ACTUALITÉS CINÉMA – La nouvelle adaptation en quatre épisodes du Conte de deux cités cherche volontairement à rapprocher le roman de Charles Dickens, vieux de 167 ans, du public actuel. Kit Harington, qui incarne Sydney Carton et participe également à la production, explique que la série conserve son cadre historique mais modernise le langage, donne beaucoup plus d’autonomie à Lucie Manette et transforme le célèbre triangle amoureux en conflit émotionnel susceptible de parler directement aux jeunes spectateurs.
Le Conte de deux cités de Charles Dickens a déjà connu de nombreuses adaptations, mais la nouvelle version en quatre épisodes diffusée par MGM+ ne cherche pas à reproduire mécaniquement le roman. Kit Harington, interprète de Sydney Carton et producteur exécutif de la série, a expliqué à MovieWeb que l’équipe voulait rendre les relations entre les personnages beaucoup plus proches des sensibilités contemporaines. Le contexte historique et les tensions politiques restent essentiels, mais l’adaptation place davantage au premier plan les rapports entre Carton, Charles Darnay et Lucie Manette. L’objectif est de faire oublier la distance qui peut exister entre le spectateur moderne et des personnages issus d’un classique du XIXe siècle.
Pour Harington, certains éléments du roman portent évidemment la marque de leur époque, mais son cœur émotionnel demeure étonnamment actuel. Le triangle amoureux qui unit deux hommes très différents à la même femme en constitue le meilleur exemple. L’acteur estime que les jeunes générations sont particulièrement familières avec les relations complexes, les sentiments contradictoires et l’idée que l’on puisse éprouver de l’amour pour plusieurs personnes à la fois. La série transforme donc cette situation en véritable moteur dramatique plutôt qu’en simple intrigue sentimentale secondaire.
Le langage est modernisé sans déplacer l’histoire à notre époque
L’un des changements les plus visibles concerne les dialogues. Les scénaristes n’ont pas cherché à conserver à tout prix les formulations victoriennes de Dickens, qui pourraient aujourd’hui créer une distance supplémentaire avec le public. Les personnages utilisent un langage plus direct, plus émotionnel et plus immédiatement compréhensible. L’action reste néanmoins dans son cadre historique : il ne s’agit pas de transposer le récit au XXIe siècle, mais de rendre les personnages moins étrangers à ceux qui les regardent.
Lucie Manette est probablement celle qui bénéficie de la transformation la plus importante. Dans le roman, elle joue un rôle fondamental dans les parcours de Sydney Carton et Charles Darnay, mais elle fonctionne souvent comme la force qui provoque les choix des deux hommes plutôt que comme l’architecte de son propre destin. La série donne beaucoup plus d’espace à la Lucie de Mirren Mack. Elle possède ses propres ambitions, prend des décisions et fait avancer l’intrigue directement au lieu de rester uniquement le centre des sentiments masculins.
Harington souligne que l’équipe voulait offrir davantage d’autonomie et de volonté aux personnages, et cette intention apparaît particulièrement dans le traitement de Lucie. Son histoire ne se contente plus d’accompagner celles de Carton et Darnay. Elle choisit elle-même sa direction, ce qui transforme également la nature du triangle amoureux. La série ne présente donc plus simplement deux hommes rivalisant pour obtenir l’amour d’une femme, mais trois personnes dont les décisions modifient profondément la vie des deux autres.
Kit Harington et François Civil incarnent deux sosies qui sont presque opposés en tout
La relation entre Sydney Carton et Charles Darnay reste néanmoins au centre des quatre épisodes. Le Carton interprété par Harington et le Darnay de François Civil se ressemblent physiquement, mais sont presque opposés sur les plans moral et émotionnel. Carton est autodestructeur, instable et marqué par ses propres échecs, alors que Darnay aborde la vie depuis une position très différente. Tous deux sont attirés par Lucie, mais la série utilise cette situation pour observer la manière dont trois personnalités distinctes se transforment lorsqu’elles deviennent impossibles à séparer.
L’adaptation condense ainsi le vaste roman de Dickens en drame beaucoup plus centré sur ses personnages. Les bouleversements historiques restent présents et la menace de la révolution continue de peser sur l’ensemble du récit, mais la série revient constamment aux choix personnels, aux désirs et aux tensions entre les protagonistes. Le résultat ressemble davantage à un drame relationnel de prestige enveloppé dans un thriller historique qu’à une adaptation où l’Histoire elle-même écraserait tout le reste.
Les nouvelles versions des grands classiques littéraires peuvent aujourd’hui suivre des voies extrêmement différentes. Certaines restent très proches du texte, comme Raison et sentiments d’Ang Lee ou la version BBC de 1995 d’Orgueil et Préjugés, tandis que d’autres choisissent des réinterprétations beaucoup plus libres, à l’image des nouveaux Les Hauts de Hurlevent et À l’est d’Éden. Le Conte de deux cités cherche à se placer entre ces deux extrêmes en conservant l’intrigue et le contexte historiques tout en modifiant profondément les rapports entre les personnages.
Cette approche transforme la série MGM+ en drame relationnel historique dont les protagonistes sont davantage développés et moins enfermés dans des archétypes. Ils peuvent être ambitieux, contradictoires, fragiles ou difficiles, tandis que leurs erreurs deviennent aussi importantes que les événements historiques qui les entourent. C’est précisément ainsi que Harington pense que Dickens peut encore parler au public 167 ans plus tard : non pas en transportant son histoire dans le présent, mais en rendant ses conflits humains suffisamment immédiats pour qu’une nouvelle génération puisse les reconnaître.
Source : MovieWeb



