ACTUALITÉS CINÉMA – Le photomontage de Luca Brasi et János Hajdu fonctionne d’abord grâce à une ressemblance frappante : la mâchoire large et lourde, les yeux profondément enfoncés, la bouche fermée et ce regard immobile qui annonce déjà les ennuis avant même qu’un mot soit prononcé. Mais la blague dépasse désormais largement le physique. L’affaire du convoi d’or, l’audition de Hajdu comme suspect et son nouveau poste de directeur de la sécurité du Fidesz ont ajouté une intrigue politique pour laquelle il serait difficile de trouver un langage cinématographique plus précis que celui de l’épopée de gangsters de Francis Ford Coppola.
Luca Brasi, interprété par Lenny Montana dans Le Parrain, n’est pas simplement l’un des hommes de Vito Corleone. Il est l’exécutant le plus redouté et le plus loyal de la famille, celui dont l’arrivée suffit à faire comprendre à toute la pièce que la volonté du Don vient d’entrer avec lui. Il ne siège pas au bout de la table, il ne présente pas la stratégie et il ne prend pas les décisions finales, mais c’est lui que l’on envoie lorsqu’une affaire sensible ne peut plus être réglée par quelques appels ou des négociations polies. C’est pour cela que le rapprochement avec János Hajdu fonctionne. Le point commun ne se limite pas au visage large, aux cheveux coupés très courts, au nez marqué et à l’expression sévère tirée vers le bas. Les deux figures évoquent immédiatement le même rôle : l’homme qui travaille près du centre du pouvoir, qui est présent pour les missions difficiles et qui devient soudain visible lorsque les décisions prises en coulisses produisent des conséquences concrètes.
L’histoire de Luca Brasi est particulièrement sombre pour cette raison. Don Corleone l’envoie simuler une défection devant les hommes de Virgil Sollozzo, gagner leur confiance et découvrir ce qu’ils préparent avec la famille Tattaglia. Vito ne l’envoie pas consciemment à la mort, mais son ordre place Brasi sur une mission dont il ne reviendra pas. Sollozzo comprend la comédie, Luca tombe dans un piège et il est étranglé, tandis que la famille Corleone apprend son sort grâce au gilet pare-balles caché dans un poisson. Le Don reste à l’arrière-plan pendant que son homme le plus loyal porte le danger créé par la lutte de pouvoir de la famille.
Quand l’exécutant porte les conséquences de l’opération délicate
Dans l’affaire du convoi d’or, le parquet enquêteur de Budapest a entendu János Hajdu comme suspect pour sept faits présumés de privation illégale de liberté accompagnée de mauvais traitements infligés aux victimes. Selon le parquet, sept convoyeurs de fonds ukrainiens ont été retenus au moins neuf heures sur instruction de Hajdu alors que l’administration fiscale et douanière les considérait comme des témoins et que les agents des douanes avaient demandé à plusieurs reprises que leurs menottes soient retirées. Le parquet affirme que la détention ne reposait sur aucune base légale et qu’un textile gênant leur vision a été appliqué d’une manière portant atteinte à la dignité humaine. Hajdu a déposé une plainte contre cette mise en cause, a nié avoir commis une infraction, a fait une déclaration et reste libre pendant la procédure. La question des responsabilités relève donc d’une procédure pénale en cours et non d’une conclusion judiciaire définitive.
Ce qui rend le parallèle avec Luca Brasi vraiment saisissant n’est pas l’existence même de cette affaire pénale, mais la dramaturgie politique qui se dessine derrière elle. Un document interne du parquet présenté par 444 a également soulevé la possibilité d’examiner la responsabilité de Viktor Orbán, d’Örs Farkas, de János Hajdu et de Tamás Demeter, même si ce document ne constitue pas une conclusion juridique définitive. Orbán ne s’est pas publiquement avancé pour assumer la responsabilité politique de la décision liée au convoi d’or, mais il a soutenu Hajdu de manière visible : peu après l’audition comme suspect, il l’a nommé directeur de la sécurité du Fidesz et a salué son retour avec ces mots : « Bon retour à bord, général. » En langage de cinéma, c’est le moment où le Don ne raconte pas toute l’histoire de la famille, mais rapproche de lui l’homme dont le nom fait déjà partie du récit judiciaire de l’opération sensible.
Orbán avait aussi donné lui-même la clé pop culture la plus évidente de cette lecture juste avant les élections. Sur sa propre page Facebook, il a fait la promotion de son entretien avec Dopeman à l’aide d’une image où il apparaît en chef mafieux en costume, caressant un chat, dans une composition qui renvoie ouvertement aux affiches du Parrain. À l’époque, la publication pouvait être lue comme un mème de campagne cynique qui moquait tout en renforçant sa propre image de pouvoir. À la lumière de l’affaire du convoi d’or, de la situation de Hajdu et de sa récente nomination au Fidesz, elle peut aussi se comprendre comme une forme d’auto-aveu : le Don ne porte pas lui-même les conséquences de l’opération dangereuse, il envoie une figure de type Luca Brasi et continue de la garder à ses côtés.
Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer littéralement que le Fidesz serait une véritable Cosa Nostra. C’est une satire politique qui épouse avec une précision troublante la logique du pouvoir dans Le Parrain. Dans cette métaphore, Orbán est le centre de décision, tandis que Hajdu est l’exécutant loyal et intimidant dont le rôle devient réellement visible lorsque les conséquences juridiques commencent à apparaître aux niveaux inférieurs de la chaîne de commandement. theGeek a déjà écrit sur une histoire de vie publique rendue plus lisible par une formule de cinéma connue : dans l’affaire radnaimark.hu, la logique du kompromat de Bons baisers de Russie offrait un cadre solide. Cette fois, pourtant, ce n’est pas James Bond qui regarde la vie publique hongroise. C’est Luca Brasi, et la blague est beaucoup plus sombre.
Source : Parquet, 444, Telex, Page Facebook de Viktor Orbán, Klubrádió




