Maestro PSVR2 – Diriger en VR, où le spectacle est le métronome, et le métronome, c’est toi

TEST – Maestro ne cherche pas à te faire croire que tu pourrais débarquer demain à l’Académie de musique Franz-Liszt pour prendre la baguette – il vend plutôt un fantasme plus simple et plus malin: imposer le tempo à deux mains, avec tout le corps, au beau milieu d’une scène d’opéra. La mise en scène et le langage gestuel réussissent très bien à déclencher ce petit frisson de “c’est moi qui tiens l’orchestre”, même si le jeu admet vite qu’on n’est pas sur une simulation, mais sur un jeu de rythme chic et propre. Nous avons testé Maestro sur PSVR2.

 

Quelqu’un a un jour affirmé que Maestro “reproduit parfaitement ce que ça fait d’être chef d’orchestre”. J’aimerais beaucoup prononcer cette phrase devant un vrai chef, juste pour voir la réaction – j’imagine quelque chose du même ordre que servir à un sommelier un vin de supermarché au rabais, puis attendre qu’il s’émerveille. Les développeurs veulent clairement que tu te sentes virtuose, baguette à la main – mais si tu viens chercher une représentation fidèle du métier, tu n’es pas dans la bonne salle.

Le tour de passe-passe marche parce que la plupart des gens ne savent pas vraiment ce que fait un chef d’orchestre. Vu depuis la salle, ça peut ressembler à une chorégraphie de bras, quelques gestes secs, et puis – magie – la musique continue. Maestro part de cette perception extérieure: il ne copie pas le travail, il copie le spectacle du travail, puis il construit un système de jeu autour de gestes lisibles, larges, “cinématographiques”, en te soufflant au passage que, rassure-toi, ça fera suffisamment vrai.

 

 

Ici, ce sont les signaux visuels qui mènent la danse

 

Maestro ne vise pas le réalisme – il reconstruit l’idée de la direction d’orchestre à l’envers. D’abord le mouvement, l’élan, la posture, ensuite la “traduction” en mécanique de jeu de rythme. Du coup, la relation se renverse subtilement: sur le papier, tu conduis l’orchestre, mais en pratique ce sont les repères à l’écran qui te conduisent, et la musique s’aligne sur ce que le système attend. C’est un compromis, oui, mais un compromis qui fonctionne – tu es la star sur scène, et la partition reste poliment en retrait.

Comme dans tout bon jeu de rythme, tout passe par une grammaire de symboles. Des flèches glissent vers toi, leur direction indique dans quel sens balayer la main – et le bon timing, c’est quand elles franchissent la ligne horizontale de référence. Des cercles surgissent à différents endroits; tu pointes dessus pour “activer” telle ou telle section de l’orchestre. Des traînées lumineuses, façon rampes, jouent le rôle de script pour la main gauche: jaune, tu la lèves; bleu, tu la baisses. Et la sélection musicale ressemble à une playlist “classiques qui mettent le feu” faite pour impressionner: Carmina Burana, Swan Lake, Ride of the Valkyries – avec, sur PSVR2, une touche plus grand spectacle si tu en veux, comme Star Wars et son Duel of the Fates (en contenu additionnel).

La recette du genre – timing, signaux clairs, précision gratifiante – n’a pas vraiment bougé depuis des décennies. Maestro ajoute un vrai bonus VR: grâce au suivi des mains de la PSVR2, tu peux lâcher les manettes et diriger avec tes mains, pour de vrai. Et ça change la sensation. Il y a un côté libérateur quand l’“instrument” devient ton corps plutôt qu’un morceau de plastique. Cela dit, l’idée de faire un jeu de rythme avec une implication physique n’est pas née hier: Dance Dance Revolution faisait déjà ça dans les années 90, avec des flèches et un corps qui suit – sauf que là, c’était le pied qui devait répondre. Maestro reprend le principe, mais en version plus raffinée, plus théâtrale, habillée pour l’opéra.

