Jeune Sherlock — Un Sherlock encore brut, mais déjà redoutable

CRITIQUE DE SÉRIE — On a vu passer tellement de versions de Sherlock Holmes qu’il devient difficile d’en attendre encore quelque chose de neuf. Pourtant, Jeune Sherlock réussit à tirer son épingle du jeu. La série ne cherche pas à refaire le Sherlock que tout le monde connaît déjà. Elle préfère montrer un garçon brillant, nerveux, parfois fragile, encore loin du détective imperturbable qu’il deviendra plus tard. Et c’est justement ce qui la rend plus vivante et plus accrocheuse que beaucoup d’autres adaptations.

 

Soyons francs : ce qui rendait surtout Watson intéressant, c’était sa relation avec Sherlock Holmes. En l’enlevant du centre du récit, la série s’offre immédiatement plus de liberté. Là où Enola Holmes passait par la sœur de Sherlock, Jeune Sherlock choisit de revenir directement à lui, mais à un âge où tout est encore en train de se construire. Adaptée des romans d’Andrew Lane, la série suit un Sherlock de 19 ans à Oxford, bien avant le détective mythique que l’on connaît. Sous l’impulsion de Guy Ritchie et de Matthew Parkhill, le résultat mélange mystère, action et énergie avec une vraie envie de proposer autre chose qu’une simple variation scolaire autour du personnage.

 

 

Une relecture libre du personnage

 

Dès le début, la série annonce la couleur : elle ne veut pas coller au canon à tout prix. Le Sherlock joué par Hero Fiennes Tiffin est impulsif, sensible, encore instable, et très loin de l’image figée du génie froid. Il ne ressemble ni au Sherlock glacial de Benedict Cumberbatch, ni à celui, plus chaotique, de Jonny Lee Miller, ni à la version plus posée vue chez Henry Cavill. Pourtant, l’essentiel est là. Il observe tout, raisonne vite, comprend plus que les autres, et dès qu’un mystère sérieux se présente, il s’y jette avec la même intensité qu’on attend du personnage.

Quand un meurtre secoue Oxford, Sherlock se rapproche d’un étudiant nommé James Moriarty, interprété par Dónal Finn. Oui, ce Moriarty-là. Mais la série a la bonne idée de ne pas en faire tout de suite un méchant de théâtre. Ici, c’est d’abord un garçon brillant, charmeur, audacieux, qui partage avec Sherlock la même vivacité d’esprit, mais avec beaucoup moins de scrupules. Leur relation est d’ailleurs l’une des meilleures idées de la série. Au lieu de les opposer d’emblée, elle prend le temps de construire une vraie complicité entre eux. Et forcément, cela rend tout ce qui viendra ensuite beaucoup plus fort.

La série fonctionne même par moments comme un début d’histoire pour Moriarty lui-même. C’est assez rare de le voir montré de manière aussi humaine. Quand lui et Sherlock se retrouvent à réfléchir ensemble, à croiser les indices, à dérouler leur logique dans une sorte d’espace mental commun, on sent vraiment qu’ils jouent dans la même catégorie. Ce sont parmi les scènes les plus réussies de la série.

 

 

Un mystère qui prend vite de l’ampleur

 

Au départ, tout tourne autour d’un meurtre à Oxford. Puis l’intrigue s’élargit, avec l’arrivée de Shou’an, une princesse chinoise jouée par Zine Tseng, de membres de la famille Holmes, et de plusieurs figures liées au passé du clan. Peu à peu, l’affaire locale se transforme en complot bien plus vaste, et c’est là que la série devient vraiment prenante. Les rebondissements s’enchaînent bien, le rythme reste soutenu, et les huit épisodes se regardent très facilement.

On retrouve au passage la patte de Guy Ritchie : des dialogues nerveux, des scènes d’action dynamiques, une caméra qui garde toujours le mouvement. Mais cette fois, son style ne prend pas toute la place. Il sert le récit au lieu de l’écraser, ce qui est plutôt une bonne surprise. La série garde ainsi une vraie tension sans basculer dans la démonstration permanente.

Matthew Parkhill fait tenir beaucoup de choses dans cette première saison, parfois même énormément, mais l’ensemble reste lisible. Ce n’est pas une série construite comme une succession de petites enquêtes indépendantes. Elle préfère tisser une intrigue plus large, plus serrée, dans laquelle Sherlock est directement pris au piège. C’est un choix qui lui donne une vraie identité.

 

 

Un casting qui tient bien la route

 

Jeune Sherlock peut aussi compter sur une distribution solide. Hero Fiennes Tiffin fonctionne très bien dans le rôle principal, notamment parce qu’il apporte au personnage une jeunesse et une maladresse qu’on voit rarement chez Sherlock. Il n’a pas toujours réponse à tout, et c’est précisément ce qui le rend intéressant ici. Dónal Finn, lui, apporte beaucoup de charme à Moriarty, avec assez de légèreté pour le rendre attachant, tout en laissant déjà deviner quelque chose de plus trouble derrière le sourire.

Zine Tseng est également une bonne surprise en Shou’an. Sans trop en révéler, le personnage apporte un vrai décalage au début, avant de trouver pleinement sa place dans l’histoire. Elle n’est ni décorative ni secondaire au mauvais sens du terme : elle existe vraiment, avec son intelligence, sa ruse et sa présence propre. Et plus la série avance, plus elle gagne en épaisseur.

 

 

Une mère de Sherlock marquante

 

Dans les seconds rôles, on retrouve Joseph Fiennes, Max Irons et Colin Firth, avec des résultats inégaux. Mycroft, notamment, manque un peu d’éclat. En revanche, Natascha McElhone impressionne nettement dans le rôle de Cordelia Holmes. Sa relation avec Sherlock, marquée par le deuil de Beatrice, la jeune sœur disparue, donne à la série une vraie touche émotionnelle. Au fil des épisodes, Cordelia devient même l’un des personnages les plus touchants de l’ensemble.

Jeune Sherlock n’est peut-être pas l’adaptation la plus fidèle de Sherlock Holmes, mais ce qu’elle perd en orthodoxie, elle le gagne en énergie, en personnalité et en plaisir de visionnage. Elle ne cherche pas à paraître plus importante qu’elle ne l’est. Elle veut surtout raconter une bonne histoire, avec du rythme, des personnages qu’on a envie de suivre, et assez d’idées pour donner envie de revenir. Ce n’est pas parfait, mais c’est vivant, et c’est déjà beaucoup.

-Herpai Gergely « BadSector »-

 

Jeune Sherlock

Direction - 8.2
Acteurs - 8.4
Histoire - 7.6
Visuels/Musique/Sons - 7.8
Hangulat - 8.2

8

EXCELLENT

Jeune Sherlock n’est pas la version la plus classique de Holmes, mais elle a du souffle, du style et assez d’audace pour tenir la distance sur huit épisodes. La relation entre Sherlock et Moriarty porte la série du début à la fin. Tout n’est pas impeccable, mais il y a une vraie personnalité, et c’est déjà plus que beaucoup de séries du même genre.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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