SEGA enterre son rêve Super Game, mais Jet Set Radio et Crazy Taxi survivent

SEGA a officiellement mis fin à l’initiative Super Game, annoncée en 2021. Le plan devait devenir un portefeuille AAA mondial, interconnecté et nouvelle génération, mais la société japonaise reconnaît désormais que la stratégie n’a pas répondu aux attentes internes. Il reste tout de même une bonne nouvelle dans ce recul : les reboots de Jet Set Radio et de Crazy Taxi sont toujours en développement, tandis que SEGA prend enfin du recul face à sa fièvre des jeux-service et du free-to-play.

 

SEGA possède une histoire assez forte pour que certains anciens noms de franchises attirent encore l’attention à eux seuls, mais un héritage puissant ne protège pas toutes les idées commerciales surdimensionnées contre la réalité. En 2021, Super Game ressemblait à l’un des grands axes d’avenir de l’entreprise : il ne s’agissait pas d’un seul titre, mais de projets AAA à gros budget, pensés pour le marché international, avec des sorties multiplateformes, dont certains auraient pu relancer d’anciennes séries disposant d’une base de fans stable. Tout le concept est arrivé exactement au moment où les éditeurs poursuivaient les NFT, le cloud gaming, le modèle GaaS, les structures free-to-play et la monétisation à long terme comme si l’ensemble pouvait automatiquement remplacer de vraies idées de jeu solides. SEGA s’était même associé à Microsoft, en s’appuyant sur l’infrastructure Azure pour donner une base technologique au plan. En 2023, l’entreprise évoquait encore mars 2026 comme une possible échéance pour concrétiser cette stratégie, ce qui paraissait ambitieux à l’époque et ressemble désormais davantage aux restes d’une tendance industrielle coûteuse.

La société japonaise envisageait aussi d’autres partenaires. Sony et Ubisoft ont été mentionnés dans le cadre de collaborations autour de différents jeux-service, mais le public n’a presque rien vu de concret. Il restait surtout de grandes orientations, un langage d’entreprise prudent et des concepts flous, tandis que plusieurs projets devenaient progressivement plus faciles à rattacher à l’orbite Super Game. Celui qui s’est écrasé le plus visiblement fut HYENAS.

Le shooter multijoueur de Creative Assembly, studio surtout connu pour la série Total War, misait pleinement sur le modèle GaaS avant d’être annulé en 2023 après plusieurs années de développement et de lourds investissements. C’était déjà un avertissement fort : si ce titre devait être l’une des vitrines du programme, la stratégie jeux-service de SEGA n’avançait clairement pas aussi proprement que les documents de direction pouvaient le laisser croire. Le dernier rapport financier vient en quelque sorte l’officialiser, puisque l’entreprise indique que Super Game n’a pas atteint les projections internes en matière de volume de jeux prévus, de futures sorties et d’attentes d’investissement. Sonic Rumble Party est également cité parmi les titres associés qui n’ont pas obtenu les résultats espérés.

 

Super Game est mort, mais tous les jeux liés ne l’ont pas suivi

 

Après cette décision, SEGA réduit la priorité accordée aux jeux-service, en particulier aux titres free-to-play, et réoriente une partie de ses ressources vers des développements payants et premium. Après HYENAS, cela ne ressemble pas vraiment à un revirement surprenant, mais plutôt à un retour tardif à la lucidité. Ces dernières années, les éditeurs ont vendu à plusieurs reprises le rêve selon lequel chaque jeu pouvait devenir un service exploitable pendant des années, avant que la réalité ne renverse encore et encore le tableau financier. Un modèle ne devient pas viable simplement parce qu’il paraît élégant dans une présentation, surtout si le jeu lui-même n’est pas assez fort, pas assez attachant, ou s’il arrive trop tard sur un marché déjà saturé.

Pour les fans, l’essentiel reste toutefois ailleurs : l’effondrement de Super Game n’a pas balayé tous les projets qui y étaient liés. Selon SEGA, les reboots de Jet Set Radio et de Crazy Taxi sont toujours en développement, ce qui signifie que l’entreprise n’a pas enterré les titres concrets qui intéressaient réellement le public, mais plutôt la structure commerciale surdimensionnée construite au-dessus d’eux. La nuance compte : les joueurs n’attendaient pas l’étiquette Super Game, ils attendaient de voir ce que SEGA ferait de deux séries marquées par une identité forte et absentes depuis beaucoup trop longtemps.

La restructuration interne touche aussi les équipes, même si le rapport la présente davantage comme une réaffectation que comme une coupe sèche. Plus de 100 employés qui travaillaient auparavant sur des projets free-to-play ont été transférés vers le développement premium. Cela suggère que SEGA ne quitte pas entièrement le marché GaaS, mais réduit la partie qui absorbait trop d’argent, de temps et d’attention pour trop peu de résultats.

L’entreprise n’abandonne pas totalement les jeux-service. Rovio, le studio derrière Angry Birds et propriété de SEGA depuis 2023, continuera de fonctionner comme auparavant, sans changement apparent, ce qui montre assez clairement la différence entre un modèle de service mobile qui fonctionne et un rêve AAA-GaaS devenu trop lourd. SEGA ne jette donc pas tout le concept de jeu-service, mais abandonne la grande vision Super Game, qui essayait de faire tenir trop de tendances sous une seule étiquette.

Le résultat ressemble moins à des funérailles qu’à une correction de trajectoire. La faux est tombée, mais elle n’a au moins pas frappé Jet Set Radio ni Crazy Taxi. Reste à voir si SEGA en tirera vraiment une leçon, ou si l’entreprise tentera dans quelques années de revendre la même impasse industrielle sous un autre nom, avec de nouveaux graphiques et les mêmes promesses brumeuses.

Source : 3DJuegos

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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