The Legend of Heroes: Trails Beyond the Horizon – Retour en Zemuria

TEST – Avec la saga Trails désormais forte de treize épisodes, Nihon Falcom rappelle qu’il ne vit pas uniquement sur l’aura de Ys. La conclusion du grand arc précédent laisse pourtant un goût particulier: cet épisode fait à la fois figure de nouveau départ et de passage de relais, et l’on sent parfois les auteurs en pleine recherche d’équilibre. JRPG ambitieux, riche en qualités, il a cependant un défaut majeur: il n’a aucune envie de servir de porte d’entrée aux nouveaux venus.

 

Le jeu peut se montrer plutôt indulgent par moments, sans jamais donner l’impression de tenir la main. Il part du principe que vous allez suivre, et c’est à vous de vous adapter – surtout si vous débarquez sans bagage.

 

 

Des débuts laborieux

 

Il est rare qu’une suite se soucie si peu de séduire les nouveaux joueurs, et The Legend of Heroes: Trails Beyond the Horizon assume pleinement ce choix. C’est un épisode pensé d’abord pour les fidèles, ce qui crée une situation paradoxale: le jeu est vraiment bon – peut-être l’un des meilleurs Trails – mais il devient vite hostile pour qui n’a pas suivi la série. On pourrait presque défendre l’idée de deux notes différentes selon votre historique avec la franchise.

Troisième volet du fil Calvard, il s’inscrit directement après les deux Trails Through Daybreak et pousse encore un peu plus le continent de Zemuria vers sa fin prophétisée. Dans ce contexte, la République de Calvard mise sur un programme spatial, et ce choix se rattache à l’équipe de Van Arkride, ce qui permet des retrouvailles et des croisements attendus – notamment avec le Père Kevin Graham (héros de Trails in the Sky the 3rd) et Rean Schwarzer (figure centrale de Cold Steel). Falcom a pris un risque en concentrant l’expérience sur ce qui fonctionnait le mieux auparavant, et l’essentiel fonctionne – simplement, il faut du temps avant de le sentir.

Car le premier acte est d’une lenteur redoutable. Si vous jugez le jeu sur ses premières heures, vous risquez d’abandonner bien trop tôt. Les références au contexte, aux événements passés et aux personnages secondaires s’enchaînent, et si vous découvrez Trails ici, cela peut ressembler à une punition: les vétérans sont récompensés, les nouveaux sont laissés à distance. La structure, elle, repose sur trois trajectoires (Van, Kevin, Rean) qui se croisent régulièrement. On peut les aborder dans l’ordre que l’on veut, et elles s’appuient sur les moments forts des autres – une fois passé ce premier chapitre interminable, le rythme devient nettement plus sain.

Quand le jeu se met enfin en place, il frappe juste. Chaque protagoniste porte un thème différent: Kevin travaille la question morale et le poids du devoir, Rean joue la corde nostalgique, Van s’ancre davantage dans les relations humaines. Ensemble, ces axes s’additionnent dans une narration plus large, et l’écriture tient la route. Les dialogues sont solides, et la localisation s’en sort très bien – NIS America mérite ici sa part de crédit. La série n’a jamais manqué de personnages, et cet épisode continue d’élargir le casting. Quant à l’organisation Ouroboros, son nom évoque vaguement Resident Evil 5 – mais il est probable que ce soit un clin d’œil que personne ne partage.

 

 

Plus beau, plus dense, plus généreux

 

Le jeu sait aussi surprendre par certains personnages. Ulrika, streameuse de la génération Z, divisera forcément: soit elle exaspère, soit elle amuse par son excès même. Au-delà de ce cas, on sent que Falcom ne traite ni les lieux ni les seconds rôles à la légère. Edith, la capitale, a de la vie, du relief, et une vraie présence.

Le souci du détail va jusqu’à des touches presque absurdes, comme ce « journal des douceurs » tenu par l’équipe au fil des villes. Mais c’est aussi ce qui donne de la texture à l’ensemble. Côté combats, les ajustements sont réels. On reste sur un mélange action et tour par tour: on engage d’abord en temps réel, puis on bascule vers la partie plus classique via les shards. Le Brave Order (hérité de Cold Steel) est de retour, les Boost Gauges distribuent des bonus, la Zone of Control ralentit l’action tout en accélérant la gestion des jauges de break, et l’Awakening augmente la puissance offensive. L’Orbment est toujours là, tout comme la Brave Link Tactics Zone qui encourage les attaques combinées.

Le revers, c’est que l’ensemble peut rendre le jeu trop facile. Une fois les systèmes assimilés, on peut aplatir la difficulté sans même s’en rendre compte, alors même que les développeurs conservent ce qui marchait auparavant. En revanche, sur le plan visuel et au niveau des animations, il y a un vrai pas en avant. Et en termes de durée, le contrat est respecté: cinquante heures se remplissent sans peine, et le double n’a rien d’impossible si vous cherchez à tout voir.

 

 

Le bilan

 

The Legend of Heroes: Trails Beyond the Horizon mérite clairement son 8/10. Il est très réussi, mais il traîne quelques limites – et surtout un démarrage qui risque de repousser ceux qui n’ont pas la patience, alors même que le meilleur arrive plus tard. Malgré cela, il reste un excellent JRPG, à condition d’accepter ses choix et son rythme.

Si vous ne connaissez pas la franchise, ce n’est pas l’épisode par lequel commencer: vous passerez à côté d’une quantité énorme de références et de sous-entendus. Au final, c’est un très bon jeu, pas un chef-d’œuvre absolu. Falcom a tenté, a osé, et souvent il touche juste – mais il vous demande de tenir jusqu’à ce que la machine se mette enfin à tourner à plein régime.

-V-

Pro :

+ Une amélioration sensible dans la plupart des domaines
+ Un mélange efficace entre pression en temps réel et tactique au tour par tour
+ Trois fils narratifs entremêlés, bien écrits et complémentaires

Contre :

– Très mauvais point de départ pour les nouveaux: trop de contexte manquant
– Une difficulté souvent trop basse une fois les systèmes maîtrisés
– Un début interminable

Développeur : Nihon Falcom, PH3 GmbH

Éditeur : NIS America

Date de sortie : 15 janvier 2026

Genre : JRPG

The Legend of Heroes: Trails Beyond the Horizon

Jouabilité - 7.8
Graphismes - 8.2
Histoire - 8.8
Musique/Audio - 7.7
Ambiance - 7.5

8

EXCELLENT

Une expérience agréable et divertissante, qui reste rarement indigeste malgré ses ambitions.

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Grabbing controllers since the middle of the nineties. Mostly he has no idea what he does - and he loves Diablo III. (Not.)