande ? Prenons la mer. À cela s’ajoutent le coma provoqué par le grog et les hallucinations déjà observées dans The Caribbean Sail, avec de véritables affrontements contre des pirates zombies.
Les missions sont variées et se répètent rarement, si bien qu’il serait difficile de les qualifier d’ennuyeuses. Limbic Entertainment a pris une bonne direction sur ce point.
Rendez-vous près de la baleine !
Il nous arrive de croiser une baleine gigantesque. Il faut alors la fuir sous peine de sombrer, mais plusieurs autres tâches nous attendent également. Nous devons parfois nous défendre, tandis qu’à d’autres moments, nous lançons une contre-attaque à l’aide de cartes défensives. Certaines situations exigent au contraire de créer de la distance grâce aux cartes de déplacement afin de ne pas perdre les membres de l’équipage. Il existe des cartes plus puissantes, mais elles consomment davantage de ressources. Si nous épuisons totalement nos réserves, les membres de l’équipe peuvent être blessés ou le navire peut subir des dégâts.
Il est alors utile d’expérimenter afin de créer la bonne combinaison entre les capacités particulières des capitaines, la catégorie du navire et les bonus accordés par l’équipage. Le système n’est pas particulièrement difficile à apprendre et reste agréable à entendre, car les effets sonores frappent fort. Corsair Cove finit surtout par trouver sa place en nous laissant avancer à notre propre rythme. Il ne faut pas vouloir en faire trop, trop rapidement, sous peine de se faire écraser par les navires royaux espagnols.
Tout n’est évidemment pas parfait : il est difficile de passer en revue les bâtiments appartenant au même type, même si l’interface n’est pas particulièrement mauvaise. Les chemins indiqués par des couleurs montrent toutefois leur niveau d’efficacité, tandis que des fenêtres contextuelles nous avertissent lorsqu’un élément ne fonctionne pas correctement. Nous pouvons alors mettre le jeu en pause afin de régler les problèmes. En contrepartie, le jeu risque de solliciter fortement la machine, et une carte graphique dotée de 8 Go ainsi qu’un processeur à six cœurs ne semblent peut-être même pas suffisants pour la configuration recommandée.
Aventures de pirates pleines de guano
La gestion des excréments ne semblait pas toujours facile à organiser, mais en dehors de cela, on peut probablement affirmer que Corsair Cove mérite sa place dans le catalogue de Hooded Horse. Il ne s’est pas trop engagé dans la direction clichée que nous pouvions initialement craindre, préférant tracer un cap un peu plus confortable avant de franchir assez tranquillement la planche jusqu’à l’autre côté. Avec moins de grind et de meilleures performances, sa note aurait été un peu plus généreuse, mais même ainsi, il reste possible de dire que le résultat est plutôt bon. Harr harr fiddle dee, boire du grog sous la chaleur n’est pas un supplice.
-Gergely Herpai „BadSector”-
Développeur : Limbic Entertainment
Éditeur : Hooded Horse
Genre : construction urbaine avec des pirates
Date de sortie : 31 juillet 2026
Pro :
+ La possibilité de construire sur des terrains incroyablement complexes
+ Un rythme de jeu confortable
+ Une présentation audiovisuelle plutôt réussie
Contre :
– L’optimisation, c’est quoi au juste ?
– Il faut parfois grinder, et pas qu’un peu
– Qui a eu l’idée stupide de nous faire planifier avec du guano…?
Corsair Cove
Jouabilité - 7.7
Graphismes - 7.8
Histoire - 6.7
Musique/Audio - 7.8
Ambiance - 8
7.6
BON
Le jeu paraît inhabituel au premier abord, puis commence à montrer ce dont il est capable, et c’est à ce moment-là qu’il prend véritablement son envol.





