Après la fermeture de Spiders, le studio à l’origine de GreedFall et de Steelrising, le syndicat français des travailleurs du jeu vidéo s’attaque ouvertement à Nacon. L’organisation estime que les décisions commerciales de l’éditeur ont conduit à une destruction sociale, et elle appelle désormais les joueurs à boycotter les jeux et les produits de l’entreprise.
La crise de Nacon a franchi un nouveau cap après la fermeture de son studio filiale Spiders, connu pour avoir créé GreedFall et Steelrising. À la suite de la disparition de l’un des studios français de l’éditeur, le Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo n’a pas seulement condamné publiquement la gestion de l’entreprise : il est allé plus loin en appelant les joueurs à boycotter les produits de Nacon.
L’origine de cette crise remonte au 25 février, lorsque Nacon a annoncé son intention de se placer sous protection judiciaire en raison de difficultés financières. Cette décision a directement touché l’ensemble de ses studios, mais le studio parisien Spiders a été le plus durement affecté. Peu après, le studio a été intégré à un processus de vente censé contribuer au sauvetage de Nacon. Pourtant, l’entreprise française a finalement annoncé sa fermeture le 29 avril, seulement 19 jours après la sortie de GreedFall: The Dying World.
Cette manœuvre complexe a entraîné des dizaines de licenciements et provoqué la réaction du STJV. Le syndicat a adopté un ton sans ambiguïté et, dans un communiqué intitulé « La liquidation de Spiders, une histoire de destruction sociale », a accusé Nacon d’avoir mené une stratégie commerciale qualifiée d’« assassinat au premier degré ». Autrement dit, l’organisation estime que l’éditeur s’est débarrassé du studio de développement en le mettant en vente dans le cadre d’un processus qui avait très peu de chances d’aboutir. Dans ce contexte, l’organisation représentant les travailleurs du secteur en France a également critiqué le manque de responsabilité manifesté à l’égard des salariés touchés.
Selon le syndicat, Nacon a empêché Spiders d’obtenir de l’argent auprès de tiers
Parmi les accusations les plus graves, le syndicat affirme que Spiders n’a pas reçu de royalties sur les ventes de ses propres jeux depuis le lancement de GreedFall en septembre 2019, ce qui reviendrait dans les faits à une confiscation des revenus par Nacon. À cela s’ajoute l’annulation en 2025 d’un projet clé connu seulement sous le nom de Dark. Cette décision a laissé le studio sans solution claire à moyen terme pour maintenir son activité, au-delà de la sortie d’accès anticipé de GreedFall 2, un jeu qui, selon le récit rapporté, a même changé de nom afin de mieux séduire les joueurs.
D’après des sources au sein du syndicat français, la situation serait encore plus grave. Elles affirment que Nacon a retardé à plusieurs reprises la signature du contrat de Spiders au sein du portefeuille de l’entreprise française après la sortie de son dernier jeu. Le titre concerné n’est pas précisé, mais la dernière sortie complète du studio était Steelrising en 2022. Le syndicat affirme également que l’éditeur a empêché Spiders de chercher des financements extérieurs ou de collaborer avec d’autres partenaires, tout en ignorant les alertes des représentants du personnel concernant la précarité de la situation financière et les décisions stratégiques prises avant l’entrée dans cette phase de restructuration.
L’affaire paraît d’autant plus grotesque que Nacon est presque en faillite, mais a déjà fixé la date et l’heure de son nouvel événement vidéoludique, annoncé avec un « fantôme ». Ce contraste renforce encore l’impression d’un immense décalage entre la communication publique de l’entreprise et les fermetures de studios qui se déroulent en coulisse. La disparition de Spiders n’est donc pas seulement une perte de studio supplémentaire, mais un dossier industriel dans lequel la représentation des travailleurs demande désormais ouvertement une pression de la part des consommateurs.
En conséquence, le STJV a lancé un appel inhabituel à la communauté des joueurs : boycotter les produits de Nacon. Tout en reconnaissant la valeur des jeux développés et les efforts de leurs créateurs, le syndicat estime que continuer à acheter les titres de l’entreprise contribuerait à soutenir des pratiques qu’il juge nuisibles pour l’industrie. Pour l’instant, l’action du syndicat se limite à ce boycott, mais la situation de Nacon reste loin d’être stable, et l’affaire Spiders ne devrait pas disparaître rapidement du débat vidéoludique français.
Source : 3DJuegos



