Ubisoft est aujourd’hui engagé dans un combat contre lui-même, et les conséquences les plus graves restent encore à venir. La crise qui se profile devrait avoir un impact humain considérable. La réorganisation du groupe met jusqu’à 2000 emplois en danger, fait planer la menace d’une grève et a déjà provoqué une chute brutale du cours de l’action.
Ubisoft traversait déjà une période difficile bien avant l’annonce de son prétendu « redémarrage ». L’éditeur français a enchaîné retards, annulations de projets, licenciements et sorties dont les performances commerciales se sont révélées inférieures aux attentes, alimentant une défiance croissante chez les investisseurs comme chez les joueurs. Son catalogue récent a souvent été perçu comme répétitif, à quelques exceptions près telles que Prince of Persia: The Lost Crown, qui n’a toutefois pas rencontré le succès espéré.
La récente annonce d’un « redémarrage total » a marqué un tournant stratégique majeur. Ubisoft a confirmé une profonde réorganisation interne, impliquant l’arrêt de projets en développement et une refonte complète de ses priorités créatives et de production. Parmi les décisions les plus marquantes figurent l’annulation de plusieurs jeux non annoncés ainsi que le report de titres très attendus, dont le remake supposé de Assassin’s Creed: Black Flag et la nouvelle version de Splinter Cell.
Le coût humain
Les conséquences financières de cette restructuration massive ne se sont pas fait attendre. D’après VGC, l’action Ubisoft a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 14 ans, chutant de près de 33 pour cent pour tomber à 4,36 euros. Ni les investisseurs ni les actionnaires ne semblent avoir confiance dans la direction prise par l’entreprise dirigée par Yves Guillemot, ni dans la structure associée à Tencent, qui regroupe des franchises comme Rainbow Six, Far Cry et Assassin’s Creed.
Malgré cela, Ubisoft souhaite simplifier ses structures et concentrer ses ressources sur un nombre réduit de projets à plus fort potentiel commercial. Cette stratégie peut paraître cohérente en période de crise, mais elle comporte des risques importants si la dimension humaine est mal gérée. Plusieurs sources indiquent que la prochaine étape du plan de réduction des coûts pourrait entraîner la suppression de jusqu’à 2000 emplois supplémentaires dans les mois à venir.
Ces licenciements potentiels viendraient s’ajouter aux réductions d’effectifs déjà opérées, l’entreprise ayant récemment fermé deux studios à Halifax et à Stockholm. La situation pourrait toutefois se détériorer davantage. Selon des informations relayées par Insider Gaming, la phase suivante de la restructuration pourrait aboutir à la disparition de 2000 postes supplémentaires, en cohérence avec l’objectif d’Ubisoft de réduire ses coûts de 200 millions d’euros d’ici mars 2028.
Ubisoft présente cette étape comme la « troisième et dernière phase de réduction des coûts ». Le groupe a déjà réduit ses effectifs à un rythme inquiétant ces dernières années, passant de 20 729 employés en septembre 2022 à 17 097 un an plus tard. Ce chiffre devrait encore baisser d’environ 2000 personnes, ou plus précisément 2400, dans les mois ou les années à venir, tandis que de nouvelles annonces de licenciements sont attendues le 12 février, selon PC Gamer.
Cette situation accentue le sentiment d’instabilité parmi les salariés, dont beaucoup perçoivent la restructuration comme une menace directe pour leur sécurité professionnelle. Ce climat d’incertitude a nourri un mécontentement interne croissant, plusieurs bureaux d’Ubisoft ayant publiquement exprimé leur frustration face à la gestion de la crise, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’une grève, notamment en raison d’une communication jugée insuffisante. L’obligation de travailler en présentiel cinq jours par semaine a également contribué à tendre la situation, malgré les assurances d’un processus progressif et fondé sur le dialogue. À moyen terme, la question centrale demeure de savoir si cette restructuration permettra à Ubisoft de retrouver stabilité et crédibilité ou si elle ne fera qu’aggraver ses difficultés, alors que l’entreprise doit simultanément regagner la confiance des investisseurs, des employés et des joueurs, avec une marge d’erreur de plus en plus réduite.
Forrás: 3djuegos




