Une promesse AAA à 4,5 milliards de HUF, avec 3,5 milliards de financements d’origine publique – Que développe réellement Neocore ?

OPINION – Au cours de l’année écoulée, 3,5 milliards de HUF ont été mobilisés autour du prochain grand jeu de Neocore par l’intermédiaire de deux canaux distincts de financement d’origine publique, alors que nous ne savons toujours pas officiellement à quel jeu ces financements sont destinés. En réponse à nos questions, Focus Ventures a clarifié les principaux éléments financiers de son investissement de 2 milliards de HUF, tandis que les données publiques permettent désormais d’identifier un titre possible : tout indique que Broken Sea pourrait être le grand projet du studio. Neocore ne l’a toujours pas confirmé, et les sources publiques que nous avons examinées ne permettent toujours pas de connaître les conditions détaillées de la subvention publique directe de 1,5 milliard de HUF. La question n’est donc plus de savoir si quelque chose se prépare en coulisses, mais quel jeu, quels engagements professionnels et quel montage financier vérifiable se cachent réellement derrière cette promesse AAA de 4,5 milliards de HUF.

 

En principe, il faudrait se réjouir de voir enfin l’attention de l’État se porter non seulement sur l’industrie automobile, les usines de batteries et les sites d’assemblage, mais aussi sur le développement de jeux vidéo. Soutenir l’industrie hongroise du jeu vidéo n’a rien de scandaleux en soi ; cela pourrait même constituer une décision stratégique attendue depuis longtemps. Neocore n’est pas non plus une société fantôme : selon la présentation officielle du studio, il s’agit d’un développeur indépendant actif depuis 2005, tandis que la HIPA, l’agence hongroise de promotion des investissements, met en avant plus de 100 professionnels, 13 jeux propriétaires et des revenus provenant intégralement de l’exportation. C’est précisément pour cette raison que la question n’est pas de savoir pourquoi l’entreprise reçoit de l’argent, mais à quoi cet argent est destiné, dans quelles conditions, et sur quelle base l’État qualifie de AAA un projet que le développeur n’a même pas encore officiellement présenté.

La structure de financement actuellement connue se compose de deux éléments distincts. En juillet 2025, Focus Ventures a annoncé un investissement de 2 milliards de HUF dans le groupe NeocoreGames, en le reliant explicitement au jeu au « plus gros budget de l’histoire du studio ». En février 2026, la communication gouvernementale et la HIPA ont annoncé que NeocoreGames Development Kft. – l’équivalent hongrois d’une SARL – lançait à Budapest un projet de R&D de 4,5 milliards de HUF, soit environ 11,3 millions d’euros, accompagné d’une subvention publique directe de 1,5 milliard de HUF. Selon la formulation officielle, ce projet pourrait donner naissance au « premier jeu vidéo AAA entièrement développé en Hongrie ».

Dans une réponse adressée à notre rédaction, Focus Ventures a précisé que les 2 milliards de HUF avaient été investis dans NeocoreGames Holding Zrt., une société hongroise par actions non cotée. Le financement combine une augmentation de capital et un prêt d’associé, tandis que Focus a acquis une participation minoritaire dans l’entreprise. L’investisseur a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une subvention : l’opération comporte une exigence de rendement conforme au marché, et le capital investi ainsi que le rendement associé doivent être récupérés à la fin de la période d’investissement. Dans le cadre de l’accord, Neocore rend régulièrement compte à l’investisseur de sa situation financière et commerciale.

La réponse a également clarifié un autre point essentiel. L’investissement de 2 milliards de HUF de Focus et la subvention publique de 1,5 milliard annoncée en février 2026 constituent deux mécanismes de financement indépendants, mais tous deux sont destinés au développement actuel du jeu. Il ne s’agit donc ni du même argent comptabilisé deux fois, ni de deux versements issus d’un seul contrat. Deux sources distinctes de financement d’origine publique sont destinées au même développement en cours.

 

Qu’a-t-on réellement annoncé ?

