Les jeux vidéo peuvent développer de nombreuses compétences, créer des expériences partagées et aider les enfants à gérer leurs émotions, mais une partie des productions modernes est volontairement conçue pour retenir le joueur aussi longtemps que possible. Les recommandations des spécialistes ne reposent donc pas sur une interdiction totale, mais sur des limites raisonnables, un choix attentif des jeux et une présence active des parents.
Chaque fois que la question du nombre d’heures de jeu hebdomadaires pour un enfant est abordée, quelqu’un finit généralement par affirmer que les jeux vidéo sont une nouvelle fois diabolisés, alors que la télévision et les livres font rarement l’objet des mêmes critiques. La différence vient notamment du fait que les films et les ouvrages ne sont généralement pas construits autour de dark patterns, c’est-à-dire de mécanismes de conception destinés à pousser un enfant ou un adulte à poursuivre encore un peu. Cela ne signifie évidemment pas que les jeux vidéo sont mauvais par nature.
Les jeux créent une identité et une culture, peuvent servir de refuge, facilitent la gestion des émotions et contribuent au développement de l’attention, de la lecture, des mathématiques ou de la planification. Les productions auxquelles jouent les enfants aujourd’hui diffèrent cependant sur plusieurs points de celles qu’ont connues les générations précédentes, d’où l’intérêt de les introduire dans cet univers avec réflexion et accompagnement. La véritable question n’est donc pas de savoir s’ils peuvent jouer, mais pendant combien de temps, à quels jeux et dans quelles conditions.
Il existe des règles générales, mais chaque enfant est unique
Les recherches du Dr Jesús Pujol indiquent que les jeux vidéo offrent effectivement plusieurs bénéfices aux enfants, mais que deux heures de jeu par semaine peuvent déjà suffire pour obtenir ces effets positifs. La même étude souligne toutefois qu’au-delà de neuf heures hebdomadaires, le risque de voir apparaître certains problèmes de comportement peut augmenter. Il ne s’agit pas d’affirmer que les jeux rendent les enfants « fous », mais qu’un temps excessif devant l’écran peut les empêcher de développer correctement leurs aptitudes sociales, physiques et personnelles au moyen d’autres activités.
Deux heures par semaine correspondent à environ 17 minutes par jour, tandis que neuf heures représentent approximativement 77 minutes quotidiennes. Le Dr Nancy M. Petry estime qu’une durée de 30 minutes par jour peut constituer une bonne recommandation générale, sans pour autant signifier que l’enfant doit jouer tous les jours. Cette durée doit rester un repère flexible et non une règle rigide mesurée à la seconde près.
Rocío Gómez, psychologue, docteure et professeure à l’UNIR, conseille de choisir des jeux capables d’aider les enfants à réguler leurs émotions et leur frustration, tout en développant la planification et la patience. Les parents devraient idéalement s’asseoir à leurs côtés, s’intéresser à ce qu’ils font et observer la manière dont ils réagissent aux différentes situations. L’enfant peut se mettre en colère après une défaite ou lorsqu’il doit interrompre une partie, et ces réactions offrent des indications précieuses sur sa maturité émotionnelle.
Lorsque les crises deviennent fréquentes, il peut être préférable d’arrêter la partie, de suspendre les jeux pendant quelques jours, de raccourcir les prochaines sessions ou de les concentrer durant le week-end, lorsque le parent peut rester présent. Certains enfants éteignent la console sans aucune difficulté, tandis que d’autres supportent mal la défaite ou la fin de l’activité. Les règles doivent donc être adaptées aux réactions, à la maturité et aux besoins propres à chaque enfant.
Dans certains cas, il faudra même réduire les sessions de 30 minutes, tandis que d’autres enfants profiteront davantage d’un temps de jeu réparti différemment pendant la semaine. Les jeux peuvent également être suspendus temporairement jusqu’à ce que l’enfant développe une meilleure régulation émotionnelle, mais cette décision ne doit pas être présentée comme une punition. L’objectif consiste à l’accompagner vers une relation plus saine avec le jeu, et non à lui faire craindre l’activité ou les limites fixées.
Si la colère et la surexcitation persistent, il peut être judicieux de choisir un autre type de jeu. Des expériences particulièrement stimulantes comme Fortnite encouragent constamment le joueur à lancer une partie supplémentaire, ce qui peut rendre l’arrêt très difficile pour les plus jeunes. Elles peuvent être remplacées par des titres au rythme plus calme, qui ne soumettent pas le joueur à une succession permanente de récompenses et de sollicitations intenses.
Gómez cite notamment Splatoon Raiders, mais des jeux plus classiques comme Secret of Mana peuvent également convenir. Les expériences les plus utiles adoptent parfois un rythme proche de celui des échecs : elles imposent des décisions, tout en laissant le temps de réfléchir, d’attendre et d’assimiler les conséquences. Le thème et la classification par âge ne sont donc pas les seuls critères importants, puisque le rythme et l’intensité de l’expérience doivent également être pris en compte.
La spécialiste avait initialement proposé cette méthode pour des enfants appartenant au spectre du TDAH, mais elle peut aussi être appliquée avec succès aux enfants neurotypiques. Splatoon Raiders, par exemple, oblige l’enfant à respecter une pause plus longue avant de recommencer à tirer, tandis que les combats au tour par tour et le rythme lent de Pokémon encouragent naturellement la patience. Utilisés comme expériences partagées, ces jeux ne servent pas seulement à occuper l’enfant, mais peuvent l’aider à travailler l’attente et la gestion émotionnelle.
Lorsqu’un jeu surexcite visiblement l’enfant, le mieux peut être de mettre fin à la session et d’en choisir un autre. Cela ne signifie pas qu’un parent devient irresponsable si une partie commune dépasse parfois les 30 minutes, puisqu’une aventure ou un affrontement difficile contre un boss peut facilement prolonger une occasion particulière. Une présence consciente et l’observation des réactions de l’enfant sont bien plus importantes qu’une interdiction rigide.
Les 30 minutes quotidiennes doivent donc être utilisées avant tout comme un point de référence, sans qu’il soit nécessaire de prévoir une session chaque jour. Les parents devraient s’asseoir auprès de l’enfant, jouer avec lui, mieux le connaître par l’intermédiaire de la manette et éviter de laisser les plus jeunes complètement seuls, en particulier avec des jeux sur smartphone. Les aventures partagées peuvent rapidement provoquer de nouvelles conversations et renforcer la relation familiale, car l’une des principales qualités des jeux vidéo réside précisément dans leur capacité à créer des souvenirs communs et des liens durables.
Source : 3DJuegos



