CRITIQUE DE SÉRIE – La légende de Robin Hood a été recyclée tellement de fois qu’on a presque le réflexe de lever les yeux au ciel dès qu’une nouvelle version pointe le bout de son arc. Et pourtant, cette série réussit là où beaucoup se sont cassé les dents. Elle ne se contente pas d’aligner les signes extérieurs du mythe. Elle remet un être humain au centre de l’histoire, avec ses failles, sa colère, ses blessures et une vraie densité dramatique. Pour une fois, on n’a pas l’impression de revoir un vieux folklore réchauffé, mais de suivre un récit qui a encore du souffle.
Réussir une bonne adaptation de Robin Hood est bien plus compliqué qu’on pourrait le croire. Cela peut sembler étrange, tant la légende est partout et tant ses grandes lignes sont connues de presque tout le monde. Un homme vit dans la forêt, tire à l’arc comme personne, vole les riches et aide les pauvres. Sur le papier, c’est limpide. En pratique, c’est une autre histoire. Le cinéma comme la télévision échouent souvent à faire de Robert of Locksley un véritable personnage, avec de l’épaisseur, des contradictions et une existence propre, plutôt qu’une silhouette de conte vaguement héroïque. Et ils réduisent trop souvent la bonté à un simple trait de caractère, au lieu d’en faire quelque chose qui se prouve dans les actes. C’est d’ailleurs exactement le même problème avec la majorité des adaptations du roi Arthur, mais ce sera pour une autre exaspération.
Quand la légende retrouve enfin de la chair
Il n’est donc peut-être pas si surprenant que le premier Robin Hood vraiment convaincant à apparaître sur les écrans depuis longtemps n’ait pas débarqué dans un grand barnum promotionnel ou sous l’étiquette d’une série prestige tapageuse, mais sur une plateforme de streaming que beaucoup oublient encore trop facilement. MGM+ héberge pourtant déjà de très bonnes choses, comme la série de guerre Rogue Heroes de Steven Knight ou l’étrange et sinueuse From, mais reste coincée dans l’ombre de Prime Video. Il se pourrait bien que Robin Hood soit la série capable de l’en faire sortir un peu, et ce serait amplement mérité, car il s’agit d’une relecture réfléchie, tenue, et souvent plus fine qu’on ne l’aurait imaginé. Le récit enrichit ses passages familiers grâce à une vraie texture historique, assume ses nuances et offre enfin à plusieurs personnages féminins autre chose qu’une simple fonction décorative ou romantique.
La série est volontiers vendue comme une version plus contemporaine de la légende, alors que le mot juste serait sans doute plus ample, ou plus complète. Cette adaptation s’intéresse autant au monde dans lequel Rob évolue qu’au héros qu’il finira par devenir, ce qui en fait une origin story qui ne cherche pas à adoucir artificiellement les douleurs de la croissance. Les personnages ont le droit d’être maladroits, de se tromper et de faire des choix qui comptent vraiment. L’intrigue se déroule dans l’Angleterre du XIIe siècle, sous le règne d’Henri II, et relit la légende à travers le conflit culturel et social entre les Normands et les Saxons, relégués au second plan sur leur propre terre. Si l’on veut chipoter sur le plan historique, la série prend évidemment quelques libertés – à l’époque d’Henri II, le souvenir d’Hastings restait lourd, mais une identité anglaise plus mélangée commençait déjà à émerger -, donc oui, ce cadre reste parfois un peu approximatif, mais cela pourrait aussi donner à une future saison matière à aller plus loin.
