They Will Kill You – Gros carnage, petite personnalité

CRITIQUE DE FILM – On pourrait vendre They Will Kill You comme une sorte de collision entre Sam Raimi et Kill Bill, et franchement, l’argument ferait sûrement plus d’effet qu’il ne le mérite. On peut aussi le présenter comme un rejeton sale, surexcité et volontiers excessif, coincé quelque part entre le réalisateur de Jusqu’en enfer et l’esprit crasseux de Grindhouse version Tarantino-Rodriguez. Le rapprochement n’est pas absurde, mais il vaut mieux calmer le jeu avant même de s’asseoir. Parce que They Will Kill You sait parfois être franchement fun, il exhibe bien ses influences, mais il reste trop court en matière d’enjeu comme de personnalité, et il s’essouffle dans la redite bien avant d’atteindre sa dernière ligne droite.

 

Zazie Beetz incarne Asia Reaves, un nom qui sonne déjà comme si Tarantino l’avait griffonné au coin d’un intertitre entre deux verres, et qui accepte un boulot dans le mystérieux hôtel Virgil, à New York. L’endroit traîne une sale réputation depuis le début du siècle dernier, et il devient vite difficile de dire ce qui met le plus mal à l’aise entre les disparitions accumulées, les portes qui se verrouillent de l’intérieur ou les symboles sataniques barbouillés sur les murs. Le bâtiment entier dégage quelque chose de profondément mauvais, mais Asia ignore encore à quel point les secrets de la maison plongent loin, et quel genre de créatures s’y cache réellement.

 

 

Premier soir, premier aller simple pour l’enfer

 

Lors de sa première nuit sur place, Asia est accueillie par Lilith, la régisseuse des lieux, et Patricia Arquette injecte dans le rôle juste ce qu’il faut de mépris glacial et de calme faussement rassurant pour que le malaise s’installe immédiatement. Asia n’a pratiquement pas le temps de poser ses affaires que quatre silhouettes en masques de cochon lui tombent déjà dessus, parmi lesquelles les personnages de Heather Graham et Tom Felton, têtes pensantes de la petite communauté sataniste qui règne dans l’immeuble. Si cela rappelle immédiatement Aki bújt, ce n’est pas un hasard, sauf qu’un détail vient ici faire basculer le tout dans une folie plus franchement débridée. Dans la meilleure scène du film, Asia démembre sauvagement ses assaillants avant de les voir, sidérée, se recomposer tranquillement sous ses yeux.

Oui, les habitants du Virgil ont jadis passé un pacte avec le diable, et cette combine les a rendus immortels. C’est un prétexte en or pour permettre à Kirill Sokolov de se vautrer dans les membres arrachés, les morceaux de viande et le gore décomplexé, puisqu’aucune conséquence n’a vraiment le temps de s’installer. Sur le moment, cela marche plutôt bien, parce que le film prend un plaisir visible à pulvériser les corps dans tous les sens, mais c’est précisément ce qui finit aussi par lui vider le ventre. Comme la séquence des Crazy 88 dans Kill Bill, le problème n’est pas que tout soit outrancier. Le problème, c’est qu’au bout d’un moment l’action évoque davantage une forme d’engourdissement vidéoludique qu’une vraie intensité de cinéma. L’inspiration comic book de Sokolov saute aussi aux yeux, certains plans ressemblant carrément à des cases de roman graphique sanglant posées en plein écran.

 

Beetz tient le film debout presque à elle seule

 

Comics, jeux vidéo, Tarantino, Raimi – à force d’empiler les références, They Will Kill You finit par ressembler à un mélange trop chargé, décidé à tout avaler sans jamais trouver sa propre gueule. Et pourtant, ce chaos arrive parfois à fonctionner, pour une raison très simple qui ne doit presque rien aux prothèses, ni au maquillage, ni aux effets visuels : Zazie Beetz. Qu’elle décapite quelqu’un en sous-vêtements ou qu’elle enflamme une hache juste pour rendre le coup suivant encore plus spectaculaire, Beetz s’impose avec une évidence d’héroïne d’action qui rend presque irritant le peu de confiance que le film place réellement en elle. Elle porte même sans difficulté la dimension émotionnelle, parce que la descente aux enfers d’Asia repose sur un moteur intime clair : sauver sa sœur Maria, dont elle sait qu’elle vit entre les murs du Virgil. Depuis des années, Beetz est l’une des actrices les plus excitantes de sa génération, et ce film prouve sans mal qu’elle pourrait porter une franchise entière sur ses épaules.

Le problème, c’est qu’on n’est pas sûr que ce soit celle-ci qu’elle devrait traîner derrière elle. À une époque où une bonne partie des films de festival disparaît sans bruit dans les profondeurs des plateformes, on comprend malgré tout pourquoi ce titre passé par le SXSW s’est finalement offert une sortie plus large grâce à New Line et Warner. C’est typiquement le genre de film qui marche beaucoup mieux devant une salle chaude, bruyante, rieuse, parce que les réactions du public ajoutent de l’énergie à un objet qui reste, sur le fond, assez maigre en matière de personnages, de thématiques et même de narration. Tout cela tient du grand numéro hystérique, trempé dans le sang, qui cherche à embarquer le spectateur en jouant à fond la surenchère, tout en lui rappelant sans arrêt des films qui ont déjà fait la même chose avec bien plus de tenue. Au final, il en reste un film tapageur, violent et parfois franchement jouissif, mais pas assez inventif ni assez sûr de lui pour triompher réellement de ses propres limites.

-Gergely Herpai « BadSector »-

 

They Will Kill You

Direction - 5.6
Acteurs - 6.2
Histoire - 5.4
Visuels/Musique/Sons - 6.2
Ambiance - 6.4

6

CORRECT

They Will Kill You doit sa vraie force non pas à ses idées, mais à Zazie Beetz, qui traverse ce carnage démoniaque avec une aisance qui donne l’impression qu’elle aurait toujours dû régner sur ce genre de série B furieuse. Le vrai souci, c’est que le film emprunte partout, et qu’au moment où il pourrait enfin trouver son rythme, il se fatigue déjà à répéter ses propres tics. Ça se regarde, ça amuse même par moments, mais ce n’est pas le genre de baffe de cinéma à laquelle on repense ensuite avec un sourire mauvais.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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