Claude Guillemot, l’un des cinq frères Guillemot ayant fondé Ubisoft, est mort à 69 ans dans un accident aérien, selon Bloomberg. L’homme d’affaires français n’a pas seulement participé à la naissance de l’éditeur devenu un géant mondial du jeu vidéo : il a aussi joué un rôle majeur dans le développement des activités matérielles et technologiques de la famille.
Selon Bloomberg, Claude Guillemot est mort dans un accident aérien à l’âge de 69 ans. Sa disparition emporte l’une des figures clés de cette génération qui a commencé à bâtir une activité de jeu vidéo en Europe à une époque où le marché de l’édition sur le continent ne ressemblait en rien à l’industrie mondiale de plusieurs milliards de dollars qu’il est devenu.
Claude Guillemot a fondé en 1986 l’entreprise encore appelée Ubi Soft avec ses frères Yves, Michel, Gérard et Christian, en Bretagne. La famille exploitait auparavant une entreprise liée aux produits agricoles, mais les frères se sont progressivement tournés vers l’informatique, le matériel et les logiciels au milieu des années 1980. Parmi leurs premières structures figurait Guillemot Informatique, une activité de vente par correspondance de matériel informatique et de logiciels, suivie en 1985 par Guillemot Corporation, orientée vers la distribution de matériel. Les frères ont rapidement compris que la distribution de jeux vidéo en Europe de l’Ouest pouvait devenir une véritable opportunité commerciale, puis ils ont choisi de passer de l’importation et de la diffusion de titres étrangers à leur propre modèle de développement et d’édition. Durant ses premières années, Ubi Soft distribuait en France des jeux de sociétés comme Electronic Arts, Sierra et LucasArts, tandis que ses premiers titres internes commençaient aussi à apparaître, notamment Zombi.
Il a contribué à bâtir bien plus que l’activité d’édition d’Ubisoft
Yves Guillemot est devenu le dirigeant le plus visible de l’histoire d’Ubisoft et en est resté le PDG pendant de longues années, mais le rôle de Claude Guillemot dépassait largement celui d’un fondateur présent au départ. En tant que directeur général délégué chargé des opérations au sein du conseil d’administration d’Ubisoft, il participait au travail moins visible mais indispensable à l’expansion du groupe, de la logistique et de l’organisation à la construction de l’infrastructure commerciale nécessaire à la croissance. L’éditeur qui allait ensuite devenir mondialement connu grâce à des franchises comme Assassin’s Creed, Rayman, Far Cry, Tom Clancy’s Rainbow Six, Prince of Persia, Just Dance et Watch Dogs est né de l’entreprise commune des cinq frères.
Le nom de Claude Guillemot est tout aussi étroitement lié à Guillemot Corporation, dont il était le PDG et où il a accompagné le développement d’une activité centrée sur les accessoires pour PC, mobiles et consoles. Parmi les marques les plus connues du groupe figurent Thrustmaster, réputée pour ses volants de course, ses contrôleurs de simulation aérienne et ses périphériques pour consoles, ainsi que Hercules, un nom associé au matériel PC, aux cartes son, aux équipements de DJ et à d’autres produits technologiques. Cette branche est essentielle pour comprendre l’héritage de la famille, car le modèle économique des frères Guillemot ne s’est jamais limité à l’édition de jeux vidéo : la distribution de logiciels, le développement, les réseaux d’édition, le matériel et le commerce international ont été conçus comme les éléments d’un même ensemble.
Beaucoup connaissent avant tout Ubisoft pour sa production créative : l’explosion de Rayman dans les années 1990, puis l’arrivée de franchises comme Splinter Cell, Assassin’s Creed et Far Cry, ont fait de l’entreprise l’un des acteurs majeurs du jeu vidéo mondial. Derrière cette identité créative existait pourtant une solide structure familiale, dans laquelle les frères géraient des domaines différents, tandis que la propriété commune et des intérêts stratégiques partagés ont contribué à préserver l’indépendance du groupe pendant des décennies. Claude Guillemot représentait la dimension opérationnelle et technologique de cette organisation, et son entreprise de matériel a développé une activité fondée non sur le succès d’un seul jeu, mais sur les périphériques, l’équipement informatique et un réseau de vente international fonctionnel. Ce travail était beaucoup moins visible que l’annonce d’un nouvel Assassin’s Creed, mais il faisait partie de la même histoire ayant transformé une petite entreprise bretonne en l’un des noms les plus connus du jeu vidéo.
La mort de Claude Guillemot ne représente donc pas seulement la disparition d’un cofondateur d’un grand éditeur français. Elle marque aussi la perte d’un homme d’affaires qui a contribué à tracer le chemin entre les débuts européens de la distribution de jeux et l’industrie internationale construite autour des entreprises de la famille Guillemot.
Source : Bloomberg



