La blague de Monkey Island que le Fidesz a transformée en scène politique beaucoup trop exacte

Rares sont les répliques issues de l’humour vidéoludique du début des années 1990 qui collent aussi brutalement à une élection interne hongroise : « Quand il n’y a qu’un seul candidat, il n’y a qu’un seul choix. » La plaisanterie sarcastique de l’affiche de campagne d’Elaine Marley dans The Secret of Monkey Island ressemble désormais à un commentaire politique involontaire, après la réélection de Viktor Orbán à la présidence du Fidesz sans aucun concurrent.

 

Dans le classique de Lucasfilm Games, une affiche de campagne en faveur de la gouverneure Marley apparaît près des quais de Mêlée Island. La blague est courte, sèche et implacable : Guybrush Threepwood regarde l’affiche et lit cette formule, « Quand il n’y a qu’un seul candidat, il n’y a qu’un seul choix. » Elle fonctionne parce qu’elle n’a pas besoin d’explication. Un vote avec un seul candidat peut encore conserver les accessoires d’une élection, mais le suspense, lui, a déjà sauté par-dessus bord.

C’est ce qui rend le congrès de renouvellement du Fidesz du 13 juin si étrangement familier. Viktor Orbán s’est présenté à la présidence du parti sans adversaire. Les chiffres rendent la mise en scène encore plus nette : Reuters, citant l’agence de presse hongroise MTI, a rapporté que 729 délégués sur 737 avaient voté pour sa réélection, sans qu’aucun autre candidat ne se présente. Index a également indiqué qu’Orbán était redevenu le président du Fidesz avec 729 voix, tandis que seuls huit délégués n’avaient pas voté pour lui.

La force comique de la comparaison tient à la précision avec laquelle Monkey Island avait déjà résumé ce type de rituel. Le jeu ne donnait pas un cours sur les habitudes autoritaires ou la démocratie interne des partis. Il se contentait de placer une affiche électorale dans une ville de pirates et de laisser une seule phrase faire tout le travail. Dans le cas d’Elaine Marley, cela relevait de la farce caribéenne, d’un gag de décor charmant dans un monde de pirates, d’escrocs et de théâtre civique grotesque. Dans la version du Fidesz, le même mécanisme n’est plus un gag, mais un congrès bien réel.

Le congrès a pourtant tenté d’habiller l’ensemble avec le vocabulaire du renouveau. Le Fidesz a parlé de transformation organisationnelle, de nouveau rôle dans l’opposition, de reconstruction, de passage de relais générationnel et d’une autre manière de faire de la politique. Selon Telex, Orbán a expliqué que le parti devait s’adapter à son rôle d’opposition, avant de faire comprendre plus tard qu’il n’avait aucune envie de se transformer lui-même. La contradiction ressemble presque à une énigme de point-and-click déjà prête : comment annoncer le renouveau tout en reconduisant, sans concurrence, le même dirigeant unique ?

C’est pour cela que la phrase de Monkey Island tombe aussi juste. Elle ne parle pas seulement du fait qu’une seule personne se présente. Elle pointe l’écart comique entre la forme du choix et la réalité du choix. L’affiche dit en substance : voici les accessoires de la démocratie, voici la campagne, voici le vote, voici le candidat, et l’alternative a discrètement disparu. Le congrès du Fidesz a rejoué la même logique avec des discours, des délégués et des applaudissements. Un seul homme se présente, la salle vote, et le résultat surprend à peu près autant que le fait de trouver du grog au Scumm Bar.

La différence, c’est que l’affiche d’Elaine Marley appartenait à un univers fictionnel joueur, tandis que la réélection d’Orbán s’inscrit dans l’après-coup d’une longue époque politique. Le Fidesz a présenté un événement sérieux, avec des discours sérieux et une chorégraphie solennelle, mais l’image centrale relève d’une satire de jeu d’aventure. Quand il n’y a qu’un seul candidat, il n’y a qu’un seul choix. Monkey Island l’avait écrit comme une blague. Le Fidesz vient de l’interpréter avec une précision documentaire.

Source : Reuters, Telex, Index, The Adventure Gamer

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