Après Doom, un autre classique du PC vient à son tour de faire quelque chose qui ressemblait jusque-là presque à une spécialité réservée au jeu d’id Software: tourner sur un appareil portable qui n’a jamais été conçu pour jouer. Cette fois, le jeu choisi est le tout premier Prince of Persia, ou plus exactement une version appelée Prince of Arabia, et le matériel en question est le Flipper Zero.
Depuis des années, faire tourner Doom sur des objets improbables est devenu une sorte de discipline à part entière. L’exploit technique reste amusant, mais la répétition a fini par émousser un peu l’effet de surprise. C’est précisément pour cela que cette nouvelle expérience attire davantage l’attention. Au lieu de reprendre encore une fois le classique d’id Software, des passionnés ont préféré s’attaquer à l’œuvre fondatrice de Jordan Mechner. Et au lieu d’utiliser une machine vaguement pensée pour le jeu, ils ont choisi le Flipper Zero, un appareil portable surtout connu pour interagir avec des systèmes numériques et radio, pas pour faire tourner des jeux vidéo.
Le projet vient de Flipper Devices, l’entreprise à l’origine du matériel. Plutôt que de porter directement le code du jeu original, l’équipe s’est appuyée sur Prince of Arabia, une version déjà développée sur des bases Arduino, avant de l’adapter pour le Flipper Zero. Au bout du compte, le résultat revient pourtant à peu près au même: le tout premier Prince of Persia peut désormais être joué en format portable sur un appareil que la plupart des gens associent davantage au bidouillage de sécurité qu’au jeu vidéo.
Un Prince of Persia sur un Tamagotchi de hacker
Ce qui rend l’ensemble particulièrement intéressant, c’est à quel point le matériel n’était pas fait pour cela. L’une des principales limites du Flipper Zero, c’est sa mémoire. L’appareil ne dispose que de 256 KB de SRAM partagée, ce qui reste extrêmement étroit, même pour un projet qui paraît simple au premier regard. Pour contourner le problème, les développeurs ont utilisé une carte microSD afin d’y stocker les données du jeu, ce qui permet au processeur de charger les écrans et les éléments nécessaires au fur et à mesure au lieu de tout garder en mémoire en permanence. En clair, la prouesse ne repose pas sur la puissance brute, mais sur une manière plus maligne de gérer les contraintes.
L’écran constituait l’autre énorme obstacle. Le Flipper Zero se contente d’un affichage monochrome de 128×64 pixels, ce qui paraît presque dérisoire aujourd’hui pour un jeu de ce type. Pour rendre Prince of Arabia lisible et jouable dans ces conditions, les développeurs ont dû retoucher le code et alléger la représentation visuelle. Les personnages ont été simplifiés, notamment en supprimant des couleurs et certains détails graphiques, mais l’équipe a malgré tout cherché à préserver l’élément qui faisait l’identité du premier Prince of Persia: la fluidité très particulière de ses animations rotoscopées. L’objectif n’était donc pas seulement de faire tourner quelque chose de vaguement reconnaissable, mais de conserver un peu de la sensation propre au classique original.
Ils ont adapté le jeu entier parce qu’ils le pouvaient
La partie la plus frappante de l’expérience, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple démo technique ou d’un prototype limité à quelques niveaux. D’après les informations publiées autour du projet, la version de Prince of Arabia qui tourne sur le Flipper Zero contient l’intégralité du programme, avec ses niveaux, ses séquences, ses ennemis, sa fin et même son générique. Ce détail compte, parce que beaucoup d’expériences comparables sur du matériel non pensé pour le jeu – y compris autour de Doom – se contentent souvent de versions tronquées ou très réduites. Ici, l’idée semble avoir été d’aller jusqu’au bout.
La raison de cette adaptation participe aussi à son charme. Il ne s’agit pas d’un grand manifeste technologique ni d’une opération marketing démesurée. Apparemment, le projet a surtout vu le jour parce que ses auteurs aimaient ce jeu et qu’ils étaient capables de le faire fonctionner. Cela donne à l’ensemble une dimension à la fois absurde et très sympathique. Et le port ne se limite pas à l’écran minuscule de l’appareil: avec les bons câbles et le module vidéo optionnel, le Flipper Zero peut aussi afficher le jeu sur un écran externe, tout en conservant ses propres boutons pour le contrôle. Pour ceux qui veulent aller plus loin, le code source et une version prête à lancer ont en plus été publiés sur GitHub, ce qui transforme la démonstration technique en vraie curiosité jouable.
Source: 3DJuegos





