TEST – Au premier regard, Thick As Thieves ressemble à une expérience d’infiltration modeste, bon marché et un peu étrange, mais le nom d’OtherSide Entertainment porte forcément l’ombre de Warren Spector et l’héritage de System Shock, Deus Ex et Epic Mickey. Le jeu ne cherche pas à raconter une grande histoire ; il préfère proposer des cambriolages courts, tendus, beaucoup de débrouille et de l’infiltration coopérative – avec un nombre d’idées assez surprenant compte tenu de son prix de lancement.
Thick As Thieves a déjà réussi un coup assez malin avec son prix. Autour de sa sortie, le jeu d’OtherSide Entertainment était disponible pour cinq euros, soit une somme presque suspectement basse en 2026 pour un projet associé au nom de Warren Spector. C’est précisément pour cela que cette décision a du sens : à ce prix, on pardonne beaucoup plus facilement à un jeu de ne pas être encore totalement abouti, surtout lorsque l’on voit déjà une base solide, clairement capable d’être enrichie.
Cela ne veut pas dire que Thick As Thieves n’est intéressant que pour son prix. Le jeu s’appuie sur des réflexes d’infiltration venus de Thief et de Dishonored, mais il pense en missions plus petites, plus rapides et plus faciles à digérer. Ce n’est pas un immense immersive sim épique, mais plutôt un jeu de casse compact où le vol, le déplacement silencieux, l’exploitation de la lumière, l’évitement des gardes et l’utilisation intelligente des gadgets forment le cœur de l’expérience. Si l’on a quelqu’un avec qui jouer, le résultat fonctionne nettement mieux, mais l’expérience en solo n’est pas sans intérêt non plus.
Un voleur qui sait se faufiler
Thick As Thieves ne repose pas sur son histoire, parce qu’il n’en a pas vraiment beaucoup. Une scène d’ouverture façon bande dessinée pose le décor, puis une mission tutorielle présente l’idée de la guilde des voleurs en même temps que les mécaniques de jeu, avant de nous laisser partir voler. Cette structure n’a rien d’un hasard : le jeu a d’abord été pensé comme une expérience multijoueur, ce que son prix de lancement confirme aussi, et dans ce type de concept, le but n’est pas de forcer les joueurs à regarder de longues cinématiques. Quand quelques amis se réunissent pour jouer, personne n’a envie de subir vingt minutes d’exposition alors que le cambriolage pourrait déjà commencer.
Après le tutoriel, on se retrouve dans notre repaire, qui sert de centre principal. C’est là que l’on peut débloquer de nouveaux environnements, acheter de l’équipement et utiliser des objets cosmétiques. Chaque carte propose généralement un objectif principal : à Elway Manor, par exemple, il faut trouver trois urnes, dont les emplacements changent souvent. Un contrat spécifique vient aussi toujours modifier un peu la tâche et ajouter un objectif supplémentaire. Ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est utile, car cela améliore la rejouabilité et compense en partie le fait que le contenu actuel n’est pas énorme.
En tant que voleurs, il faut évidemment faire le moins de bruit possible. La visibilité dépend de la lumière ambiante, les tours de garde peuvent être neutralisées, les serrures peuvent être crochetées, et il vaut mieux éviter les gardes – ou les détrousser, si l’on ne veut pas les assommer. L’éventail d’outils n’est pas superficiel : les bombes fumigènes limitent le champ de vision, le lance-éclats permet de grimper aux murs, et les fées peuvent servir à provoquer les gardes ou à voler. Ce dernier outil paraît un peu à part par rapport au reste, mais il donne aussi au jeu une saveur légèrement étrange qui lui appartient.
Si l’on ressent une impression de Dishonored allégé, ce n’est pas un hasard. Le jeu d’OtherSide Entertainment porte réellement quelque chose de cette logique d’infiltration libre et de résolution de problèmes que la série d’Arkane incarnait si fortement. Il est dommage qu’Arkane, Bethesda et Microsoft ne fassent actuellement pas grand-chose avec Dishonored, car Thick As Thieves rappelle justement qu’il reste de la vie dans cette direction de design.
L’une des meilleures qualités du jeu tient à la liberté qu’il donne dans la résolution des tâches. On peut vraiment faire preuve de créativité, surtout lorsque certaines cartes offrent jusqu’à six étages de zones explorables, remplis d’objets à empocher. Il n’est pas rare de trouver un ou deux objets de valeur dans une seule pièce, et les indices permettent de comprendre où chercher ensuite. Il peut s’agir de notes écrites par des gardes ou d’informations lâchées par d’autres personnages. Plus on vole d’objets mystiques, et plus on en dépose aux bons endroits, plus on gagne d’argent, tout en laissant sa carte de visite sur les lieux.
