Fallout, saison 2: Post-apocalypse et humour noir au carré

CRITIQUE SÉRIE – La deuxième saison de Fallout ne se contente pas d’étendre son univers : elle le resserre et l’affûte. Moins de détours, des enjeux plus nets, des personnages qui gagnent en épaisseur. Surtout, la série ne renonce pas à sa tonalité férocement drôle, ce mélange d’attirance et de répulsion qui fait tout son sel. Et les apparitions de Justin Theroux, Kumail Nanjiani et Macaulay Culkin apportent juste ce qu’il faut d’énergie neuve pour éviter l’effet de répétition.

 

L’Ouest a rarement été aussi indompté que dans l’univers de Fallout. L’histoire se déroule deux siècles après un apocalypse nucléaire, dans des Terres désolées californiennes où l’on survit entre dunes, bandes de hors-la-loi et monstres mutants. Les ressources manquent. La vie est rude. La mort est une routine. Cela devrait être terrifiant. À la place, c’est souvent franchement drôle.

 

 

La série ne fait pas de cadeaux – mais elle vous laisse aussi rire

 

La première saison de l’adaptation, luxueuse et visiblement peu regardante sur les moyens, tirée de la saga vidéoludique au long cours, devait beaucoup à cette cruauté comique – précise, acide – qui appartient en propre à Fallout. Un épisode, très tôt, donne le ton : une faction jette des nouveau-nés dans un incinérateur, histoire que personne ne se demande encore qui sont les « méchants ». Ce type d’éclairs satiriques donne à la série une pointe que les récits post-apocalyptiques plus sombres, comme The Walking Dead ou The Last of Us, peinent à retrouver aussi souvent. L’univers est parfois volontairement extravagant, la violence régulièrement poussée à l’excès, mais les personnages centraux, eux, prennent ce qui arrive au sérieux – et ce contraste rend l’absurde encore plus percutant.

Lucy (Ella Purnell) est une jeune femme aux yeux grands ouverts, encore intacte, qui a vécu au sens propre à l’abri du monde, dans un abri souterrain. La voir opposer son optimisme obstiné – ce « on va s’en sortir » presque programmé – au chaos sans loi de la surface, tandis qu’elle cherche son père, Hank (Kyle MacLachlan), enlevé, est l’un des plaisirs les plus immédiats de la série. Maximus (Aaron Moten), tout aussi naïf mais d’une autre manière, est un orphelin élevé par un ordre religieux militarisé ; il se retrouve propulsé dans une lourde armure assistée, grinçante et démesurée, après que son supérieur particulièrement détestable a eu une très mauvaise rencontre avec un ours irradié.

 

 

Le Ghoul : survivant cynique, ancien autre homme

 

Face à ces deux innocents, la série place un contrepoint usé, mordant : le Ghoul, incarné par Walton Goggins, aidé par des effets numériques qui rendent l’absence de nez inconfortablement crédible. Chapeau de cowboy, manteau élimé, sacoche en bandoulière : tout, chez lui, raconte le pistolero au débit traînant, armé d’un humour corrosif autant que d’un revolver. Mais les flashbacks d’avant la catastrophe nuancent la silhouette : autrefois, il s’appelait Cooper Howard, star de cinéma et père de famille, tentant de tenir debout dans l’Amérique des années 1950 revue par Fallout, où la paranoïa d’une « chasse aux rouges » plane sur les conversations.

La saison 2 prolonge le duo improbable formé par Lucy et le Ghoul, lancés à la poursuite d’un Hank désormais discrédité, aperçu pour la dernière fois en route vers Vegas, engoncé dans une armure assistée massive, pour mettre en œuvre un plan abominable dont la série se garde encore de préciser les contours. Lucy continue de dire « fudge » au lieu de jurer, mais elle dégaine plus vite qu’avant. Son compagnon de route, impassible, la laisse s’acharner à fissurer sa carapace et à réveiller, en lui, quelque chose qui ressemble à une conscience. (« L’empathie, c’est comme la boue : on y laisse ses bottes », grogne-t-il quand Lucy se précipite pour aider un inconnu.)

