CRITIQUE DE FILM – Super Mario Galaxy, le film ne cherche jamais à y aller doucement. Il démarre fort, accélère encore, et balance tout ce qu’il a presque d’un seul coup : la nostalgie, les couleurs, les références, les personnages et le grand spectacle. C’est ce qui le rend aussi amusant, mais aussi ce qui l’empêche parfois de vraiment tenir ensemble. Quand il trouve le bon rythme, c’est un vrai shoot d’énergie, drôle, généreux et très agréable à suivre. Quand il force un peu trop, on sent davantage la succession de grands moments que la solidité d’un vrai récit.
En 2023, Super Mario Bros, le film n’a pas seulement cartonné au box-office avec plus de 1,3 milliard de dollars dans le monde. Il a aussi prouvé qu’il y avait largement de quoi faire vivre Mario au cinéma sur la durée. Le premier film n’était pas irréprochable, mais il fonctionnait grâce à son énergie, à son affection sincère pour les jeux et à sa manière de traiter la franchise avec plus de respect que bien d’autres adaptations vidéoludiques. Super Mario Galaxy, le film reprend ce même élan, mais choisit d’aller encore plus vite. Il entre presque immédiatement dans le vif du sujet, enchaîne les scènes d’action, les blagues, les références et les apparitions de personnages, avec une générosité évidente. En contrepartie, le récit a parfois du mal à garder une vraie cohérence.
Cette fois, le film démarre sans attendre
Là où Super Mario Bros, le film prenait le temps de raconter comment Mario passait du plombier de Brooklyn au héros du Royaume Champignon, cette suite n’a plus besoin de poser les bases. Après une ouverture rapide qui introduit Rosalina et donne la direction générale de l’histoire, le film accélère presque tout de suite et ne ralentit pratiquement plus. Cette cadence le rend souvent très entraînant, mais elle peut aussi fatiguer, tant l’ensemble refuse de s’arrêter pour respirer un peu. Une fois Mario, Luigi, Peach, Toad et Bowser remis en place, avec en plus quelques nouveaux venus comme Bowser Jr. et Yoshi, le film se lance dans une grande traversée de l’univers Mario.
Le résultat ressemble parfois à une visite express de plusieurs grandes périodes de la série. On y retrouve des clins d’œil à Super Mario World, Super Mario 64, Super Mario Odyssey, et même un passage assez marqué autour de Super Mario Bros. 2, ou Super Mario USA. En tant que fan de Mario depuis plus de trente-cinq ans, j’ai pris beaucoup de plaisir à repérer tout cela. Même lorsque les références défilent très vite, il y a un vrai plaisir à voir à quel point le film embrasse l’histoire de la franchise. En revanche, tout n’a pas toujours une vraie utilité dramatique : certaines idées sont surtout là pour faire plaisir, et ça se voit.
L’esprit de Galaxy porte vraiment le film
Malgré tous les détours vers d’autres jeux Mario, on sent tout de suite que le cœur du film vient bien de Super Mario Galaxy. Le Comet Observatory, le Star Festival revisité, les launch stars, les petites apparitions de planètes familières issues de Galaxy et de Galaxy 2 : tout cela donne au film une identité claire. Il pioche dans tout l’univers Mario, bien sûr, mais sa mise en scène, son atmosphère et une bonne partie de son imaginaire visuel et sonore viennent très nettement de Galaxy.
C’est d’ailleurs encore plus visible du côté de la musique. L’un des reproches adressés au premier film concernait son usage parfois trop appuyé de morceaux sous licence, là où les thèmes des jeux auraient souvent été bien plus naturels. Cette suite corrige largement cela. À part un court moment où ce choix fonctionne assez bien, Super Mario Galaxy, le film fait surtout confiance à sa propre partition. Brian Tyler, toujours épaulé par l’héritage musical de Koji Kondo, peut ainsi vraiment faire exister la bande-son. Plusieurs petits motifs et effets sonores piochés dans l’histoire de Mario et de Nintendo tombent très juste, et comme la musique de Galaxy possédait déjà quelque chose de très ample et de très cinématographique, elle s’intègre ici sans le moindre effort.