 

Le premier moment important de cette histoire n’est pas février 2026, mais janvier 2025. Dans sa propre communication officielle, Neocore promettait d’annoncer son nouveau jeu au cours de l’année. Le studio le présentait comme son projet le plus ambitieux à ce jour : une nouvelle licence, une plus grande ampleur, un progrès technologique majeur et une direction artistique plus audacieuse. Selon l’entreprise, les développeurs portaient cet univers en eux depuis de nombreuses années, tandis que le genre devait constituer une évolution logique par rapport à leur catalogue précédent.

La deuxième étape est le communiqué de Focus Ventures du 10 juillet 2025. Il ne s’agissait plus d’un simple teasing de studio, mais d’une annonce financière concrète. Selon Focus, Neocore développait un jeu vaste et complexe fondé sur un univers original, appelé à devenir « un digne équivalent des œuvres majeures de son genre ». Le communiqué soulignait également que le groupe avait déjà produit 13 jeux répartis entre cinq franchises et vendu plus de 13 millions d’exemplaires dans le monde. Le projet était donc présenté non seulement comme une entreprise culturelle, mais comme un dossier industriel et financier de premier plan.

La dernière réponse de Focus révèle que la cible précise de l’investissement était NeocoreGames Holding Zrt., et que le financement n’était pas un simple achat d’actions, mais une structure combinant augmentation de capital et prêt d’associé. Focus est devenu actionnaire minoritaire et a associé à l’investissement une exigence de rendement conforme au marché. Il s’agit d’une différence importante par rapport à la subvention publique de 1,5 milliard de HUF : l’argent de Focus constitue un investissement destiné à produire un rendement, tandis que l’autre canal apporte un soutien budgétaire direct au projet.

La troisième étape est la communication publique du 6 février 2026. Le Gouvernement hongrois, la HIPA et Creative Hungary ont délivré un message essentiellement identique : NeocoreGames Development Kft. lançait à Budapest un programme de R&D de 4,5 milliards de HUF, bénéficiant de 1,5 milliard de HUF de soutien, créant 12 emplois à forte valeur ajoutée et pouvant produire de nouveaux logiciels, un nouveau moteur de jeu et des outils de création de contenu permettant de développer le « premier jeu vidéo AAA entièrement développé en Hongrie ».

Creative Hungary a également précisé que l’investissement reposait sur sa recommandation professionnelle, après validation de son caractère R&D par l’Office national hongrois de la recherche, du développement et de l’innovation, puis décision du ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur et soutien de la HIPA. La chaîne institutionnelle de décision est donc visible dans ses grandes lignes. Les sources publiques que nous avons examinées ne permettent toujours pas de connaître le fondement juridique détaillé de la subvention de 1,5 milliard de HUF, ses conditions contractuelles, son calendrier de versement, ses étapes de réalisation, ses mécanismes de contrôle et ses éventuelles clauses de remboursement.

La partie Focus est devenue beaucoup plus claire après cette réponse, sans pour autant être totalement transparente. La répartition exacte entre l’augmentation de capital et le prêt d’associé, la durée de la période d’investissement, le taux de rendement précis, le mécanisme de sortie et les étapes commerciales détaillées ne sont pas publics. Certains de ces éléments peuvent raisonnablement relever du secret des affaires dans un contrat d’investissement. Une subvention publique directe justifie toutefois un niveau de transparence nettement supérieur, car il ne s’agit plus d’un investisseur privé prenant un risque commercial dans l’espoir d’un rendement, mais de l’État accordant de l’argent au projet d’une entreprise.

 

Que pourrait réellement développer Neocore ?

 

L’annonce officielle ne révèle toujours pas le nom du jeu, mais les traces publiques ne conduisent plus vers une page totalement blanche. Les données de projets liées au programme Europe créative indiquent que NeocoreGames Development Kft. travaille sur deux développements distincts : Van Helsing: Inkheart est un jeu d’action-aventure plus modeste situé dans un univers existant, tandis que Broken Sea est un RPG tactique narratif construit autour d’un monde de fantasy original. Parmi les deux projets, les informations rendues publiques font clairement de Broken Sea le candidat correspondant le mieux aux expressions « toute nouvelle licence », « plus grand projet à ce jour » et saut technologique majeur.