 

 

Flashbacks, abris, New Vegas – et, malgré tout, la mécanique tient

 

Cette fois, Goggins apparaît davantage dans sa version d’avant l’apocalypse, en vedette élégante, tandis que le fil des années 1950 creuse la question de la responsabilité du désastre atomique originel. La relation tendue de Cooper avec sa femme, Barb (Frances Turner), cadre chez Vault-Tec, donne une matière particulièrement dense – même si l’esthétique rétrofuturiste de ces scènes, entre voitures aux courbes irrésistibles et robots domestiques façon Jetsons, est parfois si séduisante qu’elle en devient presque distrayante.

Lucy a beau être loin de sa vie d’abri, la saison 2 revient souvent vers l’équipe restée sous terre – notamment Norm (Moisés Arias), son frère, engagé dans un bras de fer obstiné avec un cerveau conservé dans un bocal. Plus tard, on retrouve aussi Maximus, revenu au sein de sa confrérie : tantôt il traverse ses obligations comme en somnambule, tantôt il s’abandonne à la nostalgie de la route et de ses heures passées avec Lucy.

Cela fait beaucoup d’éléments à maintenir en mouvement, mais Fallout a toujours aimé sa narration à cloche-pied, passant d’une trajectoire à l’autre en pariant sur l’attention du spectateur, capable de suivre la parade continue des marginaux et l’enchevêtrement des intrigues. La saison 2 puise plus directement dans le matériau des jeux – en particulier dans le très aimé Fallout: New Vegas (2010) – tout en restant dense en gags, en sang et en burlesque physique.

 

 

Nouveaux visages dans les ruines, et une moustache qui capte le regard

 

Les épisodes suivants offrent des apparitions marquantes à Kumail Nanjiani et Macaulay Culkin ; Nanjiani, surtout, semble prendre un réel plaisir à jouer les durs fanfarons. La nouveauté la plus saillante, toutefois, s’appelle Justin Theroux : il incarne Robert House, moustache impeccable, reclus à la manière d’un Howard Hughes, bâtisseur d’un empire de la robotique et sculpteur autoproclamé de l’avenir. Theroux impose une ferveur à peine contenue et un travail d’accent singulier – comme s’il transformait chaque « w » en caresse soufflée – qui ressort même dans une distribution déjà peu avare en personnages plus grands que nature, quand bien même ses scènes sont parfois distribuées avec parcimonie.

La première saison, arrivée en avril 2024, se prêtait au visionnage en rafale ; cette fois, les épisodes sortent au rythme d’un par semaine. De quoi laisser aux plus obsessionnels le temps d’échanger des théories sur les conspirations qui s’imbriquent. Mais ce serait presque oublier l’attrait le plus immédiat de la série. Heureusement, pour chaque mystère de bureau feutré, Fallout aligne encore plusieurs têtes qui explosent – et une nouvelle occasion d’entendre Purnell trouver une inflexion différente pour son adorable « okey-dokey ! ».

– GergelyHerpai “BadSector”-

Fallout, saison 2

Direction - 8.4
Acteurs - 8.2
Story - 8.4
Visuels/Musique/Sons - 8.5
Ambiance - 8.6

8.4

EXCELLENT

La saison 2 assume la même brutalité dopée à l’humour noir qui faisait fonctionner la première, mais avec une maîtrise plus nette de ses priorités. Les personnages et les lignes narratives tournées vers le passé éclairent davantage le monde, sans casser l’élan, et la série ne manque ni de répliques ni de spectaculaire quand il le faut. Sortie hebdomadaire ou non, la formule reste la même : les Terres désolées demeurent répugnantes, dangereuses - et, contre toute logique, terriblement réjouissantes.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)