Prendre le rythme sans se faire prendre
Bien sûr, tous les cambriolages ne se déroulent pas parfaitement. Les gardes peuvent nous attraper. Dans ce cas, on ne meurt pas nécessairement ; on est assommé, avec une petite pénalité tout de même sensible : on perd les objets déjà ramassés si on ne les a pas encore déposés. Cela suggère aussi fortement que les développeurs ont surtout pensé Thick As Thieves comme un projet multijoueur, car ce système fonctionne mieux lorsque les joueurs s’entraident et construisent autour des erreurs des uns et des autres pour tenter de sortir de la carte.
La réapparition existe aussi, parfois dans des endroits assez curieux. Revenir près de toilettes a quelque chose d’inhabituel, mais cela finit par coller au ton légèrement excentrique du jeu. En multijoueur, Thick As Thieves prend un tout autre rythme : l’un des joueurs peut se faire poursuivre par un garde pendant que l’autre pille tranquillement les pièces ou cherche le prochain objet cible. Cette configuration met beaucoup mieux en valeur le cœur du jeu que l’infiltration solitaire, même si jouer seul reste divertissant.
Le compte à rebours impose cependant de toujours surveiller l’horloge. À certains moments, il faut accélérer, car il faut atteindre le point d’extraction à temps. Depuis la sortie, plusieurs améliorations de confort importantes ont été ajoutées : on peut modifier le champ de vision, désactiver le flou de mouvement, et le compte à rebours est au moins visible désormais, consultable sur la carte avec la touche Tab. Au lancement, il ne l’était pas correctement, ce qui était une décision assez gênante pour un jeu bâti autour du timing.
Il reste toutefois assez illogique que si les deux premières étapes ne sont pas correctement accomplies, il faille tout recommencer. Le jeu gère parfois sa logique de mission avec trop de rigidité : il faut d’abord obtenir X objets, puis atteindre une certaine quantité, et si l’on manque quelque chose en route, tout peut repartir du début. Ce n’est pas un défaut fatal, mais dans un jeu construit autour de cambriolages courts, tendus et rejouables, la fluidité de la structure des missions compte beaucoup.
Un bon départ qui demande encore une feuille de route
Thick As Thieves est un jeu divertissant. Il fonctionne en solo, mais il est clairement meilleur avec un autre joueur, parce que le chaos, la diversion, les décisions rapides et la coopération furtive émergent beaucoup plus naturellement dans une expérience partagée. Si les développeurs continuent d’affiner la logique des missions et restent attentifs aux retours après les améliorations de confort déjà apportées, il n’y a pas de gros problème à craindre. On voit déjà que l’équipe écoute, et ce sera nécessaire, surtout puisque les versions PlayStation 5 et Xbox Series X|S n’arriveront que plus tard.
Pour ceux qui ont aimé Dishonored et Thief, Thick As Thieves peut être un achat recommandé. Avec quelqu’un avec qui jouer, c’est encore plus vrai. Son prix très bas joue actuellement clairement en sa faveur, car il rend les limites de contenu et les petites aspérités plus faciles à accepter. Quelques gadgets semblent un peu à part, le compte à rebours et la structure des missions ne sont pas encore toujours élégants, mais la base fonctionne. Si le contenu s’étoffe correctement avant l’arrivée sur les consoles de génération actuelle, le jeu peut aussi devenir un bon achat sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S.
La vraie question concerne plutôt la direction que prendra le projet. Thick As Thieves ressemble aujourd’hui à un apprenti voleur malin et un peu insolent : pas toujours élégant, parfois pris dans ses propres idées, mais déjà clairement entre de bonnes mains. Si OtherSide Entertainment ne l’abandonne pas en chemin, ce lancement à prix minuscule peut encore devenir un très bon jeu d’infiltration coopératif.
-V»-
Pro :
+ Des systèmes d’infiltration qui fonctionnent bien
+ De grandes cartes, avec beaucoup d’objets et d’objectifs
+ Des gadgets majoritairement malins et utiles
Contre :
– Quelques outils semblent à part dans le système
– Moins amusant seul qu’en coopération
– Le compte à rebours et la logique des missions demandent encore des ajustements
Éditeur : Megabit Publishing
Développeur : OtherSide Entertainment
Genre : aventure de casse et d’infiltration en vue subjective
Plateformes : PC, PlayStation 5 et Xbox Series X/S
Sortie : 20 mai 2026
Thick As Thieves
Jouabilité - 8.2
Graphismes - 6.8
Histoire - 5.7
Visuels/Musique/Sons - 6.8
Ambiance - 8
7.1
BON
Thick As Thieves ne cherche pas à convaincre avec une grande histoire, mais avec des cambriolages courts, malins et fondés sur l’infiltration, et il y parvient le plus souvent. La taille des cartes, les gadgets, le potentiel coopératif et le prix très bas jouent en sa faveur, tandis que la logique des missions, le compte à rebours et quelques outils inégaux demandent encore un vrai affinage.





