CRITIQUE DE FILM – L’adaptation 2025 de Hurlevent est, au fond, un mélodrame romantique correct, mais qui avance trop souvent comme s’il roulait frein à main serré. Des scènes s’étirent au-delà du nécessaire, si bien que les pics émotionnels n’explosent pas, ils se dégonflent. Ce qui tient le film debout, c’est sa musique et son image, capables, par éclats, d’accrocher même quand le récit s’endort.
Il y a une contradiction gênante au cœur de cette version: elle promet la passion tempétueuse, mais choisit un tempo si mesuré qu’il finit par anesthésier. Le problème n’est pas la forme du drame romantique, plutôt la mise en scène, qui s’attarde trop souvent sur ses propres beaux moments au lieu d’avancer quand la tension est prête à se tendre. Plusieurs séquences restent à l’écran un battement de trop, comme si elles existaient pour laisser la musique s’épanouir et les lumières se poser, et l’intensité, au lieu de monter, retombe. On ne « ressent » pas seulement la durée, on la subit, presque plan après plan.
Pourtant, quand le film vise juste, il sait créer une atmosphère réelle. La bande-son ne se contente pas d’illustrer: elle ajoute du poids, installe une gravité, et parfois porte une scène lorsque le rythme ou l’écriture commencent à flotter. Dans ses meilleurs passages, l’œuvre retrouve ce courant mélancolique et romantique que l’on attend d’un tel matériau. Mais ces moments arrivent trop rarement, et entre deux réussites, le film demande une patience qu’il rémunère mal.
De belles images, de vrais éclats
La photographie est l’argument le plus solide du film, et parfois son seul véritable moteur. Certains cadrages, certaines matières de lumière, sont si construits qu’ils pourraient exister comme images autonomes, avec une ambition presque picturale. La caméra est la plus forte quand elle cesse de se regarder faire et laisse l’espace, les visages et l’air du lieu travailler. C’est alors que Hurlevent prend une ampleur de grand écran, même lorsque la narration, elle, perd sa traction.
Le visuel n’est d’ailleurs pas qu’un vernis: il pourrait renforcer le drame intérieur si le montage et le tempo ne sabotaient pas si souvent la montée. On trouve des plages plus silencieuses qui n’apportent pas grand-chose à la structure, mais qui restent, parce que l’image compense ce que la scène ne produit pas dramaturgiquement. Cette cohérence esthétique, assez rare dans les romances « bien emballées », est bien là. Elle ne suffit pas toujours à sauver un film qui s’abrite derrière sa beauté quand l’histoire devrait porter l’effort.
Jeu d’acteurs: un rôle masculin qui se réveille tard, une partenaire trop lisse
Jacob Elordi commence avec une étonnante platitude, et pas au sens d’une retenue maîtrisée: plutôt comme s’il manquait de vie intérieure. Il a le physique, la présence, l’allure, mais la turbulence du personnage ne traverse pas, et les silences, au lieu d’inquiéter, se vident. Le dernier mouvement du film le voit enfin se resserrer, avec quelques instants où la douleur et la colère affleurent réellement. Sauf que cette arrivée tardive coûte cher: l’inertie du début a déjà installé l’ennui, et le film a longtemps sollicité la bonne volonté du spectateur.
Margot Robbie, elle, propose une performance très tenue, très « propre », mais rarement incisive. Les gestes et les inflexions restent souvent sur la même ligne, et l’élan passionnel se transforme en posture élégante. Elle n’est pas mauvaise, mais curieusement peu marquante pour une histoire censée obséder. La relation centrale en pâtit: sur le papier, le duo fonctionne, à l’écran, ils partagent trop souvent le cadre sans vraiment se heurter.
Un humour respirable, et un rythme qui exige trop
On apprécie, par touches, quelques respirations d’humour, discrètes, presque en contrebande. Rien d’une comédie, plutôt des détails et des remarques qui cassent la monotonie et donnent un peu d’oxygène. Ces instants comptent parce que le rythme général est si patient, si prolongé, que le film risque de devenir une procession belle, mais épuisante. Le problème est que ces respirations restent trop rares pour rééquilibrer l’ensemble.
Le fond du malaise, c’est que la lenteur ne ressemble pas toujours à un choix lyrique, mais à une facilité dramaturgique. Le film semble croire que « l’ambiance » peut remplacer l’élan, et il emprunte trop souvent la voie la plus confortable à travers un récit qui devrait mordre. On sent l’absence d’un regard neuf: la trajectoire est connue, proprement déroulée, pendant que l’attention décroche. La réalisation est sûre, mais elle évite les décisions plus tranchantes, et la longueur ne devient pas ampleur, elle devient ennui.
Au final, Hurlevent est un film romantique correctement construit, souvent très beau, musicalement solide, mais trop long et trop souvent en roue libre. Il offre des éclats de véritable savoir-faire, sans apporter assez de surprises ni assez de tension pour s’imposer parmi les nombreuses variations de la même histoire. Ceux qui viennent chercher une mélancolie soignée et une atmosphère trouveront des scènes qui valent l’attente. Ceux qui veulent un récit plus serré, plus mordant, et un impact émotionnel constant risquent de traverser une tempête qui ressemble trop souvent à un long calme plat.
-Anikó Angyal-
Hurlevent
Direction - 6.6
Acteurs - 6.4
Histoire - 6
Visuels/Musique/Sons - 7.4
Ambiance - 6.1
6.5
CORRECT
Hurlevent version 2025 séduit par son écrin visuel et sa musique, mais s’étire jusqu’à l’ennui, au point de laisser le drame se dégonfler. Jacob Elordi finit par trouver son personnage tardivement, tandis que Margot Robbie reste étonnamment lisse, ce qui refroidit le cœur du film. Une séance correcte, soignée, mais trop longue - à voir une fois, sans attendre une relecture marquante.