Selon les descriptions du projet, Broken Sea est un RPG tactique en équipe développé par environ 65 personnes à l’aide de la technologie interne de Neocore. Son récit pourrait être influencé par les missions, les dialogues à embranchements et les décisions du joueur, tandis que les développeurs auraient déjà créé une version jouable ainsi que les outils internes nécessaires à la production des niveaux, des unités, des dialogues et des cinématiques. Cela correspond de façon frappante aux références de la HIPA à un nouveau moteur de jeu, à de nouvelles solutions narratives et à des interfaces de création de contenu, même si aucune des deux parties n’a explicitement confirmé qu’il s’agissait du même projet.

Une offre d’emploi de Neocore décrit un RPG complexe destiné au PC, à la Xbox et à la PlayStation, que l’entreprise qualifie elle-même de projet de niveau AAA. Les missions comprennent la conception d’une interface complexe, de la courbe d’apprentissage, du système de tutoriel et de l’ergonomie des outils de modding. Parallèlement, une fiche non publiée de Broken Sea existe toujours dans la base de données SteamDB, où ses informations ont encore été mises à jour en mars 2026. Aucun de ces indices n’est décisif à lui seul, mais leur ensemble pointe de manière remarquablement cohérente dans la même direction.

D’après les données publiques du projet, l’offre d’emploi de Neocore et les bases de données disponibles, l’un des candidats possibles au grand développement soutenu, et celui qui paraît actuellement le plus solide, est une réactivation moderne et multiplateforme de Broken Sea. Neocore ne l’a pas confirmé, de sorte que l’identité entre les deux projets ne peut pas être considérée comme un fait établi. C’est précisément là que réside le problème : les données publiques du projet, les offres d’emploi et les bases techniques font apparaître davantage d’éléments concrets que les communications officielles annonçant plusieurs milliards de forints de financement.

 

Focus a répondu, mais la présentation officielle et la subvention restent opaques

 

En observant la communication officielle de Neocore, le tableau restait manifestement incomplet en juillet 2026. La page d’accueil de l’entreprise met en avant son catalogue existant, notamment les jeux King Arthur, Warhammer 40,000: Inquisitor – Martyr, les titres Van Helsing et les promotions du moment. Son fil d’actualité public contient des réductions, des DLC et des mises à jour consoles, mais toujours aucun nouveau jeu officiellement nommé, aucune bande-annonce, aucune liste de plateformes et aucune fenêtre de sortie.

Ce silence est d’autant plus remarquable que le studio avait lui-même promis début 2025 une annonce avant la fin de cette même année. La présentation formelle n’a jamais eu lieu, tandis que la réponse de Focus s’est limitée à préciser qu’il s’agissait d’un jeu destiné au marché mondial, dont les détails seraient annoncés par Neocore.

Il n’est donc plus exact d’affirmer que nous ne savons rien du développement. Les documents publics indiquent l’existence d’un RPG tactique de plus grande ampleur, construit autour d’un univers original et susceptible de correspondre au projet soutenu. Officiellement, cependant, son titre, la structure précise du gameplay, la direction visuelle, la date de sortie et l’éditeur restent inconnus, tout comme la part des 4,5 milliards de HUF consacrée au développement direct du jeu, à la R&D technologique, aux outils, aux salaires, à la sous-traitance et aux licences.

Et c’est ici que commence la partie inconfortable. Pour un projet de R&D soutenu par l’État, cela reste insuffisant. Non pas parce qu’il faudrait révéler dès le premier jour chaque système de jeu ou chaque retournement narratif, mais parce que le mot « spoiler » ne peut pas devenir une excuse universelle derrière laquelle disparaît l’explication de l’utilisation de 1,5 milliard de HUF d’aide publique directe. Le contenu du jeu peut relever du secret des affaires. Le fondement juridique, l’objectif d’intérêt général et le système de contrôle de la subvention ne devraient pas dépendre d’une future bande-annonce.

 

GTA 6 Grand Theft Auto VI

Que signifie réellement « AAA » ?

 

Il convient de s’arrêter un instant sur ces trois lettres, car en Hongrie, le terme « AAA » est souvent employé comme s’il s’agissait d’une certification officielle ou d’un label de qualité. Ce n’est pas le cas. Un glossaire publié par la Competition and Markets Authority britannique, l’autorité chargée de la concurrence au Royaume-Uni, classe les jeux AAA parmi les projets les plus populaires, les plus coûteux et les plus intensifs sur le plan technologique ou graphique, généralement produits par de grands studios avec des besoins considérables en temps et en financement. AAA n’est donc pas une classification officielle, mais un terme industriel impliquant un budget élevé, une ambition technologique sérieuse, une forte qualité de production et une large présence commerciale.