Yoshi, en revanche, reste un peu en retrait malgré sa place dans le marketing et dans l’histoire. Il arrive tôt, rejoint rapidement le groupe, puis suit surtout le mouvement sans que le film lui donne vraiment de vraie fonction ou de développement intéressant. Toad en plaisante même au passage, comme si le film reconnaissait lui-même que tout cela va un peu vite. C’est aussi ce qui résume l’un des problèmes du récit : il y a bien des enjeux, des motivations et des tournants, mais une bonne partie de l’ensemble semble surtout conçue pour faire passer les personnages d’un décor spectaculaire à un autre.
Les caméos ne tombent pas toujours juste
Fox McCloud illustre assez bien cette limite. Son apparition est amusante, et en tant que fan de Star Fox, difficile de nier le petit effet de surprise devant une telle inclusion. Mais sa présence paraît aussi un peu forcée, comme si le film avait voulu ajouter une cartouche de plus pour faire réagir le public. Le fait que la promotion ait révélé sa présence avant la sortie n’aide évidemment pas. Ce qui aurait pu être une vraie surprise devient alors un simple moment qu’on attend. Cela dit, Glen Powell s’en sort très bien, et le choix de présenter Fox davantage comme un pilote arrogant et sûr de lui que comme un chef froid et sérieux apporte une énergie assez plaisante à l’ensemble.
Même lorsque le récit donne parfois l’impression de partir dans tous les sens, Super Mario Galaxy, le film reste un film qui vit beaucoup à travers ses scènes prises une par une. Et sur ce terrain, Universal et Nintendo savent clairement ce qu’ils font. Le film est souvent très beau, l’animation a du rythme, et presque chaque séquence montre un vrai soin dans la manière de mettre cet univers en images. C’est évidemment un film pensé aussi pour les enfants, et certaines blagues le rappellent sans détour, mais il sait aussi parler à celles et ceux qui ont grandi avec une manette Nintendo entre les mains. La nouveauté de voir enfin Mario bien traité au cinéma s’est un peu dissipée depuis le premier film, mais le plaisir de repartir à l’aventure avec lui reste intact.
Un grand manège Nintendo plus qu’un vrai grand récit
Super Mario Galaxy, le film garde la légèreté et la joie communicative du premier opus, tout en continuant à traiter son matériau d’origine avec plus de soin que la plupart des adaptations de jeux vidéo. Mais il ressemble aussi beaucoup à une attraction de parc. On monte à bord, on se laisse emporter, ça va vite, c’est spectaculaire, et on en ressort avec le sourire. Le revers, c’est que l’ensemble peut aussi paraître un peu morcelé, avec des enchaînements qui relèvent parfois davantage du collage que d’une vraie progression dramatique.
Le film ne marquera sans doute pas les esprits par la finesse de son écriture, mais il réussit tout de même l’essentiel : proposer une suite vive, colorée et franchement plaisante à regarder. Il ne maîtrise pas toujours parfaitement toutes ses idées, et son histoire avance parfois plus par bonds que par construction. Mais il a assez de cœur, assez d’énergie et assez d’amour pour l’univers Nintendo pour rendre l’expérience très facile à apprécier. Et pour un grand film Mario familial, c’est déjà beaucoup.
-Gergely Herpai « BadSector »-
Super Mario Galaxy, le film
Direction - 8.2
Voix - 7.4
Histoire - 6.4
Visuels/Musique/Sons - 9.4
Ambiance - 8.2
7.9
BON
Super Mario Galaxy, le film n’est pas l’aventure animée la mieux écrite qui soit, mais il déborde d’énergie, de couleurs et d’amour pour l’univers Nintendo. Son récit saute parfois d’un gros moment à l’autre sans toujours construire quelque chose de vraiment solide, mais il compense par son sens du spectacle, son plaisir visuel et sa générosité. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, c’est une grande virée spatiale Mario, bruyante, joyeuse et très attachante, et au fond, c’est déjà largement suffisant.






