ACTUALITÉS CINÉMA – Le film Call of Duty est encore loin de sa sortie, mais il s’est déjà retrouvé embarqué dans exactement le type de polémique que Paramount aurait sans doute préféré éviter à ce stade. Depuis que Peter Berg a été officiellement confirmé comme réalisateur, d’anciennes déclarations de 2013 ont refait surface, notamment celles où il qualifiait les joueurs de jeux de guerre de « faibles » et de « pathétiques ». C’était déjà embarrassant en soi. Cela l’est encore davantage maintenant qu’il se retrouve à la tête de l’adaptation d’une des franchises de tir les plus célèbres du jeu vidéo.
La controverse vient d’un ancien entretien accordé à Esquire, dans lequel Berg parlait des jeux de guerre de manière particulièrement sèche. À l’époque, il les décrivait comme « pathétiques » et se moquait de ce qu’il considérait comme une forme de bravoure au clavier. Il expliquait que les seuls joueurs de Call of Duty auxquels il accordait un passe-droit étaient les militaires, parce qu’ils s’ennuient en service et cherchent un peu de distraction. Pour tous les autres, en particulier les plus jeunes, il n’avait guère de considération. Il allait même jusqu’à dire que quiconque restait assis quatre heures à jouer à des jeux vidéo était faible et ferait mieux de sortir faire autre chose.
Maintenant que Paramount a officiellement fixé la sortie du film Call of Duty à juin 2028 et confirmé Berg à la mise en scène, ces propos reviennent avec un timing parfait pour semer le malaise. La question saute immédiatement aux yeux: confier une adaptation aussi massive à quelqu’un qui semblait autrefois mépriser ce public est-il vraiment le meilleur choix possible? La seule nuance possible, c’est que l’entretien d’origine avait un ton assez relâché, volontiers provocateur, et que treize ans se sont écoulés depuis. Mais Internet n’est pas exactement réputé pour son indulgence dans ce genre de situation.
Le vrai problème n’est plus de savoir si le film se fera, mais si Peter Berg pourra échapper à ses propres vieilles déclarations
Le malaise est d’autant plus net que Call of Duty n’a rien d’une petite licence marginale. C’est l’un des noms les plus massifs du jeu d’action militaire, et le film n’est pas traité comme une adaptation de seconde zone. Taylor Sheridan signe le scénario, Berg réalisera et produira, et Paramount veut manifestement en faire une grosse machine de studio, pas juste un film de guerre générique sur lequel on aurait collé un logo connu. Dans ce contexte, chaque citation, chaque interview exhumée, chaque faux pas culturel prend immédiatement une ampleur plus lourde.
Il existe évidemment un contre-argument possible. Certains diront que Berg peut justement être intéressant parce qu’il n’aborde pas le sujet avec une révérence de fan ou un enthousiasme de joueur. L’idée se défend jusqu’à un certain point. Mais elle serait plus facile à accepter si ses vieilles déclarations sonnaient comme une critique de la manière dont la guerre est transformée en jeu, et non comme un mépris assez large pour ceux qui y jouent. Ce n’est pas la même position, et la seconde est infiniment plus difficile à faire passer maintenant qu’il incarne publiquement le projet.
Il faut aussi rappeler que la place culturelle du jeu vidéo a énormément changé depuis 2013. À l’époque, il restait plus facile pour certaines figures publiques de balayer le médium d’un revers de main ou de le traiter comme un loisir mineur. Cela fonctionne beaucoup moins aujourd’hui. Les jeux vidéo occupent désormais un espace bien plus central dans la culture populaire, et les propos de Berg ressemblent moins à une franchise rugueuse qu’à un vieux réflexe daté. Résultat: le film Call of Duty démarre avec un poids supplémentaire, celui de devoir convaincre qu’il n’est pas déjà entre de mauvaises mains avant même d’avoir montré la moindre image.
Sources: 3DJuegos, Esquire, Variety