Dans la presse vidéoludique française, on parlerait surtout de « niveau de production » pour désigner la qualité visible et audible de l’exécution. Il ne s’agit pas simplement de beaux graphismes. Cela englobe les animations, les expressions faciales, la capture de mouvements, le doublage, la localisation, la finition de l’interface, la mise en scène, la musique, le mixage sonore, la stabilité des performances, la richesse du monde, la quantité de contenu et l’optimisation sur les différentes plateformes. C’est cette impression générale, difficile à réduire à un seul chiffre, qui fait qu’un jeu paraît non seulement bon, mais vaste, coûteux et soigneusement achevé dans tous ses domaines.

Le problème apparaît lorsque cette référence industrielle, certes souple mais bien réelle, est comparée aux chiffres du projet hongrois. Selon la propre communication de la HIPA, le développement représente 11,3 millions d’euros. À l’échelle des industries culturelles hongroises, c’est une somme considérable. Le marché international du AAA fonctionne cependant à un tout autre niveau. Le rapport final de la CMA sur l’affaire Microsoft-Activision indique que les grands jeux AAA validés pour une sortie en 2024-2025 affichaient déjà des coûts de développement moyens de 200 millions de dollars ou davantage. Le rapport évoque des fourchettes allant de 80 à 350 millions de dollars, souvent complétées par 50 à 310 millions de dépenses marketing, tandis que les coûts de développement de certaines grandes franchises ont atteint jusqu’à 660 millions de dollars.

Les exemples concrets ne réduisent guère l’écart. Le développement d’Assassin’s Creed Shadows a dépassé 100 millions d’euros, selon la direction d’Ubisoft. Des documents judiciaires rendus publics ont situé les coûts de développement de certains épisodes de Call of Duty entre 450 et 700 millions de dollars. Des données internes de Sony ont révélé qu’Horizon Forbidden West avait coûté environ 212 millions de dollars et The Last of Us Part II près de 220 millions, tandis que des informations internes divulguées ont évalué le budget total de Marvel’s Spider-Man 2 à environ 315 millions de dollars.

Grand Theft Auto VI constitue un point de comparaison encore plus extrême, mais il est ici particulièrement important de distinguer les faits des estimations. Rockstar Games et Take-Two n’ont publié aucun budget officiel et détaillé. Des estimations comprises entre 1 et 2 milliards de dollars circulent dans la presse spécialisée, mais le chiffre de 2 milliards largement repris n’est pas officiel et son origine ne peut pas être considérée comme suffisamment fiable. Le montant exact reste donc inconnu. Même en laissant totalement cet exemple de côté, il est évident que le marché mondial des blockbusters et le projet hongrois à 11,3 millions d’euros évoluent dans deux univers financiers différents.

Autrement dit, le projet hongrois n’est pas inférieur de quelques pour cent au niveau AAA habituel : l’écart se mesure en ordres de grandeur. Il n’y a rien de honteux à cela. Le monde regorge d’excellents jeux AA, couronnés de succès et visuellement remarquables. Le problème n’est pas que Neocore ne développe probablement pas un blockbuster occidental classique avec 11,3 millions d’euros. Le problème est que l’État l’a qualifié ainsi sans fournir au public l’explication professionnelle nécessaire pour comprendre précisément ce que recouvre cette appellation.

 

Comment ce budget se compare-t-il aux grandes productions actuelles ?

 

Tous les grands éditeurs ne publient pas leurs budgets, mais le haut de gamme actuel permet malgré tout de comprendre clairement les exigences de qualité et de volume associées à l’appellation AAA. Monster Hunter Wilds, Death Stranding 2: On the Beach et DOOM: The Dark Ages sont de bons points de comparaison non parce qu’ils se ressemblent, mais parce qu’ils représentent chacun le niveau technologique, artistique et industriel que le public attend aujourd’hui des plus grandes productions. Les graphismes, les animations, le son, la quantité de contenu, la mise en scène et la finition technique ne sont pas des bonus indépendants à ce niveau : ils forment un seul et même ensemble de production haut de gamme.

