TEST – Hollowbody appartient à cette catégorie de survival horror indépendant où la première rue trempée par la pluie suffit à comprendre que le jeu n’a pas été conçu comme une machine à cris bon marché, mais comme un retour aux expériences lentes, sombres et inconfortables de l’ère PS2. Projet porté quasiment seul par Nathan Hamley, il avance très clairement dans l’ombre de Silent Hill 2, mais la mission de Mica, la zone de quarantaine et cette ville humide et délabrée lui donnent assez de personnalité pour ne pas ressembler à un simple exercice de nostalgie. L’ambiance fonctionne, le rythme tient, mais les combats rappellent surtout qu’il y a des vieilleries qu’on pouvait laisser au cimetière.
Il y a quelque chose d’assez sympathique dans un jeu qui ne prétend pas ignorer de quelle vieille étagère horrifique il descend. Hollowbody ne cache pas qu’il a grandi avec Silent Hill 2, les anciens Resident Evil, les survival horror à caméras fixes et les cauchemars un peu raides, mais très efficaces, de l’ère PS2. Le problème n’est pas là. Le problème apparaît généralement lorsqu’un jeu ne copie que la décoration : brouillard, porte fermée, mauvais couloir, bruit étrange, et avec un peu de chance, cela deviendra de l’horreur. Hollowbody vaut mieux que cela. Ce n’est pas une révolution, ni une nouvelle école, mais il comprend que l’inconfort lent peut encore faire plus qu’un seau entier de jumpscares préemballés.
Une mission de secours où chaque choix sent déjà mauvais
L’histoire commence dans un futur proche déjà bien abîmé. Après une catastrophe bioterroriste sur la côte ouest des îles Britanniques, une partie de la région a été isolée, des villes infectées ont été repoussées derrière des murs, puis des frappes orbitales ont tenté d’effacer ce qui restait dans la zone de quarantaine. Soixante ans ont passé, et l’endroit ressemble moins à une ville qu’à une tombe industrielle que tout le monde a accepté d’oublier. Mica, transporteuse clandestine sans licence, ne s’y rend pas pour jouer les héroïnes. Elle y va parce que sa compagne, Sasha, y a disparu douze jours plus tôt. Cette motivation personnelle reste simple, mais elle fonctionne : pas de sauvetage du monde, seulement une mission de secours née d’une mauvaise décision.
Les premières minutes laissent entrevoir un monde plus cyberpunk : véhicules volants, technologie futuriste, carte numérique, moyens de communication, arrière-plan plus vaste qui aurait pu donner naissance à un vrai tech-noir horrifique. Puis Mica s’écrase, et le jeu se replie presque immédiatement dans la ville abandonnée, où le futur disparaît au profit d’un passé laissé là depuis soixante ans. Sur le plan de l’atmosphère, cela fonctionne, mais une frustration subsiste : Hollowbody montre un univers plus fort et plus audacieux, puis le range vite dans le placard parce qu’il est plus prudent de rester sur la route connue de la ville abandonnée.
La ville fait vraiment peur, le reste accompagne
Lorsque Mica poursuit sa route à pied, Hollowbody trouve enfin son rythme. La ville fermée n’est ni belle, ni élégante, ni cinématographique au sens lustré du terme. Elle est humide, froide, rance et fatiguée. La pluie frappe doucement l’asphalte, les rues sombres ne montrent presque plus aucune vie, et les intérieurs sont remplis d’objets ordinaires qui rendent l’abandon bien plus inquiétant. Appartements, rues, cimetière, égouts, gare et courts passages souterrains s’enchaînent comme des décors contrôlés plutôt que comme de vastes espaces ouverts. Pour un survival horror d’environ trois heures et demie ou quatre heures, cette structure resserrée fonctionne, parce qu’elle évite le marathon de clés et de portes où la peur se transforme discrètement en paperasse.
Les caméras fixes jouent un rôle essentiel. Elles ne sont pas là seulement par nostalgie, mais parce qu’elles donnent aux scènes une composition, une incertitude et une distance inconfortable. Le jeu est à son meilleur lorsqu’il ne cherche pas à vous faire peur directement, mais place simplement la caméra au mauvais endroit et laisse votre esprit terminer la menace. Sur PS5 Pro, le jeu a tourné de manière stable, même s’il ne s’agit évidemment pas d’une démonstration technique destinée à faire fondre la console. Hollowbody fonctionne non parce qu’il empile les polygones, mais parce que ses pièces sombres, ses couloirs mal éclairés, ses rues mouillées et sa biomasse de body horror créent une humeur désagréable. L’ambiance sonore est elle aussi l’une de ses meilleures armes : elle ne vous jette pas la peur au visage, elle s’installe lentement sur vos épaules.
L’ambiance attire, les combats rappellent la réalité
Le gameplay repose sur des bases classiques du survival horror : recherche d’objets, portes verrouillées, documents, munitions limitées, énigmes simples et progression prudente dans l’obscurité. Les énigmes sont peu nombreuses et rarement très difficiles, mais elles donnent un rythme correct. Ce n’est pas forcément un défaut, car Hollowbody veut offrir une expérience d’horreur compacte, pas une salle d’évasion avec de la rouille sur les murs. Le vrai problème vient du corps-à-corps. Mica finit par accéder à plusieurs armes de mêlée, mais elles ne se différencient pas assez, la distance de frappe se juge difficilement, et il faut souvent s’approcher trop près des ennemis. Trop souvent, la question n’est pas de savoir si l’on a mal joué, mais si le système a compris la distance autrement que nous.
Les armes à feu fonctionnent mieux, surtout grâce au verrouillage de cible, mais les munitions sont limitées, ce qui pousse naturellement le joueur à revenir au corps-à-corps. C’est là que l’amour de Silent Hill 2 devient dangereux : tout ce qui était attaché à ce chef-d’œuvre n’a pas bien vieilli. Le design des ennemis manque aussi de variété. Il y a une vraie gêne organique et les premières rencontres peuvent tendre l’atmosphère, mais les créatures deviennent vite des obstacles plus que des menaces mémorables. Hollowbody reste donc un petit survival horror solide, attachant et parfois très efficace, qui comprend beaucoup mieux l’ambiance que le combat. Ce n’est ni un chef-d’œuvre, ni un jalon du genre, mais pour une soirée pluvieuse, il vous emmène exactement au mauvais endroit, et plutôt correctement.
Le jeu a été testé sur PS5 Pro.
-Gergely Herpai « BadSector »-
Pro:
+ Une atmosphère d’horreur humide et convaincante
+ Un hommage survival horror PS2 bien senti
+ Court, ramassé, sans remplissage inutile
Contre:
– Des combats au corps-à-corps imprécis et raides
– Trop peu d’ennemis vraiment mémorables
– Le cadre cyberpunk passe trop vite au second plan
Éditeur : Headware Games
Développeur : Headware Games / Nathan Hamley
Genre : survival horror, aventure
Date de sortie : 12 septembre 2024 (sortie PC originale)
Hollowbody
Jouabilité - 6.3
Graphismes - 7.4
Histoire - 6.8
Music/audio - 8
Ambiance - 7.5
7.2
CORRECT
Hollowbody est un survival horror indépendant court et atmosphérique, porté par une vraie affection pour les classiques PS2. Ses combats, son bestiaire et son cadre cyberpunk sous-exploité le limitent, mais l’ambiance le porte jusqu’au bout. Ce n’est pas parfait, ce n’est pas fondateur, mais cela fonctionne.