Derrière l’arc, il y a enfin quelqu’un
Ici, Robert of Locksley (Jack Patten) est réinventé comme le fils de Hugh (Tom Mison), un ancien seigneur saxon dépouillé de ses terres par les Normands puis rabaissé au rang de forestier royal, tandis que le domaine familial est confié à l’odieux comte de Huntingdon (Steve Waddingham). Rob grandit donc dans un village bien plus pauvre, mais aussi plus solidaire, plus chaleureux et plus humain. Il apprend à manier l’arc avec une redoutable habileté, supporte mal les efforts de sa mère (Anastasia Griffith) pour lui enseigner le normand-français, et grandit au son des récits consacrés à Godda, déesse de la forêt qui veille parfois sur les guerriers saxons. Il retourne aussi en cachette près de son ancienne demeure, et c’est là qu’il rencontre Marian (Lauren McQueen), la fille de Huntingdon, bien plus douce et bien moins enfermée dans son rang que son père.
La romance contrariée semble presque écrite d’avance, mais Robin Hood a l’intelligence de ne pas forcer immédiatement la dimension mythique de leur relation. La série laisse d’abord Rob et Marian exister comme deux jeunes gens qui apprennent à se connaître, et cela donne à leur lien quelque chose de simple, de tendre et de très naturel. Jack Patten et Lauren McQueen fonctionnent très bien ensemble, et leur duo devient vite attachant. On a envie d’y croire, même lorsque l’écart entre leurs mondes respectifs vient régulièrement gripper la mécanique. Les choses se compliquent encore lorsque Hugh, le père de Rob, entre en conflit avec le shérif de Nottingham (Sean Bean), ici réinventé comme le cousin d’Henri II, et que les Locksley se retrouvent brutalement rejetés hors de la protection de la loi normande. À mesure que Rob est poussé vers des choix plus lourds, plus risqués et plus déterminants, il s’éloigne de la vie qu’il pensait mener et s’avance, presque malgré lui, vers le chemin qui fera de lui une légende.
Et le reste du monde existe aussi
Une grande partie de cette première saison en dix épisodes fonctionne comme une origin story à combustion lente, qui introduit progressivement les figures que le public attend déjà, tout en leur donnant des trajectoires qui paraissent réellement neuves. Little John (Marcus Fraser), Friar Tuck (Angus Castle-Doughty) et Will [Scarlet] (Henry Rowley) sont bien présents, mais pas sous les formes usées que l’on croit connaître par cœur. Le rythme posé de la série laisse de l’air aux personnages, aux relations et aux intrigues secondaires, ce qui lui permet de ne jamais se réduire à une simple histoire de hors-la-loi planqués à Sherwood.
Marian est envoyée à la cour pour servir la reine Aliénor d’Aquitaine (Connie Nielsen), et découvre alors un univers bien plus large, où la politique, les rapports de pouvoir et les intrigues prennent soudain toute la place. Le shérif lui-même gagne en relief grâce à sa fille fougueuse, Priscilla (Lydia Peckham), qu’il aime visiblement beaucoup et qu’il a aussi, de manière certes un peu anachronique, élevée pour qu’elle pense par elle-même. Et c’est peut-être là l’une des plus agréables surprises de la série : ces trois personnages féminins ont enfin droit à une véritable profondeur, à une autonomie, à une vie intérieure, là où la plupart des adaptations de cette légende ne leur accordent d’ordinaire qu’un rôle périphérique. À la fois aventure historique, romance qui fonctionne réellement et drame politique, le Robin Hood de MGM+ est une très bonne surprise, nettement plus solide qu’on ne l’aurait cru possible à partir d’un matériau aussi rebattu, et rappelle au passage que même les récits les plus surexploités peuvent encore vibrer lorsqu’on prend enfin le temps de les raconter correctement.
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-Gergely Herpai « BadSector »-
Robin Hood
Direction - 7.2
Acteurs - 7.4
Histoire - 7.1
Visuels/Musique/Sons/Action - 6.8
Ambiance - 7.2
7.1
BON
Ce Robin Hood ne cherche pas à réinventer la légende. Il se contente enfin de la raconter comme il faut. Il lui redonne de la matière, de la tension et un vrai poids émotionnel, là où tant d’autres versions se contentaient de poser joliment en vert devant la caméra. Tout n’atteint pas toujours le centre de la cible, mais cette fois, il y a enfin quelque chose de vivant qui est touché.