La communication publique hongroise a pourtant appliqué la même appellation à un projet de 11,3 millions d’euros. Deux explications sont possibles : soit le terme est employé dans un sens local beaucoup plus souple, soit le gouvernement formule une promesse de qualité et de positionnement commercial que les chiffres publics ne permettent pas actuellement d’étayer. Dans les deux cas, une explication s’impose.

Il existe bien sûr des contre-exemples spectaculaires. Selon les déclarations de ses développeurs, Clair Obscur: Expedition 33 a été produit pour moins de 10 millions de dollars par une équipe interne centrale d’environ trente personnes, avec un soutien externe important, avant de devenir un succès mondial. Cela ne prouve pas que les catégories budgétaires n’ont aucun sens. Cela montre plutôt qu’un périmètre intelligemment défini, une direction artistique forte, une utilisation judicieuse de technologies existantes et une sous-traitance ciblée peuvent permettre à un projet de taille AA ou indépendante d’atteindre un rendu proche du AAA et une qualité exceptionnelle.

Un résultat exceptionnel ne transforme pas automatiquement le modèle de production sous-jacent en AAA. Il montre que la qualité et la catégorie budgétaire ne sont pas la même chose. C’est précisément pour cette raison que Neocore et le gouvernement devraient clairement expliquer ce qu’ils entendent par là. Les journalistes et les contribuables ne devraient pas avoir à reconstruire la définition du AAA retenue par un ministère à partir de formules de communication.

 

Le parcours de Neocore est respectable, mais ce n’est pas un parcours AAA

 

Il faut le dire clairement : Neocore n’est pas un bénéficiaire apparu de nulle part. Selon la présentation officielle de l’entreprise, il s’agit d’un développeur indépendant fondé en 2005, disposant de compétences internes en programmation, développement visuel, animation, musique et technologie. La HIPA évoque plus de 100 professionnels, 13 jeux propriétaires et des revenus provenant intégralement de l’exportation. C’est le profil d’un studio hongrois réel, expérimenté et viable à l’international.

Le problème n’est pas l’absence de passé, mais la nature de ce passé. Le parcours de Neocore n’est pas celui d’un acteur du blockbuster AAA, mais celui de jeux AA singuliers, bien réalisés et parfois franchement solides. The Incredible Adventures of Van Helsing: Final Cut a obtenu une moyenne de 79 sur Metacritic, King Arthur: Knight’s Tale a atteint 77 et a également été bien accueilli par les joueurs Steam, tandis que Warhammer 40,000: Inquisitor – Martyr a construit une importante communauté sur le long terme malgré une moyenne critique plus faible. Une conclusion équitable s’impose : Neocore sait créer de bons jeux, parfois même de très bons jeux, dotés d’une forte identité, mais son parcours l’a jusqu’ici placé fermement dans la catégorie AA, et non à l’avant-garde mondiale des blockbusters.

Le studio n’a publié ni les budgets de développement ni les revenus détaillés de ses précédents jeux titre par titre, et aucune source externe fiable ne fournit ce niveau de détail. Le communiqué de Focus Ventures évoque plus de 13 millions d’exemplaires vendus pour l’ensemble du catalogue Neocore, tandis que la campagne Kickstarter de King Arthur: Knight’s Tale a récolté 155 885 livres sterling auprès de 3 713 contributeurs. Il ne s’agissait évidemment pas du budget total du jeu, mais uniquement d’une composante de financement participatif. Il existe donc des indicateurs commerciaux globaux positifs, mais aucune ventilation publique des coûts et des revenus par titre permettant d’évaluer de manière responsable l’ampleur du saut actuel.

Encore une fois, le AA n’est ni une insulte, ni un échec, ni une catégorie de seconde zone. C’est l’un des espaces les plus importants et souvent les plus créatifs de l’industrie. Le problème commence lorsque la communication de l’État hongrois place à l’avance le prochain projet d’un studio AA reconnu dans la vitrine du « AAA entièrement hongrois », sans avoir d’abord présenté les preuves. Comme si l’étiquette constituait déjà l’accomplissement, plutôt que le jeu terminé.

 

Qu’avons-nous demandé, et quelles réponses avons-nous obtenues ?

