ACTUALITÉS CINÉMA – Pour comprendre 28 Ans plus tard, il faut connaître l’histoire récente la plus terrifiante de la télévision britannique. La séquence la plus polémique du film est aussi celle qui compte le plus.
Il y a un an, la première bande-annonce fascinante de 28 Ans plus tard s’ouvrait sur un caméo inquiétant des Télétubbies. Cette apparition est bel et bien présente dans le film final, et elle représente bien plus qu’une simple touche punk de ses créateurs. Un groupe d’enfants regarde un programme pour enfants au moment où le virus de la rage se déclenche, construisant ainsi cet univers post-apocalyptique très particulier. L’un d’entre eux survit et, à la fin du film, réapparaît sous la forme d’un justicier haut en couleur, accompagné de sbires tout aussi bariolés.
Ces dernières minutes ont immédiatement fait polémique. Pour le film, c’est un épilogue puissant, presque insolent, qui montre sa volonté de prendre des risques et de s’éloigner de ce qu’on attend d’une histoire de zombies plus classique. Pour les Britanniques, la scène a une portée bien plus profonde. Derrière « les Jimmies », ce gang façon Power Rangers avec perruques blondes et survêtements flashy, se cache une référence directe à Jimmy Savile. L’une des figures emblématiques de l’enfance télévisuelle au Royaume-Uni… et aussi l’un des prédateurs sexuels les plus tristement célèbres du pays.
Évidemment, le personnage de Jack O’Connell ne pouvait pas le savoir, et il reprend simplement cette esthétique pour monter une bande de justiciers tueurs de zombies. L’univers de la saga signée Danny Boyle et Alex Garland est une version alternative de l’histoire britannique où le temps s’est figé au début des années 2000, à l’époque du film avec Cillian Murphy. Dans ces années-là, Savile était une personnalité médiatique majeure, avec ses émissions et même une image philanthropique, associée à des actions humanitaires et caritatives. C’est typiquement le genre de modèle que les enfants de cette époque pouvaient admirer comme un héros.
La révélation effroyable, au Royaume-Uni, a été que Savile était tout sauf un héros. C’est en 2011, après sa mort à 84 ans, que ce qui n’était jusque-là que des rumeurs est devenu quelque chose de bien plus concret. Les accusations d’agressions sexuelles ont commencé à émerger en masse, grâce aux témoignages de ses victimes et de personnes du milieu qui le connaissaient, deux groupes restés silencieux jusque-là par peur de représailles. Une icône générationnelle s’est effondrée en très peu de temps, tandis que des détails atroces apparaissaient, comme le fait que certaines agressions auraient eu lieu dans des hôpitaux contre des enfants en phase terminale, voire dans des morgues, là où il était supposé accomplir une œuvre humanitaire. Un véritable monstre, qui a laissé derrière lui des preuves irréfutables couvrant plus de vingt ans de carrière.
C’est une zone d’ombre de l’histoire britannique, un véritable sujet explosif sur le plan narratif, que Garland n’avait pas besoin d’intégrer à son scénario. Pourtant, interrogé à ce propos, il a clairement indiqué que c’était l’un des piliers de l’histoire. Au cœur de la nouvelle trilogie se joue une lutte entre l’ancien monde et le nouveau, et pour le scénariste, c’était une manière viscérale de montrer les dangers de la nostalgie et de cette tendance à ne regarder le passé qu’à travers un prisme positif.
C’est aussi une autre façon de revendiquer l’esprit britannique, pour le meilleur comme pour le pire, dans une saga qui a toujours été centrée sur cette identité. Boyle et Garland l’incarnent, et ils veillent à nous le rappeler en permanence. Les images d’un Londres désert restent l’affiche la plus emblématique de la franchise, et ce n’est pas un hasard si le Brexit a été l’une des principales sources d’inspiration de la nouvelle trilogie : après avoir flirté avec la mondialisation dans 28 Semaines plus tard, la pandémie redevient quelque chose d’exclusivement britannique, dans une Grande-Bretagne isolée du reste du monde.
Source : 3djuegos



