Pour John et Brenda Romero, l’industrie du jeu vidéo est dans un état encore pire que dans les années 1980, ce qui n’est pas exactement une petite phrase lâchée au hasard. Ils n’ont pas découvert le crash de 1983 dans un documentaire, ils l’ont vécu, et à leurs yeux, la situation actuelle met désormais en danger bien plus que quelques studios isolés.
John Romero et Brenda Romero sont deux figures emblématiques du jeu vidéo qui travaillent dans ce secteur depuis des décennies. Ils dirigent aujourd’hui ensemble Romero Games, un studio dont beaucoup craignaient la fermeture après la perte du financement de son projet commun avec Xbox. Le studio a finalement survécu, mais à les entendre, il y a bien plus grave à regarder que le simple sort de leur propre structure. Dans un entretien accordé à GamesIndustry, ils ont expliqué que l’état actuel de l’industrie leur semble encore pire que celui de la période du célèbre crash des années 1980.
Brenda Romero estime que l’industrie va très mal et qu’il reste très peu de personnes totalement épargnées par la crise. Soit elles ont déjà été touchées directement, soit leur partenaire l’a été, soit elles vivent désormais avec la peur que cela arrive bientôt. John Romero a ajouté que même le succès ne protège plus vraiment. Il a cité l’exemple de Battlefield 6, qui a été le jeu le plus vendu de 2025, alors qu’Electronic Arts a malgré tout licencié des développeurs des équipes Battlefield Studios qui avaient justement rendu ce succès possible. Pour lui, cela rend la situation de plus en plus absurde.
Même le succès ne protège plus
Ni l’un ni l’autre n’ont pourtant perdu leur amour du jeu vidéo. Brenda a même plaisanté en disant que la mort idéale de John serait d’être retrouvé mort sur sa chaise en train de programmer, tandis que John a répondu qu’il restait encore bien trop de choses passionnantes à créer pour s’arrêter. Mais cette passion presque obstinée ne change rien au fond du problème : leurs inquiétudes ressemblent de moins en moins à un simple excès de pessimisme.
Au-delà de Battlefield 6, il y a aussi le cas d’Epic Games, qui a récemment licencié plus de 1 000 employés après le recul de popularité de Fortnite. Les grands jeux AAA, qui représentaient autrefois une forme relative de stabilité professionnelle, sont aujourd’hui plus coûteux, plus risqués et plus imprévisibles que jamais. Cela pousse les décideurs à adopter une logique de plus en plus défensive, où réduire les effectifs devient souvent le premier réflexe au lieu d’être la dernière option. Et le pire, c’est qu’une fois licenciés, ces professionnels ont aujourd’hui énormément de mal à retrouver un poste dans l’industrie, même avec beaucoup d’expérience.
Les micro-équipes pourraient devenir un modèle de survie
Chez Romero Games, la solution qui leur a laissé le plus de marge de manœuvre a été le passage à une micro-équipe, une décision à laquelle ils ont pratiquement été contraints après avoir perdu leur financement l’an dernier. D’après John Romero, ce sont peut-être désormais ces micro-équipes qui ont les meilleures chances de survivre, parce qu’elles peuvent avancer plus vite, coûter moins cher et s’adapter plus facilement à un marché devenu instable. Les Romero peuvent fonctionner ainsi, mais ils reconnaissent eux-mêmes que cela fait déjà d’eux des privilégiés dans le contexte actuel.
C’est précisément ce qui rend leur mise en garde aussi lourde. Il ne s’agit pas de commentateurs extérieurs cherchant une formule choc, mais de deux développeurs qui étaient là lors du dernier grand effondrement de l’industrie et qui affirment aujourd’hui que ce qu’ils voient leur paraît encore pire. Quand des vétérans de ce niveau parlent comme ça, il vaut sans doute mieux les écouter.
Source : WCCFTech, GamesIndustry



