Refuge fatal – Un homme, une île, et un passé qui refuse de mourir

CRITIQUE DE FILM – Refuge fatal est un thriller d’action qui ressemble à un croisement entre The Last of Us et une version au rabais de La Mémoire dans la peau, tandis que Jason Statham déroule une fois de plus un rôle qu’il semble pouvoir jouer en pilotage automatique. Le récit sort rarement des rails bien connus, et la plupart des personnages tiennent davantage de fonctions narratives que de véritables êtres humains. L’action, en revanche, est solide, parfois même nerveuse, même si tout le reste recycle des ingrédients familiers.

 

Reconnaissons-le: quand une formule fonctionne, elle fonctionne. Le nombre de fois où Jason Statham a incarné un ancien agent d’élite formé dans l’ombre, dont la paix fragile est pulvérisée par un événement soudain et violent, dépasse largement le simple hasard. The Beekeeper, Un homme en colère, Le Flingueur, Crazy Joe, Parker et désormais Refuge fatal reposent sur le même schéma, la star britannique proposant des variations d’un personnage qu’elle connaît parfaitement. Son héros a quitté un monde en contradiction avec son code moral strict, espérant ne plus jamais avoir à tuer. Manifestement, quitter la vie d’assassin ne se fait pas si facilement.

Refuge fatal est à peu près exactement ce qu’il doit être: un thriller d’action correctement chorégraphié, porté par des combats dynamiques et percutants. Statham s’appuie sur ses forces habituelles, en marginal dur au mal mais pas dénué d’émotions. Après Greenland : Migration, le deuxième film de 2026 signé Ric Roman Waugh ne cherche pas à réinventer la roue, ce qui n’est pas forcément un défaut, car il y a toujours un plaisir immédiat à voir ce Britannique taciturne mettre hors d’état de nuire une galerie de malfrats, vêtu comme s’il sortait d’un catalogue Banana Republic. Le film aligne même quelques-uns des corps-à-corps les plus tendus de la carrière de Statham.

Statham y incarne Michael Mason, un nom volontairement banal. Mason, toutefois, ne possède rien du charme de Bond. Barbe fournie, humeur fermée, il vit en reclus et évite tout contact humain. Rassurez-vous, il n’est pas un sociopathe: il a un husky noir auquel il semble sincèrement attaché. Mason s’est retiré sur une île écossaise isolée des Hébrides extérieures, passant ses journées à contempler une mer déchaînée, à boire trop de vodka et à jouer aux échecs seul. Il semble même ne jamais retirer ses vêtements, pas même pour dormir.

Un ermite, une enfant, et les ennuis garantis

 

Mason reçoit une livraison hebdomadaire de provisions par Jesse (Bodhi Rae Breathnach), la fille d’un ami, qui accoste chez lui à bord d’une minuscule embarcation. Un jour, une tempête fait chavirer le bateau, et Mason est contraint de plonger pour la sauver, col roulé toujours sur le dos. Dans la confusion, Jesse se blesse gravement à la cheville. Même s’il sait à quel point il est dangereux pour lui de retourner en ville, Mason n’a pas d’autre choix s’il veut aider sa nouvelle protégée.

À peine entré dans une pharmacie, il attire l’attention du MI6. On apprend qu’il faisait autrefois partie d’une unité d’agents d’élite, les Black Kites, groupe fictif créé par l’ancien patron du MI6, Manafort (Bill Nighy). Pensée comme une structure parallèle aux opérations clandestines traditionnelles, l’organisation était si secrète que seuls Manafort et le Premier ministre — incarné par Harriet Walter, connue pour Succession — en connaissaient l’existence.

Les raisons de la rupture entre Mason, le MI6 et les Black Kites restent longtemps floues. Lorsque les réponses arrivent enfin, elles ont presque quelque chose de touchant dans leur banalité. Le film se fond totalement dans le sous-genre Statham, mais aussi dans une vaste tradition du cinéma d’action. Son point de départ évoque la série La Mémoire dans la peau. La relation entre Mason et Jesse rappelle Léon. Quant à la légende entourant Mason, elle s’inspire clairement de John Wick.

Des coups qui portent, des émotions sur le papier

 

Rien de tout cela n’empêche de prendre un certain plaisir à voir Statham balayer des adversaires moins solides dans sa tentative de mettre Jesse en sécurité, mais cela rend le film, par nature, facilement oubliable. Les films John Wick fonctionnent parce qu’ils assument une pureté chorégraphique presque dansée. Le scénario de Ward Parry commet l’erreur de vouloir nous faire croire à un lien émotionnel profond entre Mason et une enfant qu’il vient à peine de rencontrer. On peine à comprendre pourquoi Mason irait aussi loin pour elle.

Plus intéressante est la toile de fond politique liée à la surveillance d’État. Au début du film, Manafort est critiqué pour avoir contribué à mettre en place un système qui siphonne illégalement les données privées de civils afin d’identifier plus vite les menaces terroristes. Pendant un court instant, on croit que le film va développer une réflexion sur les dangers d’une surveillance alimentée par l’intelligence artificielle, inévitablement susceptible de mettre des innocents en danger. Mais cette piste est rapidement abandonnée.

Refuge fatal demeure flou à bien des égards. Les motivations de presque tous les personnages sont douteuses, de la traque menée par Manafort à l’obsession protectrice de Mason envers Jesse, jusqu’à l’attachement de Jesse à Mason. Il y a aussi Roberta Frost (Naomi Ackie), successeure de Manafort au MI6, dont le rôle se limite surtout à fixer des écrans d’ordinateur avec incrédulité, alors qu’Ackie pourrait offrir bien davantage.

Statham reste le pilier

 

Waugh sait construire une séquence d’action, et Refuge fatal devient réellement électrique tant qu’il se concentre sur l’affrontement. Statham est désormais si à l’aise dans ces rôles qu’ils semblent taillés pour lui. Il est difficile de surestimer la solidité de sa présence, au point de faire oublier la banalité du scénario. Peut-être, la prochaine fois, pourrait-on offrir à son personnage autre chose que la simple vengeance contre une bande d’idiots mal préparés.

-Herpai Gergely „BadSector”-

Refuge fatal

Direction - 6.2
Acteurs - 6.1
Histoire - 5.2
Visuels/Action/Musique/Sons - 7.2

6.2

CORRECT

Statham assure le service minimum, les poings parlent, et l’intrigue tient surtout du décor. Le fil émotionnel est d’une minceur extrême, et la dimension politique s’essouffle à mi-parcours. Ça se regarde une fois, puis ça rejoint l’étagère des films d’action déjà-vu.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)