La course – Un Fast & Furious version Temu sous filtre Need for Speed

CRITIQUE DE FILM – La course (titre original roumain: Cursa) arrive dans les salles début février. Si quelqu’un attendait que la Roumanie lance son propre grand spectacle de courses de rue, le voici – sauf qu’il donne l’impression d’un Fast & Furious commandé sur Temu, puis recouvert d’une épaisse couche de Need for Speed. La formule est scolaire: carrosseries brillantes, adrénaline poussée au maximum, poses derrière le volant, et un scénario qui tombe en panne à peu près au moment où les pneus atteignent leur température idéale. En contrepartie, le spectacle visuel et les scènes de course sont étonnamment solides, au point que l’on en vient parfois à croire que l’on regarde un vrai film plutôt qu’un long montage dédié à la culture automobile.

 

Le film accroche là où c’est le plus facile: sur le plan audiovisuel. Bucarest de nuit et la Transfăgărășan semblent avoir été choisies par quelqu’un qui sait parfaitement comment filmer la vitesse. Le design sonore est appuyé, presque physique, parfois même excessif. Ce n’est pas un hasard si l’expression « Fast & Furious roumain » revient souvent, même si ici on reste plus proche de la bravade asphaltée que de l’absurdité planétaire. Sur le plan visuel et rythmique, La course reprend largement l’esthétique brillante et nerveuse du film Need for Speed de 2014: traînées lumineuses, montage serré et cette sensation constante que quelque chose de très cher est sur le point de se produire.

Et des choses coûteuses se produisent effectivement. La production a beaucoup communiqué sur l’utilisation de vraies voitures: selon la presse roumaine, des dizaines de supercars ont été présentes sur le tournage, et les réalisateurs ont fièrement souligné qu’une Lamborghini Huracán STO a réellement été détruite pendant le tournage. Pas d’images de synthèse, pas de solution facile en postproduction, mais une destruction réelle, à un coût réel. C’est l’argument utilisé par La course pour revendiquer son authenticité – il y avait un véritable enjeu, pas seulement de la pose.

 

Une énergie Need for Speed, version roumaine

 

L’histoire appartient clairement à l’école du « simple comme une planche » et ne prétend pas autre chose. Au centre, Andrei (Denis Hanganu), mécanicien et pilote doué, se retrouve plongé dans le monde des courses illégales parce que l’argent manque, la pression monte, les problèmes familiaux s’accumulent et qu’il y a toujours quelqu’un pour dire que la solution est une course de nuit supplémentaire. Le film fait exactement ce que ce type de production propose d’ordinaire: esquisser un milieu dangereux, introduire quelques « gros joueurs » et laisser le bruit des moteurs porter le drame à la place du scénario.

Hanganu assure le service minimum, mais son personnage fonctionne avec à peu près une seule expression faciale et deux vitesses émotionnelles, et son évolution semble se perdre quelque part entre la ligne de départ et l’arrivée. Andi Vasluianu, en revanche, joue clairement dans une autre catégorie; dès qu’il apparaît, les scènes gagnent en poids, les dialogues trouvent un rythme et le film fait brièvement semblant de parler d’êtres humains plutôt que de chevaux-vapeur. Le reste de la distribution est inégal, souvent simplement passable et parfois franchement faible, problème aggravé par les tentatives forcées de modernité façon influenceurs TikTok. Parfois cela passe comme décor; parfois cela tombe en plein malaise.

Côté féminin, l’une des présences les plus visibles est Cristina Ștefania Codreanu, dite Stefania, chanteuse pop roumaine et personnalité médiatique. Elle est indéniablement photogénique, et le package « femme fatale light » fonctionne sur le papier. Le problème, c’est que l’interprétation dépasse rarement la simple pose, ce qui la laisse davantage comme élément visuel que comme personnage réellement construit. Glamour: validé. Crédibilité: souvent absente.

 

Quand l’équipe des cascades porte le film

 

La véritable force de La course réside dans la chorégraphie des courses et son exécution visuelle. Les virages de la Transfăgărășan, les courses nocturnes à Bucarest, le travail sonore et le rythme composent une expérience de cinéma automobile qui justifie réellement le prix du billet. Il est évident que ce film n’a pas été assemblé avec un budget de poche; à l’échelle roumaine, c’est un projet clairement ambitieux. La sortie en 4DX renforce aussi l’angle sensoriel, même si ce format court toujours le risque que le siège en fasse plus que la scène.

Les problèmes commencent dès que les pneus qui crissent et les jantes qui brillent quittent l’écran. Les dialogues deviennent simplistes, les motivations transparentes et, dès que le drame pourrait prendre de l’ampleur, le film rétrograde et repart pour un tour. Ce n’est pas fatal, car La course sait exactement ce qu’il est venu faire: un shoot rapide de spectacle et d’adrénaline, avec une histoire qui sert surtout de prétexte pour réaccélérer.

Si vous entrez en salle en attendant une action automobile roumaine qui mélange le vernis du film Need for Speed de 2014 avec l’attitude de rue de Fast & Furious, La course tient sa promesse. Ne cherchez simplement pas une vraie étude de personnages; ici, le « développement » signifie surtout musique plus forte et voitures plus rapides à la fin.

 

Brillant, bruyant et parfois épuisant

 

La course est le genre de film qui cherche à vous convaincre par ses cascades et sa photographie, pas par son scénario. Le spectacle visuel est solide, les courses ont du mordant et l’on a souvent l’impression que de vraies machines travaillent, pas un fond vert. L’histoire, en revanche, est d’une simplicité douloureuse, et les performances varient: Andi Vasluianu relève le niveau, Denis Hanganu fait le travail, et Stefania fonctionne mieux comme atout visuel que comme actrice. Au final, c’est un film d’action automobile correct mais imparfait, qui nourrit les yeux et laisse le cerveau à peine plus qu’un haussement d’épaules.

-Gergely Herpai “BadSector”-

 

La course

Direction - 6.2
Acteurs - 5.8
Histoire - 4.5
Visualité/action/musique/sons - 7.8
Ambiance - 6.3

6.1

CORRECT

La course impressionne davantage par son spectacle visuel et son action automobile que par son intrigue minimaliste, évoquant souvent l’esthétique du film Need for Speed de 2014. L’histoire est sommaire, les dialogues parfois maladroits, et plusieurs personnages relèvent plus du décor que de la caractérisation. Une séance efficace sur le moment, brillante, bruyante, et exactement aussi fatigante qu’un dérivé Fast & Furious version Temu peut le laisser présager.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)