 

À la mi-avril, nous avons envoyé à Neocore une série détaillée de questions concernant le projet annoncé en février. Nous ne cherchions pas à contraindre les développeurs à révéler prématurément des éléments narratifs ou des systèmes de gameplay. Nous voulions savoir ce que finançait l’investissement Focus de 2 milliards de HUF, ce que finançait la subvention publique de 1,5 milliard de HUF, comment les deux canaux étaient liés, sur quelle base le projet était qualifié de AAA et quels objectifs de développement précis étaient associés à l’aide publique.

Selon la correspondance détenue par notre rédaction, Neocore a répondu que l’équipe travaillait à plein régime sur le jeu et sur sa prochaine annonce, que plusieurs questions portaient sur des détails qu’elle ne souhaitait pas révéler prématurément, et qu’elle préférait revenir sur le sujet à l’automne. Nous avons précisé que la plupart de nos questions ne concernaient pas le game design, mais des questions financières d’intérêt public et l’utilisation de l’appellation AAA. Nous n’avons pas reçu de réponse point par point à nos questions financières et institutionnelles.

Nous avons ensuite recontacté Neocore avec une liste de questions plus restreinte, consacrée exclusivement à la structure financière et institutionnelle. Des questions séparées ont été adressées au service de presse de la Nemzeti Tőkeholding, la holding publique hongroise de capitaux, au sujet de l’investissement Focus Ventures de 2 milliards de HUF, ainsi qu’à la HIPA concernant le fondement juridique, l’organisme gestionnaire, les étapes et les conditions de contrôle de la subvention de 1,5 milliard de HUF.

Focus Ventures a répondu. La société a identifié la cible de l’investissement, présenté les principaux éléments de la structure, clarifié sa position d’actionnaire minoritaire, son exigence de rendement conforme au marché et son activité de suivi, tout en confirmant que l’investissement de 2 milliards de HUF et la subvention de 1,5 milliard étaient indépendants mais destinés au même développement en cours. Il s’agit d’une clarification importante et substantielle.

Neocore n’a toutefois toujours pas fourni de réponse détaillée concernant le fondement professionnel de l’appellation AAA, le rôle éventuel de Broken Sea ou l’absence de l’annonce promise pour 2025. Au moment de la clôture de cet article, ni la HIPA ni les institutions responsables de la subvention directe ne nous avaient fourni d’informations point par point permettant de connaître le fondement juridique exact, les conditions contractuelles détaillées, les étapes ou le mécanisme de contrôle associés à la subvention de 1,5 milliard de HUF.

Rien de tout cela ne signifie que quelqu’un a volé ou détourné illégalement l’argent. Une telle accusation ne peut pas être formulée de manière responsable aujourd’hui. Cela signifie en revanche que l’obligation minimale d’explication entourant la subvention publique n’a toujours pas été remplie. La logique de l’investissement Focus est désormais nettement plus visible. Celle de l’aide directe de l’État ne l’est pas. La bande-annonce peut attendre. Les règles encadrant l’utilisation de la subvention publique directe, non.

 

Le poste chez BYD interroge aussi la crédibilité du système hongrois de subventions

 

La subvention de 1,5 milliard de HUF accordée à Neocore a été annoncée personnellement par Péter Szijjártó en février 2026. Le contexte politique de l’affaire est donc difficile à séparer du fait que l’ancien ministre des Affaires étrangères a abandonné son siège au Parlement en juillet 2026 avant de devenir dirigeant chargé des relations extérieures et du développement de nouvelles activités au sein du groupe chinois BYD, comme l’a également rapporté 444. Szijjártó a ainsi accepté un poste international de haut niveau dans l’entreprise dont il avait personnellement soutenu l’expansion hongroise pendant plusieurs années en tant que ministre.

Selon une synthèse de Telex, l’usine d’autobus de BYD à Komárom a reçu 925 millions de HUF d’aides à la création d’emplois, tandis que l’État a contribué à hauteur d’environ un milliard de HUF à son investissement dans l’assemblage de batteries à Fót. Le gouvernement a consacré 46 milliards de HUF aux infrastructures entourant l’usine automobile de Szeged et 21 milliards supplémentaires au parc industriel, tandis que la subvention directe accordée à la construction de l’usine elle-même reste inconnue. Le gouvernement a également promis 20 milliards de HUF supplémentaires pour le projet de siège européen de BYD à Budapest, représentant environ 100 milliards de HUF d’investissement, et Szijjártó a signé l’accord stratégique au nom de la Hongrie.

