ACTUALITÉS CINÉMA – Bien avant de revenir sur grand écran dans un autre rôle solitaire avec Project Hail Mary, Ryan Gosling avait déjà livré l’une des performances les plus étranges et les plus profondément humaines de sa carrière. Sorti en 2007, Une fiancée pas comme les autres reste l’un de ses rôles les plus audacieux, et Roger Ebert y avait reconnu ce type rare de film risqué mais parfaitement tenu, au point de parler d’un résultat profondément satisfaisant.
Réalisé par Craig Gillespie à partir d’un scénario nommé aux Oscars signé Nancy Oliver, Une fiancée pas comme les autres repose sur une idée de départ qui aurait très facilement pu tourner au désastre. Gosling y incarne Lars Lindstrom, un jeune homme timide, maladroit socialement, qui s’attache à une poupée gonflable réaliste commandée sur internet et la présente ensuite comme une véritable compagne. Dit comme cela, le film pourrait ressembler à une machine à blagues douteuses ou à malaise appuyé. Or il refuse précisément ces deux chemins. Au lieu de se moquer de Lars ou de faire de son illusion un ressort comique, il traite sa solitude avec un sérieux total et construit tout son récit à partir de là.
Lars reste profondément marqué par la mort précoce de sa mère et la distance affective de son père, et sa peur du contact physique l’a pratiquement rendu incapable de vivre une relation normale. Son seul véritable point d’appui vient de son frère aîné Gus et de la femme de celui-ci, Karin, mais lorsque Karin essaie de le pousser à sortir de sa coquille, Lars revient avec Bianca et la présente comme sa partenaire. Plus il prend cette fiction au sérieux, plus sa famille s’inquiète. Pourtant, c’est justement là que le film prend la décision qui change tout. Au lieu d’humilier Lars, la petite ville qui l’entoure choisit de jouer le jeu, y compris sa thérapeute, qui comprend que ce dont il a besoin, avant toute chose, n’est pas d’être moqué, mais d’être accompagné avec douceur.
Une fiancée pas comme les autres est un numéro d’équilibriste que Gosling maîtrise avec une précision remarquable
C’est ce qui fait d’Une fiancée pas comme les autres l’un des drames romantiques indépendants les plus tendres et les plus sincères de ces vingt dernières années. Sous son point de départ étrange, le film parle en réalité de solitude, de deuil, de honte et de la possibilité qu’une communauté réponde à la souffrance avec patience plutôt qu’avec cruauté. La performance de Gosling fonctionne parce qu’il ne traite jamais Lars comme une plaisanterie. Il en fait un être blessé, dont chaque regard, chaque hésitation et chaque silence gêné semblent naître d’une douleur authentique. Cela ne rend pas seulement Lars compréhensible, cela le rend impossible à regarder avec distance ou mépris.
Le rôle impressionne d’autant plus qu’il arrive juste après Half Nelson, ce qui permettait déjà de mesurer l’étendue du registre de Gosling. Dans Lars, il mêle innocence, fragilité et profonde fêlure intérieure sans jamais laisser le personnage basculer dans la caricature. Il n’est ni trop sombre, ni trop étrange, ni trop appliqué dans son étrangeté. C’est précisément cet équilibre qui maintient le film debout. S’il avait forcé dans une seule direction, tout se serait effondré. Au lieu de cela, il garde le ton juste du début à la fin.
Roger Ebert a particulièrement salué la précision et la retenue du jeu de Gosling dans Une fiancée pas comme les autres
C’est exactement pour cela que Roger Ebert avait réagi avec autant d’enthousiasme au film. Dans sa critique, il insistait sur le fait qu’Une fiancée pas comme les autres ne devient jamais vulgaire, moqueur ou condescendant, et il estimait que l’un des plus grands mérites du long métrage tenait à la manière très habile dont il évitait tous les pièges évidents de son propre concept. Pour Ebert, la véritable force du film résidait dans sa sincérité absolue, et il parlait même d’une forme de pureté qui portait tout l’ensemble. C’est un éloge particulièrement fort pour un film qui aurait pu si facilement sombrer dans le ridicule.
Ebert a aussi insisté sur la performance de Gosling. Il écrivait que neuf acteurs sur dix auraient sans doute refusé ce rôle, comprenant tout de suite qu’il s’agissait d’un terrain miné pour les mauvais rires, alors que Gosling, lui, livrait au contraire une démonstration de contrôle du ton presque parfaite. À ses yeux, Lars ne devenait ni trop morose, ni trop étrange, ni trop opaque, ni trop démonstratif. Il restait calme, lisible et profondément humain. Le film n’a pas été un immense succès commercial, mais il a bénéficié d’un fort soutien critique et demeure aujourd’hui encore l’une de ces performances de Ryan Gosling dont on parle moins qu’elles ne le mériteraient. Pourtant, c’est souvent dans ce genre de film qu’un acteur révèle le plus, non pas par l’emphase, mais par une prise de risque discrète et une précision rare.
Source: MovieWeb



