Si Leslie Benzies, ancien producteur de Grand Theft Auto, est déjà en congé temporaire, le studio associé à MindsEye semble vraiment se diriger vers un game over.
Plutôt que de s’enfermer dans l’histoire d’une prétendue campagne de dénigrement – qui aurait coûté plus de 1,1 million de dollars à une entreprise américaine non identifiée (un sujet déjà évoqué) – les difficultés de MindsEye et de Build A Rocket Boy (BARB) paraissent surtout découler d’un pilotage défaillant. Un management qui, à en croire plusieurs témoignages, n’aurait pas voulu écouter les centaines de développeurs recrutés pour mener le projet à bien. L’idée attribuée à Leslie Benzies, cofondateur et co-PDG, aurait été de se concentrer sur une fonctionnalité ou une nouvelle idée précise et d’exiger qu’elle passe avant tout le reste, au détriment du travail de production. Des employés ayant parlé à la BBC en octobre auraient même qualifié ces priorités de “Leslies”, même si GamesIndustry ne reprend pas le terme.
“J’espérais qu’on nous en dirait plus sur les licenciements et sur la situation de l’entreprise. À la place, on nous a expliqué qu’il y avait des saboteurs, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui cherchaient à nous détruire. Leslie Benzies n’a pas semblé assumer la responsabilité du lancement. C’était vraiment insultant de voir qu’il ne faisait pas confiance à ses propres employés. L’idée qu’on puisse saboter un jeu sur lequel nous avons passé d’innombrables heures était tout simplement grossière.” – raconte un ancien employé de BARB, en revenant sur ce qui se serait passé au studio peu après la sortie de MindsEye.
“Si la direction avait concentré ses efforts sur le resserrement, ça aurait pu marcher. Mais au lieu de ça, ils ont continué à vouloir rajouter toujours plus de choses. Leslie se focalisait sur un point et insistait pour qu’on ajoute cette fonctionnalité en plus, même un mois avant la sortie. Il n’y avait pas assez de temps pour tester tout ça et mettre chaque pièce à sa place afin que ça fonctionne vraiment sans se casser. Même avec les meilleurs dirigeants du monde, c’était impossible à sauver. Même en corrigeant tous les bugs et problèmes techniques, ça resterait un jeu extrêmement ennuyeux. La direction n’écoute pas. En plus, ils ont licencié plus de la moitié du studio. Ils ne savent pas gérer une entreprise. Ils ne savent pas diriger un studio de jeu.” – ajoute Ben Newbon, ancien lead data analyst de BARB.
Un autre employé, toujours à propos de Benzies, affirme que les talents en interne auraient été étouffés pour satisfaire une seule personne au sommet. Un ex-salarié estime même que le jeu aurait pu s’en sortir sans ce management : “Benzies aurait pu avoir une formule gagnante s’il avait écouté les conseils des centaines de professionnels formidables, incroyablement talentueux et bosseurs qu’ils ont mis tant de temps et d’argent à recruter. On a opéré tellement de changements fondamentaux sur le jeu qu’il était impossible d’en faire un bon titre dans le temps imparti.”
Leslie Benzies est désormais en congé temporaire. D’après Mark Gerhard, PDG de BARB, il s’agirait d’une pause méritée pour reprendre des forces après plus d’un an de travail jour et nuit. Gerhard dit éprouver une profonde gratitude à son égard et affirme qu’avec l’équipe dirigeante et leur soutien, Benzies les mènera vers l’avant. Reste que l’on ne sait pas si ce congé deviendra permanent – et, si l’on en croit certains employés interrogés par GamesIndustry, il pourrait ne plus y avoir de place pour un retour.
Un autre ancien employé estime que BARB ne survivra pas à cette crise et que Build A Rocket Boy approche de sa fin – non pas à cause de saboteurs, mais parce que Gerhard et Benzies l’auraient provoqué eux-mêmes.
Source : WCCFTech, GamesIndustry.biz


