Spiders est désormais une victime de la procédure de faillite de Nacon, et qui sait ce qui pourrait encore s’effondrer au cours du processus…
La fermeture de Spiders, le développeur de GreedFall et Steelrising, après que sa société mère Nacon n’aurait pas trouvé de repreneur, peut à première vue ressembler à une simple faillite malheureuse. Mais ce n’est pas le cas, du moins selon le syndicat français Syndicat des Travailleureuses du Jeu Vidéo, STJV, qui affirme que la fermeture a peu à voir avec la récente procédure d’insolvabilité et beaucoup plus avec des fautes de gestion supposément intentionnelles.
Le syndicat affirme que depuis l’acquisition de Spiders par Nacon en 2019, ce dernier a empêché le studio de trouver toute voie légitime vers l’autonomie sous son égide. Selon le STJV, cela s’est également produit autour de la décision de fermer le studio, ce qui laisse entendre que la décision de fermer Spiders aurait été prise plusieurs mois plus tôt, lorsque la direction de Nacon a décidé d’annuler les projets développés par le studio, et que Nacon aurait retardé le processus de signature d’un nouveau contrat. Le STJV affirme que Nacon a empêché Spiders de signer des contrats avec d’autres éditeurs, comme s’il voulait s’assurer que Spiders n’ait aucune issue face à la fermeture.
Le syndicat a aussi évoqué l’impact de la disparition de Spiders sur le développement de jeux en France, le pays perdant l’un de ses plus anciens studios, fondé en 2008. Il regrette que le dernier projet annulé du studio, Mist, ne voie jamais le jour, et que les employés du studio se retrouvent sans travail après avoir été faiblement rémunérés. À ce stade, le syndicat appelle au boycott complet des jeux publiés par Nacon.
« Le 29 avril, la liquidation de Spiders a été prononcée. Dans quelques semaines, le studio cessera d’exister. 71 travailleuses et travailleurs perdront leur emploi, leur carrière et leurs revenus en raison de ce que nous considérons comme de l’incompétence et de la malveillance de la part de Spiders et de Nacon. Officiellement, la liquidation s’explique par l’absence de bénéfices suffisants chez Spiders et par l’absence d’offre de reprise. En réalité, il nous semble toutefois qu’elle résulte d’un processus délibéré de la part de Nacon. Spiders était une coquille vide, réduite au rôle de département de Nacon, mais organisée de manière à pouvoir être supprimée à tout moment selon le bon vouloir des dirigeants de Nacon.
Même après le placement de Spiders en redressement judiciaire, Nacon aurait pu signer un contrat avec Spiders. Les administrateurs ont confirmé que Nacon n’avait jamais exprimé l’intention de signer un contrat pour poursuivre l’activité de Spiders, et n’avait donc jamais eu l’intention de sauver l’entreprise. De manière générale, les directions de Spiders et de Nacon ont géré le studio avec négligence. Elles ont notamment ignoré les nombreuses alertes des représentants du personnel concernant la situation économique, la stratégie et la gestion de l’entreprise, qui ont produit de nombreux avis négatifs lors des consultations annuelles obligatoires. À notre avis, tout cela montre que la liquidation est une décision préméditée et délibérée de la direction de Nacon.
Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que le groupe responsable de la disparition brutale de Spiders pille les restes encore chauds de nos emplois. Même si nous espérons que nos jeux continueront d’être appréciés par les joueurs, nous leur demandons de ne pas donner d’argent à Nacon, car cela reviendrait à récompenser le groupe pour ses actes. Malgré le silence assourdissant de l’industrie face à l’effondrement du deuxième plus grand employeur du jeu vidéo en France, la lutte continuera après la disparition de Spiders. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que la malveillance et la mauvaise gestion de Spiders et de Nacon, qui semblent préméditées, ne restent pas impunies », a écrit le STJV.
Le STJV a conclu en affirmant son soutien aux salariés de Spiders, aux développeurs des autres filiales de Nacon qui n’ont pas encore subi toutes les conséquences de la restructuration de Nacon, ainsi qu’à tous les travailleurs de l’industrie du jeu vidéo qui luttent pour survivre dans ce secteur. Ce n’est pas la première fois que les employés de Spiders représentés par le STJV prennent la parole contre la direction.
En août 2024, des membres de l’équipe de Spiders avaient écrit une lettre ouverte et appelé à la grève afin d’attirer l’attention de la direction sur la mauvaise ambiance au sein du studio et sur le fait que la direction niait d’emblée l’existence des problèmes.



