Le studio derrière Heavy Rain et Detroit: Become Human fait face à une nouvelle polémique majeure : le syndicat français des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo, le STJV, affirme que Quantic Dream ne se contente pas de communiquer de manière trompeuse sur son plan de licenciements, mais enfreint aussi le droit du travail. Selon le syndicat, les retombées de l’échec de Spellcasters Chronicles révèlent désormais des problèmes plus profonds autour du développement difficile de Star Wars Eclipse.
Quantic Dream ne fait plus vraiment parler de lui pour ses jeux ces derniers temps. Le studio derrière Heavy Rain, Beyond: Two Souls et Detroit: Become Human a annoncé la fermeture des serveurs de Spellcasters Chronicles, après l’échec de ce jeu-service à construire une véritable communauté. Le revers était déjà lourd, mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là : cette décision a été suivie d’un nouveau plan de licenciements visant près de 100 développeurs, une mesure vivement critiquée dès le départ par le Syndicat des Travailleureuses du Jeu Vidéo, le STJV.
L’organisation estime que la direction du studio a ignoré les signaux d’alerte qui montraient déjà que Spellcasters Chronicles était en grande difficulté. Le STJV revient désormais avec un nouveau communiqué visant l’entreprise, accusant Quantic Dream de « mentir » tout en limitant les négociations entre les représentants du personnel et la direction. La situation est d’autant plus sensible que, selon le syndicat, la production de Star Wars Eclipse ne se déroule pas non plus dans des conditions calmes et maîtrisées.
Le syndicat dénonce un plan de licenciements brutal
Dans sa dernière prise de parole, le STJV affirme que le travail du CSE, l’instance représentant les salariés, a été fortement restreint, ce qui nourrit encore davantage le soupçon d’une direction peu disposée à négocier réellement des conditions acceptables pour les personnes concernées. Les mots du syndicat sont particulièrement durs : « Ce qu’ils tentent de faire passer est un plan de licenciements brutal », peut-on lire dans le communiqué. « Nous craignons les conséquences terribles que ce plan pourrait avoir pour l’entreprise, et surtout pour les travailleuses et travailleurs, s’il était mis en œuvre. »
L’un des principaux griefs concerne l’accès du CSE aux listes de diffusion internes du studio, qui aurait été révoqué. Selon le STJV, cette décision contrevient aux règles d’usage établies et empêche les représentants du personnel de communiquer correctement avec les salariés. Le dossier est encore alourdi par la question du nombre de postes supprimés : le syndicat affirme qu’il ne s’agit pas de 95 emplois, mais de 115.
Cette différence n’a rien d’un détail administratif. Le STJV rappelle qu’au-delà du seuil de 100 licenciements, la période de consultation du CSE devrait durer trois mois selon les règles françaises, et non deux. D’après l’organisation, la direction de Quantic Dream n’a pas expliqué comment ni pourquoi elle impose un délai de deux mois à la procédure, ce qui pourrait constituer, selon le syndicat, une violation du droit.
Le mur entre Spellcasters Chronicles et Star Wars Eclipse
L’autre accusation majeure du STJV concerne l’utilisation des catégories professionnelles. Dans le cadre juridique français, un plan de licenciements de ce type ne peut pas simplement sélectionner les salariés par équipe projet ; il doit passer par des catégories professionnelles, avec des critères précis permettant de déterminer les personnes concernées. Le syndicat estime que Quantic Dream détourne complètement cette notion, puisque la proposition viserait essentiellement l’équipe de Spellcasters Chronicles tout en épargnant les développeurs de Star Wars Eclipse.
Le studio se défendrait en affirmant que les outils utilisés pour chaque projet sont différents, et que les salariés travaillant sur Spellcasters Chronicles auraient besoin de plus de six mois de formation avant de pouvoir rejoindre la production de Star Wars Eclipse, et inversement. Pour le STJV, cet argument ne tient pas. « C’est absolument ridicule. Mais, si nous le prenons au sérieux, cela signifie que l’entreprise reconnaît enfreindre le droit du travail français. En effet, les employeurs en France ont l’obligation de maintenir les compétences de leurs salariés dans leur domaine, y compris dans d’autres entreprises, par la formation continue. Et Quantic Dream déclare explicitement ne pas avoir respecté cette obligation. »
Le syndicat cherche désormais à obtenir plusieurs mesures : le rétablissement de l’accès du CSE aux listes de diffusion internes, la mise en place d’une période de consultation légale de trois mois, la réaffectation des salariés de Spellcasters Chronicles à Star Wars Eclipse, et même une réorganisation de la direction créative de l’équipe. Selon le STJV, en prétendant qu’il serait possible de licencier simplement l’équipe de Spellcasters Chronicles, la direction « ment et tente de diviser les travailleurs ».
La partie la plus sévère du communiqué concerne toutefois l’état de Star Wars Eclipse lui-même. Le syndicat affirme que, quelle que soit l’issue du plan de licenciements, la production du jeu sera touchée. Il assure également que des voix venues de tous les niveaux de la hiérarchie dénoncent déjà « l’enfer » dans lequel se trouverait le projet. Quantic Dream ne doit donc pas seulement nettoyer les débris d’une expérience de jeu-service ratée, mais affronte aussi une inquiétude grandissante autour de l’un des jeux Star Wars les plus attendus actuellement en développement.
Source : 3DJuegos