 

 

Une formule connue, déguisée en soirée de gala

 

Certains jeux VR tirent leur magie de la physique et de l’espace – Walkabout Mini Golf ou Eleven Table Tennis en sont de bons exemples, où ton geste et l’objet que tu manipules font tout le sel de l’expérience. Maestro est “moderne” autrement. Il n’invente pas une nouvelle manière d’interagir; il transpose un modèle de jeu de rythme bien établi en VR, et te laisse l’exécuter dans l’air. Ce n’est pas un défaut – ça veut juste dire que l’effet “waouh” vient d’abord de la mise en scène, ensuite de l’innovation.

Et oui, c’est amusant – surtout en petites doses. J’ai du mal à imaginer quelqu’un diriger tout un après-midi, ou même enchaîner deux heures sans sentir la répétition s’installer. Maestro a le profil parfait du jeu VR qu’on lance 15-20 minutes: on profite de la fantaisie, on se surprend à y croire, puis on repose le casque. Pas parce que c’est mauvais, mais parce que le concept ne cherche pas vraiment à devenir plus grand que lui-même.

Ça le place dans la catégorie des “jeux-attractions” qui occupent encore une bonne partie de l’offre VR: malin, immédiatement lisible, très bon pour une démo, et assez facile à oublier une fois l’effet passé. Ça me rappelle les tout débuts du cinéma et ses courts spectacles, que l’historien Tom Gunning a décrits comme “le cinéma des attractions” – l’idée n’était pas la profondeur, mais le “regarde ça”. Et à chaque fois, je me dis la même chose: ce type de proposition serait encore plus percutant comme chapitre intégré à une production plus vaste, plutôt que comme plat principal. Blade & Sorcery me donne exactement ce sentiment: une idée forte, très bien exécutée, qui appelle une structure plus large autour.

 

 

Quand le gadget devient un vrai chapitre

 

La bonne nouvelle, c’est que cette évolution existe déjà. Les développeurs de Horizon Call of the Mountain ont probablement appris des expériences VR “mono-idée” comme The Climb: tu prends une action centrale solide, puis tu l’enveloppes dans un jeu complet, avec exploration, combats, narration et gros moments de mise en scène. Résultat, ce n’est plus juste un truc VR à montrer aux amis – c’est un vrai jeu où la “partie spéciale” n’est qu’un segment parmi d’autres.

Maestro pourrait briller dans ce rôle. Imagine-le dans un Assassin’s Creed: tu te fais passer pour chef d’orchestre afin d’approcher une dignité royale, la baguette est en réalité une lame, et le final n’est pas un tonnerre d’applaudissements mais un chaos soigneusement déclenché. J’ai aimé diriger Carmina Burana, mais franchement, j’aurais encore plus aimé conclure par un geste propre, silencieux, au premier rang, puis disparaître dans la fumée. En l’état, Maestro est exactement ce qu’il promet: un jeu de rythme VR poli, élégant, qui se savoure comme une mise en bouche plutôt qu’un repas complet – mais une mise en bouche avec du goût.

-Herpai Gergely „BadSector”-

Pro:

+ Le suivi des mains (sans manettes) rend l’expérience plus libre et étonnamment “classe”
+ Un bel emballage audiovisuel – mise en scène d’opéra, grands classiques, présentation solide
+ Parfait en sessions courtes – on lance, ça marche tout de suite

Contre:

– Plus “attraction VR” que jeu sur la durée – l’effet s’essouffle plus vite qu’on ne voudrait
– Les repères à l’écran mènent la danse – la “direction” reste surtout une illusion de contrôle
– Peu de profondeur au-delà du concept central – il manque un cadre plus large pour grandir

Éditeur: Double Jack SAS
Développeur: Double Jack
Genre: Jeu de rythme en VR
Sortie: 19 juin 2025

Maestro PSVR2

Jouabilité - 7.2
Graphismes - 7.8
Expérience VR - 7.6
Musique/Audio - 8
Ambiance - 6.4

7.4

BON

Maestro transforme la posture du chef d’orchestre en jeu de rythme bien huilé, et sur PSVR2 le suivi des mains apporte un vrai plus à la “performance”. En petites sessions, ça fonctionne très bien: c’est propre, théâtral, et suffisamment convaincant pour te faire croire que tu tiens l’orchestre - même si ce sont les signaux qui te guident. La limite, c’est l’échelle: c’est raffiné, mais ça ne dépasse pas vraiment son idée de base, donc ça se déguste plutôt comme une entrée que comme un plat complet.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)