L’ancien ministre s’est également opposé aux droits de douane de l’Union européenne visant les véhicules électriques chinois. Cette position pouvait en elle-même relever d’une politique économique cohérente, mais la chronologie de son recrutement ultérieur par BYD soulève inévitablement des questions concernant les garanties contre les conflits d’intérêts, la transparence des décisions et la confiance du public.

Aucune preuve publique ne démontre actuellement que l’offre d’emploi de BYD constituait une contrepartie aux aides antérieures, ni que les parties avaient conclu un accord préalable lorsque Szijjártó était encore ministre. Présenter cela comme un fait établi serait irresponsable. La succession des événements crée néanmoins une situation de passage entre pouvoir public et secteur privé pouvant être analysée, dans le langage du débat public, comme un phénomène de porte tournante ou de pantouflage. Les controverses antérieures entourant Szijjártó, notamment l’entreprise de son épouse, le voyage en yacht et les subventions liées à des membres de son entourage personnel, ont également été brièvement abordées dans un grand entretien accordé à Telex.

Le poste chez BYD ne prouve rien dans le dossier Neocore. Il affecte toutefois directement la crédibilité de la même culture ministérielle de subventions dont est issue l’aide de 1,5 milliard de HUF accordée à Neocore. Il devient donc encore plus important que le fondement juridique, les conditions contractuelles, les étapes et le système de contrôle de la subvention puissent être vérifiés à partir de documents. Dans ce contexte, la confiance politique ne peut pas remplacer la transparence.

 

Le minimum que le public devrait pouvoir connaître

 

L’industrie hongroise du jeu vidéo a besoin d’argent. Elle a probablement besoin de davantage de financements, de programmes, de prise de risque, de studios et de propriétés intellectuelles exportables. Mais si le gouvernement considère réellement le développement de jeux vidéo comme un secteur stratégique, il doit accorder la même importance à la responsabilité publique. Au minimum, un projet de ce type devrait rendre publics :

  • le programme et le fondement juridique de l’aide ;
  • une description courte et professionnellement vérifiable du projet ;
  • les principales étapes ;
  • les éléments précis de R&D financés par l’État ;
  • la signification concrète de l’appellation « AAA » dans ce cas particulier ;
  • et un calendrier réaliste pour la présentation publique et la sortie commerciale.

La réponse de Focus Ventures montre qu’il est possible de fournir des informations substantielles et commercialement compréhensibles sans révéler l’histoire ou les mécaniques d’un jeu. Nous savons désormais quelle entité juridique a reçu les 2 milliards de HUF, quelle est la structure générale du financement, quelle position actionnariale a été créée et que l’investisseur attend un rendement conforme au marché.

Cette clarté manque toujours pour la subvention publique de 1,5 milliard de HUF. Les informations disponibles confirment qu’il existe un véritable studio, un véritable projet, un véritable investissement, une véritable subvention et même un titre probable. Elles ne montrent toujours pas si Broken Sea constitue réellement la première apparition du premier jeu AAA hongrois, ou s’il s’agit d’une production AA ambitieuse à laquelle la communication gouvernementale a prématurément attribué l’étiquette la plus coûteuse de l’industrie.

La conclusion équitable aujourd’hui est la suivante : nous ne savons pas quel impact le nouveau projet de Neocore aura finalement. Il peut devenir un excellent jeu et rencontrer un succès international majeur. La réponse de Focus Ventures a rendu plus claire une partie importante du financement, tandis que les traces publiques font de Broken Sea un candidat sérieux. Mais il est tout aussi juste d’affirmer que, sur la base des éléments actuellement disponibles, l’étiquette AAA reste plus forte que les preuves placées derrière elle, tandis que le système détaillé encadrant la subvention publique directe de 1,5 milliard de HUF demeure hors de la vue du public.

Sources : NeocoreGames, Focus Ventures, Gouvernement hongrois, HIPA, Creative Hungary, 24.hu, CMA, Telex, 444.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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